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Les exploits des freerideurs valaisans Jérémie Heitz (à gauche) et Sam Anthamatten sont racontés dans le film <em>La Liste - Everything or Nothing</em>, présenté en avant-première cette semaine.
Les exploits des freerideurs valaisans Jérémie Heitz (à gauche) et Sam Anthamatten sont racontés dans le film La Liste - Everything or Nothing, présenté en avant-première cette semaine. image: Red bull
Interview

«Après nos expéditions, même les hôtels pourris, c'est du grand luxe!»

Les skieurs de l'extrême Jérémie Heitz et Sam Anthamatten ont entrepris trois expéditions au Pérou et au Pakistan entre 2018 et 2020. Un film retrace leurs incroyables aventures. Il a été présenté en avant-première ce lundi à Paris. Une autre cérémonie est prévue jeudi soir à Lucerne. Rencontre.
17.11.2021, 23:1601.12.2021, 16:13
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Des images à couper le souffle. On conseille même à celles et ceux qui ont les mains moites en voyant le vide de se faire violence et de les regarder. Et puis des moments extrêmement forts humainement, comme le grave accident de «Mika», un compagnon d'ascension, dont le secours a nécessité quinze heures et a mis fin à la première expédition au Pérou.

Jérémie Heitz et Sam Anthamatten, deux alpinistes et skieurs de l'extrême valaisans, ont entrepris trois expéditions (une au Pérou et deux au Pakistan) entre 2018 et 2020 pour gravir six sommets à plus de 6000 mètres, puis les descendre sur leurs lattes. A chaque fois, ils étaient accompagnés par six autres personnes, dont des cameramen.

Leurs exploits ont été filmés et sont racontés dans un film, La Liste - Everything or Nothing, présenté en avant-première cette semaine. watson a rencontré ses deux personnages principaux. Interview.

La bande-annonce de La Liste - Everything or Nothing

Comment vous est venue l'idée de ces expéditions et du film?
Jérémie Heitz: C'est la suite logique de notre premier film. On en a parlé avec Sam, on avait les mêmes objectifs. Notre passion du ski a clairement évolué vers l'alpinisme. On marche des jours et des jours pour peut-être faire une seule descente. On avait des objectifs de nous tester encore plus haut en altitude. Et aussi l'envie de quitter la compétition.
Sam Anthamatten: C'est parce qu'on n'a jamais vraiment été très bons en compétition! (rires) L'idée, c'était vraiment d'aller explorer plus loin.
Jérémie Heitz: La base même de ce sport, c'est l'aventure, la découverte, tester ses limites et l'évolution du matériel.

L'idée, c'était de vous prouvez quelque chose à vous-même, aux autres, ou encore de simplement prendre du plaisir?
J.H.: Au départ, c'était de la curiosité. On l’a fait pour nous avant de le faire pour les autres. C’est notre métier, du coup, on a la chance d’être accompagné de cameramen et de pouvoir documenter nos aventures. Alors si on peut vivre nos projets personnels et en plus les partager, c'est ça qui nous motive.
S.A.: Je crois que si tu veux le faire pour quelqu’un d’autre, tu arrêtes direct. Parce que les efforts que ça demande sont énormes. Quand tu dois te lever à 4h00 du matin à -25 degrés, si tu le fais pour quelqu'un d'autre, même s'il te paie, tu dis tout de suite «ciao!».

Jérémie Heitz et Sam Anthamatten en train de gravir une montagne skis sur l'épaule.
Jérémie Heitz et Sam Anthamatten en train de gravir une montagne skis sur l'épaule.image: red bull

Vous vous êtes mis dans des situations très dangereuses. Avec le stress qu'elles génèrent, on imagine facilement qu'il y a eu des moments très difficiles à vivre, avec des tensions entre vous par exemple?
J.H.: On avait la chance de se connaître avec les personnes qui nous accompagnaient. En montagne, tu es fatigué et tu peux être irrité pour un petit truc, ce qui met une sale ambiance.

«Mais à aucun moment, même pas lors de l'accident, on n'a eu le moindre problème. Avec un seul regard, on savait ce qu'on devait faire. Et on se parlait avec les radios. Au Pérou, on est devenu une équipe de sauvetage incroyable»
Jérémie Heitz

Votre ami «Mika» s'est gravement blessé en tombant lors de cet accident au Pérou, avec de multiples fractures et un poumon perforé. Son sauvetage a duré quinze heures. Comment s'est passée la suite?
S.A.: On a arrêté de skier, on ne pouvait plus y retourner mentalement. On a passé sept jours à Lima, en allant le trouver à l’hôpital. Le sauvetage, c'était quelque chose de spécial, mais cet hôpital péruvien encore plus! En étant Suisse, on ne peut pas imaginer. C'était l'enfer...

Carrément?
S.A.: Carrément. Les médecins voulaient opérer notre ami dans le dos, mais au mauvais endroit. Je ne sais pas comment ils ont fait leur diagnostic, mais on n’avait plus confiance en eux.
J.H.: Il y avait aussi une grande barrière avec la langue, comme on ne parle pas espagnol.
S.A.: J'ai aussi le sentiment qu'ils nous ont considérés comme des machines à cash, pour profiter de nous.

