DE | FR

Stars enceintes sur les réseaux: La grossesse est devenue bankable

La grossesse constitue aujourd'hui pour les célébrités une source inépuisable de contenus à poster sur leurs réseaux sociaux. Une pratique qui oscille entre féminisme et marketing de soi.

Audrey Renault / slate



Un article de Slate

Gigi Hadid, Emily Ratajkowski, Karlie Kloss, Katy Perry, Miranda Kerr,... Nombreuses sont les célébrités, enceintes ou jeunes mamans, à afficher sur Instagram ou TikTok leurs corps changeant. Aujourd'hui, la star enceinte se montre et s'assume, parfois dans des poses très sulfureuses: cliché nue de profil pour mettre en valeur la silhouette nouvellement bombée, selfie pris pendant l'allaitement, poitrine rebondie à la clé, ou shooting en lingerie fine avant terme, on est loin des unes de Vogue ou Elle qui mettaient en scène les superstars des années 1990 et 2000 façon madones.

Pour Marine Creuzet, autrice de Corps sous influence: les réseaux sociaux, entre carcan et émancipation, publié chez L'Harmattan, ce phénomène est la suite logique de l'impact des réseaux sociaux sur notre rapport au corps: «Instagram a bouleversé notre vision du corps humain, en particulier féminin. Grâce au réseau, et malgré les règles qui y sont encore très pudibondes, les femmes, en particulier les stars, sont désormais leur propre directrice artistique. Elles peuvent gérer leur iconographie de manière très précise et reprendre la main sur leur image, ce qui n'était pas le cas avant. C'est d'autant plus vrai pour les mannequins, influenceuses ou actrices, puisque leur corps est leur métier».

Une manière pour certaines de se défaire du male gaze et de revendiquer leur rapport déconstruit à leur corps et au privé, à l'image d'Emily Ratajkowski, qui a publié de nombreux clichés dénudés de son corps aux différents stades de sa grossesse. «La grossesse est rarement associée au glamour ou au sexy», note Marine Creuzet, «mais depuis quelque temps, les personnalités n'hésitent pas à surfer sur une esthétique presque érotique, non plus centrée exclusivement sur le ventre en tant que réceptacle de la maternité, mais aussi sur la poitrine, les courbes du corps... Cela peut en étonner, voire en choquer certains, car cela rompt avec le schéma traditionnel et misogyne qui consiste à classer les femmes en "maman" ou en "putain"».

Capitaliser sur sa grossesse

En communiquant ainsi sur leur grossesse, les stars ont su faire de ce moment potentiellement risqué pour la carrière des célébrités féminines une nouvelle source de contenus à partager avec leur communauté, avide de découvrir le moindre détail de leur grossesse, puis de leur accouchement, puis de l'éducation des enfants. Bien souvent, les célébrités doivent d'ailleurs annoncer très rapidement leur grossesse, sous peine de se faire griller la politesse par des followers ultra attentifs, guettant le moindre début de baby bump sur les selfies de leurs idoles.

«Ces femmes ont commencé leur carrière très jeunes. Pour certaines, comme Kylie Jenner, elles ont carrément grandi devant les caméras et sur les réseaux sociaux, de ce fait, leur communauté est habituée à suivre leur vie comme une série télé», commente Marine Creuzet. «Chaque événement, des peines de cœur au mariage ou au divorce, est un nouvel épisode.» La grossesse ne fait pas exception et permet de multiplier les contenus à l'occasion de rituels très instagrammables, comme la baby shower ou la gender reveal party.

La maternité se met en scène, car la maternité est bankable. Aujourd'hui, n'importe quelle influenceuse ou star a intérêt à médiatiser sa grossesse et ses suites. A la clé: des retombées économiques à travers des placements de produits ou partenariats, mais surtout de la matière pour son propre storytelling.

«Aujourd'hui, l'accession à la maternité revient presque à débloquer un palier comme dans les jeux vidéo, c'est une nouvelle étape dans le marketing de soi», constate Marine Creuzet. «C'est d'autant plus vrai pour les influenceuses ou les stars de la télé-réalité, car ce sont des domaines qui fonctionnent par "promos" et où la comparaison avec les autres est constante. Lorsque plusieurs candidates des premières générations des Anges et des Marseillais sont tombées enceintes au même moment, beaucoup de personnes s'en sont étonnées, voire offusquées, mais après tout, c'est assez logique: elles ont toutes la trentaine, pour la plupart sont dans des relations stables et gagnent bien leur vie», explique la spécialiste, pour qui le fait que ces stars de la télé-réalité résident presque toutes à Dubaï, et donc postent les mêmes photos dans les mêmes endroits à seulement quelques jours d'intervalle, a créé un effet loupe qui a surmédiatisé le phénomène.

