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Les JO de Pékin sont finis: la Suisse a ramené 14 médailles, et a prouvé qu'elle est l'une des meilleures nations du monde en sport.
Les JO de Pékin sont finis: la Suisse a ramené 14 médailles, et a prouvé qu'elle est l'une des meilleures nations du monde en sport. image: keystone
Jeux olympiques

Forte aux JO, la Suisse est l'un des meilleurs pays du monde en sport

La Suisse a ramené 14 médailles des JO de Pékin, soit une de moins qu'avait espéré Swiss Olympic. Mais elle a de nouveau prouvé qu'elle est l'une des plus grandes nations sportives du monde. Et c'est tout sauf un hasard.
20.02.2022, 13:3121.02.2022, 08:32
Klaus ZAUGG. NOTRE ENVOYé SPéCIAL à PéKIN

Les gardiens du Graal olympique ont beau rappeler de temps à autre que le nombre de médailles n'a pas d'importance, que ce qui compte plus que de gagner, c'est de participer. Non. La monnaie olympique, c'est l'or, ainsi qu'un peu d'argent et de bronze.

Tout ce qui compte, c'est le tableau des médailles. Ce très populaire classement mondial des pays et cette source de patriotisme, qui ne s'évapore jamais.

La Suisse a envoyé une délégation de 168 athlètes à Pékin, avec 14 médailles à la clé.
La Suisse a envoyé une délégation de 168 athlètes à Pékin, avec 14 médailles à la clé. Image: keystone

Et une fois de plus, il nous permet de constater que la Suisse est l'une des nations sportives les plus extraordinaires de la planète. Rares sont les pays qui, par rapport à leur taille et à leur population, connaissent depuis aussi longtemps – depuis un bon siècle – autant de succès dans autant de disciplines sportives différentes que la Suisse.

Par le passé, les explications les plus diverses ont été avancées. Entre autres, l'avantage géographique pour la pratique des sports d'hiver et, temporairement, le fait que la Confédération ait été épargnée durant la Seconde Guerre mondiale, où le sport ne s'est pas arrêté contrairement aux pays engagés dans le conflit.

C'est vrai. Mais ça n'explique plus pourquoi nous nous imposons toujours aujourd'hui, dans un monde désormais globalisé. Dans un monde où tant de pays n'ont jamais investi autant d'argent dans le sport.

La Suisse a terminé 8e du classement des médailles, avec 14 breloques (7 d'or)

source: olympics.com

La nation sportive qu'est la Suisse est un modèle hybride. Il n'y a pas de secret pour sa réussite. Pas de recette miracle. Au contraire, de très nombreux facteurs sont responsables de l'étonnant succès de notre sport: notre système éducatif, notre mentalité, la médecine sportive de pointe, les connaissances scientifiques, l'infrastructure, la politique, une économie forte et les avantages d'être un petit pays.

Un rêve pas du tout américain

Le système éducatif joue un rôle non négligeable et souvent oublié. Parmi les héros olympiques suisses, les sportifs issus de milieux dits modestes, qui ne sont pas nés avec une cuillère en or dans la bouche, sont largement représentés.

En Suisse, contrairement à de nombreux pays, avoir des parents riches, c'est-à-dire être issu de l'élite, n'est pas une condition préalable à une carrière sportive. Chez nous, celui qui est talentueux a la possibilité de gravir les échelons. Dans le sport comme dans la vie professionnelle.

Cette perméabilité sociale, qui se perd de plus en plus dans de nombreux Etats en raison des contrastes sociaux, est un secret important de notre succès. Chez nous, les enfants talentueux ont toujours la possibilité d'adhérer à un club de sport et de faire une carrière sportive. Dans ces conditions, la Suisse perd relativement peu de talents sportifs.

Les grandes nations – les Américains en sont un exemple typique – sont tentées, en raison de leur énorme vivier, de miser sur des principes darwiniens: seuls les plus forts survivent. Des centaines de talents sont ainsi perdus. Pas en Suisse, où nous prenons soin des pépites. Dans le sport helvétique, il y a toujours une deuxième, une troisième voire même une quatrième chance.

Le potentiel sportif d'un pays ne dépend donc pas uniquement du nombre de ses habitants. Si c'était le cas, nous n'aurions aucune chance. Ce qui est bien plus important, c'est ce que nous faisons de notre potentiel: parvenir à identifier les talents, puis leur permettre de se développer.

Le légendaire «dossier secret»

Le fait que nous soyons un petit pays n'est pas forcément un inconvénient. Les sportifs suisses ont accès à la meilleure médecine sportive du monde et ne doivent pas parcourir des centaines de kilomètres comme dans d'autres pays. Ils ne sont pas contraints, non plus, de quitter trop tôt leur environnement social familier pour réussir leur carrière.

Un petit coup d'œil au Laboratoire suisse d'analyse du dopage (LAD), à Epalinges (VD).
Un petit coup d'œil au Laboratoire suisse d'analyse du dopage (LAD), à Epalinges (VD).image: KEYSTONE

Cette médecine sportive joue un rôle très important. Elle est aussi dynamisée par une exception helvétique: dans aucun autre pays au monde, les athlètes ne sont soumis à des contrôles antidopage aussi intensifs. On oublie souvent et on n'apprécie pas assez le fait que notre sport a été jusqu'à présent largement épargné par les grands scandales de dopage.

