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Un festival de déceptions ou une chasse à la dopamine au programme cet été?

Alors que les grands raouts de l'été annulent chacun leur tour leur édition 2021, certains y croient, comme le MJF. Mais entre menu musical maigrichon et amusements bardés de mesures Covid, qui sera vraiment rassasié? La réponse se trouve dans notre cerveau.



Chaque festival a sa réponse à l’incertitude qui plane sur l’organisation de grands événements musicaux. En gros: on annule ou on bricole. Surtout que personne ne peut prédire l’avenir des mesures de lutte contre le coronavirus, qui ne seront pas rediscutées au Conseil fédéral avant la mi-avril.

Ceux qui ont annoncé la tenue de leur événement en taille réduite prennent un risque: celui de ne pas répondre aux attentes des spectateurs frustrés par un été qui sera à coup sûr à nouveau marqué par les restrictions. Une déception qui peut aussi porter un coup à l’image du festival.

La raison: ceux qui vont dans les festivals pour la fête ne pourront pas vraiment la faire. Ceux qui s'y rendent pour la musique risquent bien de ne pas pouvoir s’extasier devant les plus grands artistes du moment (ou du moins les meilleurs).

Il y a bien une solution toute simple: y aller sans prétention. Ca paraît trivial mais c’est quelque chose de très bien documenté par les scientifiques. Tout se passe dans notre petite tête et ça fonctionne de la même manière qu’on soit un fêtard ou un mélomane (ou les deux).

Le plaisir (1)

«Toute la question tourne autour de la différence entre ce qu’on attend et ce qu’on obtient. Le cerveau analyse le delta, le différentiel, entre les attentes et la réalité vécue. S’il est positif, il y a production de dopamine, la molécule du plaisir. C’est aussi cette molécule qui est produite quand on a du plaisir avec la nourriture, le sexe, la drogue ou l’alcool. On peut transposer ce mécanisme à la musique, qui peut stimuler la production de dopamine selon les affinités musicales de chacun.»

Manuel Mameli, professeur associé à la Faculté de biologie et de médecine et spécialisé dans les neurosciences fondamentales.

Manuel Mameli

Manuel Mameli. Image: Unil.ch

La déception (1)

«La déception, la frustration, la rancoeur et la colère se nourrissent, elles, d’un espoir déçu. Notre cerveau est une machine à interpréter le monde qui nous entoure, certainement pas une machine à retranscrire ou refléter la réalité. Le monde extérieur est coloré par notre monde intérieur (et vice-versa), par nos émotions, nos envies, nos passions, mais également nos peurs, nos dégoûts, nos angoisses. La déception sera d’autant plus foudroyante et l’amertume, la frustration, la rancoeur et la colère d’autant plus prononcées que l’attente est haute et le résultat bas. La déception est à la hauteur de ce delta.»

Benjamin Boutrel, maître d'enseignement et de recherche à l’Université de Lausanne, spécialisé en neurosciences psychiatriques.

Benjamin Boutrel

Image: chuv.ch

Vous l’aurez compris: les festivals qui auront tout de même lieu doivent jouer avec cet équilibre en tentant d’activer la production de dopamine tout en évitant à tout prix de faire tomber leur public dans la déception. C’est d’ailleurs cette crainte qui a (entre autres) poussé Paléo à annuler son édition 2021.

«Dans une situation telle que celle que l’on vit, il y a surtout le risque de créer un malentendu avec son public, de proposer quelque chose de décevant. Et là, à décevoir les attentes des spectateurs, le risque, en termes d’image, grandit»

Daniel Rosselat, directeur de Paléo, dans 24 Heures.

On va un peu plus loin et on retrouve nos deux scientifiques. Ils nous parlent de ce qu’il se passe dans la tête des fêtards et des mélomanes.

Le plaisir, deuxième partie

«Plus l’évènement est associé à la fête, l’euphorie, l’ébriété éventuellement, le lâcher prise, et la désinhibition, plus la montée en tension est forte et extériorisée (réd: le fêtard). La même énergie peut se manifester en sourdine, intériorisée. Pour autant, la bonne humeur anticipe le futur moment agréable attendu chez les mélomanes. Le plaisir survient de façon inattendue, c’est mieux que prévu, c’est surprenant, soit le flash est immédiat et la réserve peut laisser place alors à une extériorisation du plaisir. Autrement, il y a aussi une montée en puissance type diesel, la réserve laisse peu à peu la place à l’appréciation positive, la satisfaction, puis l’émerveillement et enfin on atteint plaisir des sens, évanescence des soucis, des tracas, des émotions positives et du bien-être.»

Benjamin Boutrel.

Et puis, il y a la situation épidémiologique qui a un impact certain sur l’état neuropsychologique de la population.

La déception, deuxième partie

«Le risque pour les festivals qui sont organisés autrement que d’habitude, c’est de survendre l’événement. Prenons l’exemple de Paléo et imaginons qu’il ait lieu dans une forme différente des précédents. Si le public pense qu’il va pouvoir vivre «l’expérience Paléo» comme par le passé, il risque bien d’être frustré. Il faut aussi prendre en compte le fait que dans la situation de pandémie que nous vivons, la population souffre d’un haut niveau de frustration (réd: certains parlent de dépression collective). Globalement, la population est très vulnérable à la déception et les organisateurs pourraient en faire les frais.»

Manuel Mameli.

Nos scientifiques s’accordent enfin sur un point: au final, qu’on se rende dans un festival pour faire la fête ou pour écouter calmement de la musique, il y a la recherche du plaisir des sens, de l’évanescence des soucis et des tracas, de l’émotion positive et du bien-être. Pas besoin d’être l’un ou l’autre pour atteindre le même niveau de bonheur.

A vous de jouer!

Le pire pour les fêtards cet été?

Le pire pour les mélomanes cet été?

Demandez le «programme»

Les festivals déjà annulés:

Ceux qui sont organisés (pour l’instant):

Et ceux dont on a aucune idée:

Et pour ceux qui ne s'en souviennent plus, un festival ça ressemble à ça:

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Le Montreux Jazz Festival, en images
source: keystone / gabriel monnet
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