A part cette mauvaise expérience, comment avez-vous été reçus par les habitants lors de vos expéditions au Pérou et au Pakistan?
J.H.: Franchement, c'était fou! Au Pakistan, on a été incroyablement bien. C’est un pays qui n'est pas du tout touristique, alors les gens étaient intrigués par nos gueules de Suisses (rires). Ils venaient vers nous spontanément pour faire des photos ou nous aider de bon coeur, on n’était pas des touristes ambulants.
S.A.: Sur le glacier, on était aidés par des porteurs de skis. On les a laissés skier avec notre matériel sur le plat, c'était la première fois qu'ils chaussaient des lattes. Leur sourire était incroyable. Du coup, ils ont aussi mieux compris ce qu’on faisait. Quand on revenait au camp, ils nous attendaient avec du thé et nous applaudissaient.

Quand on vit de telles aventures, la routine de retour en Suisse doit être un peu morose...
J.H.: Non, au contraire! (rires) Plus je voyage, plus je suis content d’être à la maison. On a un luxe incroyable, rien que de se lever dans une chambre avec une douche. En expédition, on n'a pas tous ces petits trucs agréables du quotidien auxquelles on ne fait même plus attention, comme par exemple pouvoir utiliser des WC. Même les hôtels pourris dans les vallées, quand on redescend pour rejoindre les villes, c’est du grand luxe!
S.A.: Même manger une pomme devient quelque chose d'exquis!

Jérémie Heitz <em>ridant</em> sur une montagne pakistanaise.
Jérémie Heitz ridant sur une montagne pakistanaise.Image: red bull

Pourquoi avez-vous choisi ces deux pays, le Pérou et le Pakistan? Et comment déterminiez-vous les endroits à explorer une fois sur place?
S.A.: Pour les pays, on voulait simplement monter à 6000 mètres, ce qui n'est pas possible en Europe. On devait aller dans l’Himalaya ou Amérique du Sud pour trouver cette altitude. Une fois sur place, on cherchait des endroits qui nous intéressaient. Lors des deux premières expéditions, on les a choisis sur des photos qu’on a vues dans des livres. Rien qu'en voyant ces photos, on sentait un feu en nous, on imaginait tout de suite skier sur les montagnes représentées.
J.H.: De belles montagnes, du beau ski et une belle histoire à raconter, c'est la meilleure combo!

Vous avez vu pour la première fois le film en entier à Paris cette semaine. Quelle a été votre réaction?
J.H.: C'est un film avec beaucoup d'émotions, surtout quand on a vécu soi-même les moments. La production a fait du super boulot, ils ont réussi à retranscrire nos aventures et faire connaître notre mentalité à des gens qui n’ont peut-être jamais été en montagne. On est des exemples pour certains jeunes, donc c’est important de faire passer des bons messages. Parfois, dans nos décisions en montagne, on a fait des erreurs ou des mauvais choix. Il fallait revenir dessus dans le film, expliquer pourquoi on s'était trompé.

Le pic Laila, un des sommets au Pakistan gravis par Jérémie Heitz, Sam Anthamatten et leur équipe.
Le pic Laila, un des sommets au Pakistan gravis par Jérémie Heitz, Sam Anthamatten et leur équipe. image: redbull

Le film permet de faire de la prévention auprès des jeunes.
S.A.: Oui, on voulait montrer que ce qu'on fait, c’est cool, mais qu'il faut être prudent et réfléchir. C'est important que les gens qui vont en montagne aient conscience de ça.

«Pour nous, l'accès à la montagne est très facile. Ce n'est pas le cas des jeunes citadins qui n'y vont qu'en week-end. Alors ils ne doivent pas trop pousser les limites avec leur corps, sinon ça peut devenir dangereux»
Sam Anthamatten

Quels sont vos meilleurs souvenirs?
J.H.: A Lahore, au Pakistan, on a été invités dans une grande mosquée, en plein ramadan, où des centaines de personnes faisaient la prière. D'habitude, cet endroit est réservé aux fidèles. L'imam nous a présentés en quelques mots. On a pu filmer et avoir des interactions avec les gens. Cet aspect humain était fantastique.
S.A.: Pour ma part, c'était un moment pendant la troisième expédition, sur l'un des premiers sommets à 5000 mètres qu'on a gravis. Les conditions y étaient excellentes. On a trouvé l’endroit parfait, le bon timing, tout ça grâce aux bonnes décisions prises. Aucun smartphone, ni personne, ne nous a aidés sur ce coup-là, c'était une fierté! Il faut imaginer: t’as marché pendant six jours, t'as mal à la tête, au ventre, il fait super froid. Et tu montes sur un glacier immense perdu au Pakistan. C'est pas humain! Mais de voir toutes les possibilités qu'on avait pour se faire plaisir, c'était fou, ça te donne une flamme et ça a remotivé toute l'équipe pour les jours suivants.

Le film La Liste - Everything or Nothing est actuellement projeté sur grand écran en Romandie. Vous trouverez les dates et les lieux en cliquant ici.

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