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Cette photo des joueurs et joueuses norvégiens de beach handball montre le grand écart entre les codes vestimentaires qui leur sont imposés par la fédération internationale.
Cette photo des joueurs et joueuses norvégiens de beach handball montre le grand écart entre les codes vestimentaires qui leur sont imposés par la fédération internationale.
Image: Twitter
Interview

«Certaines arrêtent leur carrière pour ne pas devoir porter le bikini»

Les joueuses norvégiennes de beach handball ont été amendées par la fédération internationale pour avoir porté un short au lieu de la culotte échancrée qui leur est imposée par le règlement. Sociologue spécialisée dans les questions de genre dans le sport, Solène Froidevaux déshabille la polémique.
21.07.2021, 16:2121.07.2021, 16:29
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Ce dimanche, l'équipe norvégienne de beach handball a disputé la petite finale de l'Euro 2021 en short plutôt qu'en bikini. Un choix qui peut paraître anodin mais qui leur a valu une amende de 1500 euros. Une sanction que la fédération européenne de handball (EHF) a justifiée par des «vêtements non conformes». En effet, le règlement officiel stipule: «les vêtements des athlètes contribuent à les aider à être encore plus performants, tout en restant cohérents avec l'image attractive que doit avoir le sport».

«Complètement ridicule»
Abid Raja, ministre des Sports norvégiens

De son côté, la fédération norvégienne a assuré soutenir à ses joueuses et être prête à prendre en charge l'amende réclamée: «Ensemble, nous allons continuer le combat pour faire changer les règles concernant les vêtements. Ainsi, les joueuses pourront être compétitives dans des vêtements dans lesquels elles se sentent à l'aise.»

Secouée par la polémique, l'EHF s'est défendue en indiquant qu'une procédure était en cours pour proposer à la fédération internationale de changer les règles concernant la tenue des joueuses. Une évolution qui a déjà eu lieu en beach volley, les sportives étant autorisées, depuis 2012, à porter des bermudas et des t-shirts par-dessus l'habituel maillot de bain.

Sociologue spécialiste des questions de genre dans le sport à l'Université de Lausanne, Solène Froidevaux pose un regard critique sur cette énième débat concernant le corps des femmes.

En 2021, comment expliquer que les sportives ne puissent toujours pas s'habiller comme elles veulent?
Solène Froidevaux: Pour comprendre le présent, je pense qu'il est important de regarder le passé. La question n'est pas nouvelle, l'intégration des femmes dans le sport a été semée d'embûches. En termes d'habillement, la jupe a très longtemps été une obligation pour la femme, car on avait l'idée que, par nature, elle se devait d'être élégante. Le sport n'est pas indépendant de la société, ce débat nous montre donc comment le corps des femmes est perçu socialement. Ensuite, il faut rappeler que ce n'est pas parce qu'on est en 2021, que l'on va forcément vers une progression pour les droits des femmes. L'histoire montre que ce sont des montagnes russes, parfois l'évolution est rapide, parfois il y a des retours de bâton.

«Ce qui est intéressant, c'est de voir comment il est tantôt imposé aux femmes de montrer ou de cacher certaines parties de leur corps»

Mais, à vos yeux, il y a une bonne raison, une raison concrète, pour les forcer à jouer en bikini?
C'est une très bonne question. Non, cela n'a rien à voir avec la performance sportive. Les équipes masculines sont performantes en short et en t-shirt. Par contre, les fédérations pourraient donner une raison historique: «On a toujours fait comme ça». Ils peuvent dire que c'est le règlement et que même s'il n'est pas juste, il faut le respecter. Cela montre que les paroles des joueuses ne sont pas prises en compte. Les institutions peuvent utiliser des moyens de pression, comme des amendes ou des menaces de disqualification, pour imposer des critères qui sont très clairement sexistes.

«Dans notre société, on apprend à juger le corps des autres selon des normes différentes en fonction du genre»

Quels problèmes est-ce que ces contraintes peuvent poser aux sportives?
Si on écoute les joueuses norvégiennes, elles disent qu'elles trouvent moins dégradant et plus confortable de jouer en short. Ce qui revient souvent, c'est que certaines ne peuvent pas être centrées uniquement sur leurs performances, car elles ne sont pas à l'aise de se sentir scrutées. Il y a les regards, mais il y a aussi les jugements. Des entraîneurs racontent également qu'il est difficile de motiver leurs joueuses à continuer leur carrière dans l'élite, car elles n'ont pas envie de porter la tenue imposée par le règlement. Et cela ne concerne pas que le beach handball. De manière plus générale, je pense qu'on peut faire un lien entre contraintes vestimentaires et abandon de la carrière sportive.

Comment faire pour que les mentalités, les règlements, évoluent?
Il y a quelque chose que l'on n'a pas encore évoqué et qui est très important, c'est la médiatisation de ces sports et l'argent que cela rapporte. Dans le beach volley, par exemple, la mise en scène médiatique, la manière dont on oblige les sportives à s'habiller est clairement sexualisé pour répondre aux attentes du public de voir certains corps dans certaines pratiques. Donc s'il y a une telle résistance aujourd'hui, c'est aussi parce qu'il y a des enjeux financiers derrière, notamment pour les fédérations.

D'accord mais alors, comment on fait pour que cela change?
Il n'y a pas de solution miracle, mais on voit de plus en plus de syndicats de joueuses qui mettent en commun leurs revendications et qui deviennent des acteurs importants. Je pense qu'il faut aussi avoir davantage de femmes au sein des fédérations, même si cela n'apporte pas automatiquement plus d'égalité. Mais cela permet de parler plus facilement des expériences vécues en tant que sportives. Finalement, il faut que tout un chacun fasse preuve d'un regard critique sur la manière dont on regarde le corps des autres.

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