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«Une erreur absolue»: la Task Force Covid sous le feu des critiques

Sale moment pour le groupe d'experts de la Confédération. Alors que Daniel Koch qualifie sa création d'«erreur absolue», le directeur de l'Usam l'accuse de n'avoir «aucune légitimité démocratique» et veut le dissoudre.
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28.01.2022, 18:4828.01.2022, 18:56
Chiara Stäheli / ch media

Presque chaque semaine, la Task Force Covid fait la une des journaux avec ses analyses et prévisions. Et ce depuis bientôt deux ans: fin mars 2020 déjà, le Conseil fédéral a mis en place cet organe consultatif composé de 25 personnes. Les experts de la Task Force ont pour mission principale «d'apporter un soutien scientifique aux autorités politiques et de les conseiller lors de la prise de décisions dans le contexte de la pandémie».

Mais les prévisions de la Task Force font l'objet de critiques: les prédictions seraient alarmistes et les recommandations donneraient massivement plus de poids à la dimension sanitaire qu'aux facteurs économiques ou sociaux.

Ces reproches proviennent notamment de Hans-Ulrich Bigler, le directeur de l'Union suisse des arts et métiers (Usam). L'ancien conseiller national PLR veut dissoudre immédiatement la Task Force Covid et «rétablir la situation légale ordinaire».

Hans-Ulrich Bigler veut dissoudre immédiatement la Task Force Covid.
Hans-Ulrich Bigler veut dissoudre immédiatement la Task Force Covid.image: keystone

Sa demande repose sur le fait qu'il existe depuis des années une commission extraparlementaire chargée de fournir des conseils scientifiques à l'administration fédérale en matière de préparation aux pandémies. Il s'agit de la Commission fédérale pour la préparation et la gestion des pandémies (CFP). Selon les explications données sur le site Internet de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP), elle a pour mission «d'assumer, le cas échéant, une fonction de conseil en matière d'évaluation de la situation et des risques ainsi que dans le choix des stratégies et des mesures de gestion d'une pandémie».

«Il est incompréhensible que la CFP ne se soit pas réunie une seule fois depuis le début de la crise du coronavirus», a déclaré Bigler. Au lieu de cela, le Conseil fédéral aurait convoqué une Task Force scientifique «dépourvue de toute légitimité démocratique».

Bigler ne nie pas que la science apporte une contribution indispensable à la maîtrise de la pandémie. Mais «les déclarations de la Task Force relèvent moins de la consultation que de politique. Le comité pousse le Conseil fédéral à agir, exerce une pression avec ses recommandations et répand une mauvaise ambiance dans la population», déclare Bigler. C'est l'économie qui en souffre en premier lieu, affirme-t-il. Les restrictions engendrent des dommages qui se chiffreraient en milliards.

L'existence de la Task Force, une «erreur absolue»

Daniel Koch, ex-directeur de la division «Maladies transmissibles» de l'OFSP.
Daniel Koch, ex-directeur de la division «Maladies transmissibles» de l'OFSP.image: keystone

Une autre personnalité suisse partage l’avis de Bigler. Daniel Koch, ancien directeur de la division des maladies transmissibles de l'OFSP, aurait affirmé il y a deux semaines lors de la conférence d'hiver des arts et métiers à Klosters (GR) que la création même de la Task Force était «une erreur absolue» de la part de l'administration fédérale. La commission de pandémie mise en place par la Confédération et légitimée démocratiquement aurait dû être mobilisée.

Interrogé à ce sujet, Koch a fait savoir qu'il ne commenterait pas ces déclarations, pas plus qu’il ne reviendrait dessus. Selon lui, la pertinence de la mise en place de la task force devra être évaluée après la pandémie.

La Task Force se défend:

«Il est indispensable que les dernières connaissances scientifiques soient prises en compte dans la lutte nationale contre la pandémie»

Les analyses et informations régulières de la Task Force constitueraient une base importante pour les décisions politiques. Et cela n’est pas près de changer: «La Task Force continuera d'assumer ses responsabilités dans le cadre de son mandat, qui court jusqu'à fin mai 2022.»

Tanja Stadler, présidente de la Task Force Covid-19 nationale.
Tanja Stadler, présidente de la Task Force Covid-19 nationale.image: keystone

Cette position est également soutenue par le Conseil fédéral. En réponse à une interpellation du Conseil national, il écrit: «La CFP est en premier lieu responsable de la préparation à une pandémie. Pendant une pandémie, cette fonction passe en conséquence au second plan.» Le nom de la CFP suggère une participation de la commission aux questions de gestion. Mais «l'activité de la Commission en tant qu'organe global pendant une crise n'est pas prévue et ne correspond donc pas à la tâche principale de la CFP».

Fin de la pandémie en vue

La demande de Bigler répond à un bon timing: au vu de la propagation rapide d'Omicron et de l'immunité élevée qui en résulte dans la population, on présume que la fin de la pandémie est proche. Cela a donné lieu cette semaine à une intervention de plusieurs associations économiques et de politiciens bourgeois. Lors d'une conférence de presse commune, ils ont réclamé mardi matin la levée anticipée des mesures sanitaires. Bigler n'est donc pas seul à réclamer l'abandon de l’état de pandémie et la dissolution de la task force qui en découle.

Traduit de l'allemand par Tanja Maeder

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