Le baby-boom est tel qu'il a donné naissance à l'émission Mamans et célèbres, diffusée sur TFX. On y suit tout autant les échographies des ex-candidates de Secret Story ou La villa des cœurs brisés, que les fluctuations du nombre de leurs followers sur les réseaux sociaux. «Quoi qu'on en pense, et malgré l'évolution des mœurs, la maternité reste sacrée et sacralisée, et envisager que des femmes puissent potentiellement penser à capitaliser dessus peut choquer», relève Marine Creuzet. «On leur reproche pour certaines de calculer la date du terme en fonction des tournages, mais après tout, célébrités ou pas, c'est ce que font de nombreuses femmes: avant d'avoir un enfant, elles s'assurent que le timing est bon, d'un point de vue financier, professionnel ou amoureux. Les stars font pareil, à une échelle différente et avec des moyens différents.»

Une démarche féministe

Moyens financiers, humains et matériels, les stars ont en effet à leur disposition des outils dont ne disposent pas les autres femmes. Des ressources qui leur permettent notamment de mettre en scène une vision de la maternité souvent assez édulcorée. Encore rares sont les célébrités à afficher clairement leurs vergetures, leurs cicatrices ou leurs seins crevassés, même si certaines s'y mettent petit à petit.

«Quand bien même ces stars s'affichent maquillées, voire retouchées, nous ne devons pas minimiser la portée féministe de leur geste, qu'elles en aient conscience ou non. Poster une photo de son corps, qui plus est un corps qui bouge, qui vit, qui se déforme, pendant une grossesse ou juste après, c'est un acte fort. Certes, la réalité des stars n'est pas la nôtre, et sur Instagram tout est glamourisé, mais cela reste un acte courageux qui peut avoir de l'influence sur leur communauté, sur l'évolution des mentalités, et qui s'inscrit dans le mouvement de libération des corps»

Élisabeth Laborde, fondatrice d'ELILA, une agence de conseil en stratégie de communication, gestion de crise et promotion de l'égalité femmes-hommes

En témoignent les innombrables selfie-allaitement, recensés sous le hashtag #brelfie. Si beaucoup de célébrités s'y sont adonnées dans des photoshoots très sophistiqués, à l'image d'Olivia Wilde ou de Gisele Bündchen, beaucoup de femmes se sont au contraire emparées de ce hashtag pour afficher sans complexes et en toute transparence tant leur joie d'être mamans, pour certaines, que leurs corps fatigués, leur moral en berne ou leurs doutes sur la maternité pour d'autres.

«L'intime est politique! Ces images sont importantes, car afficher aux yeux de tous un acte considéré encore par certains comme tabou ou indécent permet de le banaliser et de rappeler que c'est quelque chose de tout à fait naturel, et que les femmes qui ont choisi d'allaiter, tout comme celles qui ne le font pas, n'ont pas à se justifier ou à être importunées», note Élisabeth Laborde. Un rappel nécessaire, à l'heure où des femmes qui allaitent en public se font insulter ou gifler.

«Bien sûr que toutes les célébrités qui posent enceintes ou après l'accouchement ne le font pas toutes dans une démarche féministe revendiquée. Certaines adhèrent peut-être à un schéma de pensée très traditionnel», concède Élisabeth Laborde, «mais le féminisme est une question de choix. Ces célébrités font le choix de s'exposer ainsi et, mine de rien, elles montrent qu'il n'existe pas une seule grossesse, mais plusieurs, que l'on peut être sexy et enceinte, fatiguée et enceinte, avoir des gros seins ou des petits, allaiter ou pas. Ça, c'est primordial. Et même si ces stars le font encore de manière très policée, déjà, elles font ce qu'elles veulent, et c'est tout de même un pas en avant vers une meilleure représentation».

Cet article a été publié initialement sur Slate. Watson a changé le titre et les sous-titres. Cliquez ici pour lire l'article original

Dur dur d'être un homme enceint

Plus d'articles sur la société

Anxieux, le retour de la vie sociale vous inquiète? Les conseils d'une psy

Link zum Artikel

«La douleur d'endométriose, c'est comme des coups de poignard»

Link zum Artikel

Cette vidéo sur la dépression nous a fait du bien et vous en fera aussi

Link zum Artikel

La révélation d'Elon Musk peut (vraiment) faire du bien aux Asperger

Link zum Artikel

Le bikini pour petites filles ou l'hypersexualisation dès le berceau

Chez certaines marques, il existe des deux-pièces à partir de 3 ans. On sexualise donc des corps d'enfants, des corps de bébés.

L'été dernier, j'avais la chance d'être en vacances au bord de la mer. Mes enfants, deux garçons, avaient sympathisé avec une fillette de 9 ans. Les trois passaient leurs journées à construire un village en cailloux. J'ai eu un coup de c?ur pour cette fille. Elle me ramenait à ma propre enfance et je sentais que c'était lié à quelque chose de très précis mais impossible de mettre le doigt dessus.

Jusqu'au jour où l'évidence m'a frappée: elle était la seule fille de la plage à ne pas porter …

Lire l’article
Link zum Artikel