Le sport suisse a toujours collaboré, avec succès, avec des spécialistes de tous les domaines. En 1972 déjà, à Sapporo, Adolf Ogi, alors directeur de la fédération de ski et futur conseiller fédéral, avait fait analyser scientifiquement les températures et la composition de la neige un an avant les Jeux. Le rapport scientifique de 60 pages qui en a découlé est devenu légendaire, sous le nom de «dossier secret». Depuis, notre sport profite toujours et encore de la collaboration avec les scientifiques suisses.

Adolf Ogi félicite Marie-Theres Nadig pour ses deux médailles d'or à Sapporo en 1972.
Adolf Ogi félicite Marie-Theres Nadig pour ses deux médailles d'or à Sapporo en 1972. image: keystone

Le sport helvétique a également trouvé, depuis longtemps, un juste milieu entre la création locale et les spécialistes étrangers: il a beaucoup appris et apprend encore aujourd'hui de ces derniers. Mais nous n'avons jamais adopté aveuglément leurs enseignements.

Autrement dit, notre sport est réputé pour sa capacité à transposer les connaissances des spécialistes internationaux à la réalité locale et à développer une culture propre et forte. Il est très bien connecté au niveau international: aujourd'hui, il y a autant d'entraîneurs suisses à l'étranger que d'entraîneurs étrangers à l'intérieur de nos frontières.

Fierté silencieuse

Ici et là, on critique parfois l'absence d'une «mentalité de gagnant» en se référant aux Nord-Américains ou aux Allemands. Or, nous avons une «mentalité de gagnant» saine et largement sous-estimée. Une forme saine de patriotisme et de confiance en soi, qui est présente aussi plus généralement dans la société suisse.

Nos stars du sport ont toutes une très bonne formation scolaire par rapport à leurs concurrents étrangers. Ils possèdent une forte conscience de soi. Pas aussi bruyante que celle des Américains ou des Allemands, qui affichent parfois leur patriotisme comme une pancarte. Mais une fierté silencieuse, qui se repose sur elle-même: la fierté d'être suisse, la conscience que nous avons une chance contre n'importe qui dans le monde.

Un «Politburo» pas tyrannique

Nos héros des JO ont besoin de Swiss Olympic. Ce «Politburo» national représente toutes les fédérations sportives et coordonne un système de promotion très ramifié et exemplaire. L'armée joue aussi un rôle important: les athlètes d'élite ont la possibilité d'effectuer leur service obligatoire à Macolin (BE), en tant que soldat-sportif.

Médaillée de bronze aux JO de Tokyo l'an passé, la vététiste Linda Indergand effectue son service militaire à Macolin.
Médaillée de bronze aux JO de Tokyo l'an passé, la vététiste Linda Indergand effectue son service militaire à Macolin.image: keystone

Cependant, sur le plan économique, les sportifs suisses ne dépendent plus ou seulement partiellement de Swiss Olympic. En plus du soutien de l'économie privée – forte – sous forme de sponsoring, ils bénéficient d'une bonne infrastructure, financée également par des fonds publics et semi-publics (comme le SportToto), et jouissent de la liberté de se développer individuellement. Sans compter que l'économiste d'entreprise et ancien sportif de haut niveau Mike Kurt (canoë) a créé, avec «I believe in you», la plateforme de crowdfunding la plus performante au monde dans le domaine du sport.

Les fédérations, dont le rôle dans le sport est similaire à celui de l'État dans la société, soutiennent les athlètes. Mais elles ne les infantilisent pas et ne les mettent pas sous tutelle. Et s'il y a de temps en temps des altercations entre leurs fonctionnaires et les athlètes, elles ne font, finalement, que montrer le dynamisme de notre sport.

Mike Kurz, fondateur d'«I believe in you» lors d'une conférence de presse en 2021.
Mike Kurz, fondateur d'«I believe in you» lors d'une conférence de presse en 2021.image: keystone

Au fond, le sport suisse fonctionne de manière très similaire à l'économie suisse: issu d'un petit pays, il s'affirme face à une concurrence mondiale et se passe peu de l'État, des fédérations et de la politique.

Héritage pékinois

La question, c'est désormais: comment le sport suisse peut-il mettre à profit les succès de Pékin 2022? D'abord, ces JO lui apportent un énorme gain de prestige. Ces succès sont très importants pour l'acceptation du sport par la société. Les qualités du sport helvétique sont une fois de plus reconnues, louées et vantées. Une preuve? Les hommes et les femmes politiques se sont hâtés pour féliciter les héros de Pékin.

Après ceux Jeux, il y aura aussi de nouveaux efforts dans certains domaines. Un exemple: Raëto Raffainer, directeur sportif du CP Berne, club de hockey sur glace, avoue qu'il est désormais envisageable de créer une section féminine.

Son projet, inspiré par la qualification des hockeyeuses suisses pour les demi-finales des JO de Pékin, retournera dans les tiroirs au plus tard lorsqu'il s'avérera qu'une section féminine coûte presque aussi cher que le salaire annuel d'un joueur de quatrième ligne en National League.

Raeto Raffainer, directeur sportif du CP Berne.
Raeto Raffainer, directeur sportif du CP Berne.image: keystone

Toujours est-il que, grâce au succès helvétique à Pékin, il sera plus facile, ici et là, de faire passer en politique le maintien ou même le développement d'une infrastructure sportive. Le beau temps sportif aide aussi à garder les sponsors et à trouver de nouveaux donateurs.

Nous ne devons toutefois pas surestimer l'impact de ces triomphes olympiques. Pékin 2022 ne déclenchera pas de révolution. Ce n'est d'ailleurs pas nécessaire. Notre sport n'a pas besoin de révolution. Il fonctionne sans.

Adaptation en français: Yoann Graber

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