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Enveloppée dans une couette et le front en sang, la photo de Marianna Vyshemirsky a fait le tour du monde.
Enveloppée dans une couette et le front en sang, la photo de Marianna Vyshemirsky a fait le tour du monde.image: twitter

«Cette photo de moi a été utilisée pour répandre des mensonges sur la guerre»

La photo de Marianna Vyshemirsky, enceinte et fuyant une maternité bombardée, est devenue l'une des images les plus connues de la guerre. Mais Marianna n'a pas seulement reçu des encouragements, elle a également été la cible de message de haine – et ce, des deux camps
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19.05.2022, 11:5319.05.2022, 12:41
Lionel Baumgartner
Lionel Baumgartner
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La photo a été prise après une attaque aérienne russe à Marioupol. Elle a circulé en ligne, mais a aussi fait la une des journaux et a été le centre des discussions au Conseil de sécurité de l'ONU. Néanmoins, après avoir survécu à cette attaque, Marianna a dû faire face à un autre genre d'attaque. Celle de la désinformation et de la haine, dirigée contre elle et sa famille.

«J'ai reçu des menaces, qu'ils viendraient me trouver, que je serais tuée, que mon enfant serait découpé en morceaux»
Marianna Vyshemirsky

Les Russes ont tenté de répandre des contre-vérités sur l'attaque, accusant à tort Marianna, 29 ans, de jouer la comédie. Des diplomates russes ont même affirmé qu'elle n'avait pas «joué» une, mais deux femmes différentes.

Lors d'une interview vidéo pour BBC, un blogueur pro-séparatiste accompagne la jeune femme. C'est ce dernier qui a permis à la journaliste de la BBC d'interviewer Marianna. Malgré tout, elle semble à l'aise et parle sans réserve. Elle raconte ce que c'est que de se retrouver au milieu d'une guerre d'informations, et tout cela alors qu'elle donne naissance à sa fille Veronika.

«Elle a choisi d'arriver dans une période difficile» explique-t-elle, «mais il vaut mieux qu'elle soit arrivée dans ces circonstances que pas du tout».

«Les choses ont basculé»

La vie à Marioupol était très différente avant la guerre. Marianna faisait la promotion de produits de beauté sur les réseaux sociaux, tandis que son mari Yuri travaillait à l'aciérie Azovstal. «Nous avions une vie tranquille et simple», dit-elle, «et puis, bien sûr, les choses ont basculé».

Lorsque Marianna a été admise à l'hôpital, Marioupol était la ville la plus bombardée d'Ukraine. Le 9 mars dernier, alors qu'elle discutait avec d'autres femmes du service, une explosion a secoué l'hôpital. Son premier réflexe a été de se couvrir le visage avec une couverture qu'elle a trouvé là. Puis une deuxième explosion est arrivée. Marianna s'est d'abord cachée dans la cave avec d'autres civils, avant de sortie à l'extérieur du bâtiment.

L'anatomie d'un mensonge

C'est à ce moment-là que la fameuse photo de Marianna Vyshemirsky a été prise. Elle avait également été photographiée par des journalistes de l'Associated Press lorsqu'elle descendait les escaliers pour quitter le bâtiment.

image: twitter

Ces images sont immédiatement devenues virales. Puis, pour la première fois, de fausses allégations selon lesquelles les photos avaient été mises en scène sont apparues, sur un canal Telegram pro-Kremlin. Le blog de beauté de Marianna a été utilisé pour suggérer qu'elle était une actrice qui avait utilisé du maquillage pour simuler des blessures.

Ces mensonges ont été répétés et amplifiés par de hauts fonctionnaires russes ainsi que par les médias d'État. Ils ont même affirmé qu'une photo d'une autre femme enceinte sur un brancard était également Marianna, alors qu'il est clair que ce n’est pas le cas. La femme sur la civière et son enfant à naître sont morts plus tard de leurs blessures.

En fuite et sans accès à Internet, Marianna n'a vu ces images que plusieurs jours plus tard. A ce moment-là, son profil Instagram a été inondé de messages accusateurs et menaçants. Choquée, elle a déclaré «vraiment insultant d'entendre cela, parce que j'ai réellement vécu tout cela».

Elle s'abstient toutefois de critiquer directement les fonctionnaires russes qui diffusent de fausses informations à son sujet. A la place, elle critique l'Associated Press.

«J'ai été offensée que les journalistes qui avaient posté mes photos sur les médias sociaux n'aient pas interviewé d'autres femmes enceintes qui auraient pu confirmer que cette attaque avait réellement eu lieu»

Elle suggère que cela aurait pu aider à expliquer pourquoi certaines personnes «ont eu l'impression que tout était mis en scène». Mais selon ses propres déclarations, Marianna était l'un des derniers patients à être évacués, et ce n'est qu'ensuite que les journalistes de l'AP sont arrivés.

Dans les jours qui ont suivi l'attaque, Marianna a accouché de Véronica dans un autre hôpital.
Dans les jours qui ont suivi l'attaque, Marianna a accouché de Véronica dans un autre hôpital.image: twitter

Marianna Vyshemirsky est aujourd'hui en sécurité.

Traduit et adapté de l'allemand par sia

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source: sda / sergey kozlov
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