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Islande, Suisse, CO2

La roche volcanique islandaise est la plus propice au stockage du CO2. Image: Shutterstock

La Suisse veut enfouir son CO2 en Islande: «Tout ça pour ne rien faire ici»

Fin juillet, la Suisse et l'Islande ont annoncé mener un projet commun visant à capter du CO2 dans l'atmosphère pour ensuite le stocker dans le sous-sol islandais. Mais n'est-ce pas juste une manière de cacher le problème sous le tapis? Les réponses de Martine Rebetez, professeur de climatologie à Neuchâtel.



«Technologies d'émission négative». Voilà comment s'appelle la technique que la Suisse et l'Islande veulent développer afin d'extraire le CO2 de l'atmosphère et de le séquestrer sous terre. A la pointe de l'innovation dans le domaine, l'entreprise zurichoise Climeworks et le projet islandais Carbfix vont s'unir pour lancer une première installation commune.

De leur côté, les deux pays se sont engagés à soutenir l'initiative, comme l'explique la RTS ce lundi. Le sous-sol volcanique islandais étant plus propice au stockage, la Confédération souhaite investir dans des installations sur place tout en faisant créditer l'impact positif sur son propre bilan carbone. À moyen-terme, les autorités suisses envisagent même d'exporter du CO2 helvétique pour l'enterrer en Islande.​

A noter que le transport peut se faire en train, en camion citerne ou en bateau gazier.

Si, sur le papier, la technologie semble alléchante, de nombreux défis techniques restent à relever comme le souligne Martine Rebetez, professeur de climatologie à l'Université de Neuchâtel et à l'institut fédéral de recherche WSL.

Enterrer notre CO2 en Islande, est-ce que cela ne revient pas à juste déplacer le problème?
Martine Rebetez:
Oui et non. A ce stade, ce type de technique pose beaucoup de questions. Déjà, est-ce que le stockage de ce CO2 peut occasionner des dégâts? A cause d'une fuite par exemple. Ensuite, il faut se demander quel est le bilan carbone pour le capter et l'enfouir. Tant qu'on n'a pas uniquement des énergies renouvelables, il y a le risque que l'on émette davantage de CO2 pour mener à bien l'opération que ce qu'on capte réellement. La troisième question, c'est celle des coûts: en général, il est meilleur marché d'investir dans la non-production de CO2 plutôt que dans le stockage. On a pris tellement de retard dans le domaine qu'un jour ou l'autre on sera effectivement obligés d'utiliser cette technique. Mais, pour l'instant, le moins cher et le plus urgent, c'est de cesser d'émettre du CO2. Comme vous le voyez, à ce stade il reste encore beaucoup de questions en suspens. Mais si on peut y répondre favorablement, alors, oui, c'est une technique utile.

«La première chose qu'on devrait faire, c'est déjà de cesser d'émettre»

Vous parlez de risques liés au stockage, qu'est-ce qu'il pourrait se passer?
Tant que le CO2 n'est pas transformé en carbone solide, on peut toujours craindre qu'il ressorte sous forme de gaz. S'il y a une fuite et qu'il s'échappe dans l'atmosphère cela veut dire que tous vos efforts pour le capter sont réduits à néant. Et en sortant, il peut également occasionner des dégâts.

«Tout ça, ça sert seulement à ne rien faire ici, en Suisse»

Est-ce que vraiment cette méthode peut avoir un impact sur notre bilan carbone?
Cela peut être utile mais dans des proportions dérisoires par rapport à l'ampleur du phénomène. En Suisse, on a un énorme problème, on devient les pires européens en termes d'émissions. Nous sommes pratiquement les derniers à faire si peu pour réduire les émissions sur notre territoire. On finance des projets à l'étranger pour pouvoir continuer à consommer du pétrole chez nous. Aujourd'hui, avec les techniques qu'on a, c'est inimaginable qu'on n'investisse pas davantage dans le solaire dans notre pays, par exemple.

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