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Le sélectionneur de l'Espagne, Luis Enrique, est un fidèle disciple du jeu de possession construit avec de nombreuses passes courtes.
Le sélectionneur de l'Espagne, Luis Enrique, est un fidèle disciple du jeu de possession construit avec de nombreuses passes courtes.
image: keystone
Euro 2021

Le tiki-taka, onomatopée encore au top

Fidèle à elle-même, l'Espagne – adversaire de l'Italie en demi-finale mardi – pratique dans cet Euro son jeu de possession, fait d'une succession de passes courtes. Retour sur la genèse de ce style si particulier.
05.07.2021, 19:5909.07.2021, 18:45
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Avant le début de cet Euro 2020, l'ailier espagnol Mikel Oyarzabal avait annoncé la couleur dans une interview accordée au magazine So Foot:

«Le football de possession n'est pas mort, et je pense d'ailleurs qu'il faut qu'on continue sur cette voie-là. Faire circuler le ballon, ce n'est pas jouer à la baballe, mais fatiguer l'adversaire»
Mikel Oyarzabal, attaquant de l'équipe d'Espagne

L'attaquant de la Roja et ses coéquipiers n'ont pas trahi leur philosophie de jeu dans ce tournoi. Avant les quarts de finale, la sélection ibérique était celle qui avait, en moyenne, la plus grande possession de balle: 68%. Très loin devant ses dauphins dans ce registre, le Danemark et l'Italie (56%).

Mikel Oyarzabal célébrant un but, lors de la large victoire 5-0 de l'Espagne contre la Slovaquie, lors du dernier match de poule.
Mikel Oyarzabal célébrant un but, lors de la large victoire 5-0 de l'Espagne contre la Slovaquie, lors du dernier match de poule.
Image: keystone

En plus de garder le cuir dans leurs pieds, les footballeurs espagnols multiplient les passes courtes. Là encore avec des statistiques qui défient toute concurrence. Dans les quatre premiers matchs, les hommes de Luis Enrique ont tenté 3304 passes (seulement 8% de passes longues). En comparaison, les Italiens, deuxièmes, n'en sont qu'à 2479 – un quart en moins. Ce style si typé espagnol a un nom: le tiki-taka.

Sur le toit du monde

La légende attribue l'invention du terme à un journaliste sportif espagnol pendant la Coupe du monde 2006. Lors d'un match de la Roja en Allemagne, le commentateur Andrés Montes a utilisé pour la première fois l'onomatopée pour qualifier le jeu ibère en une touche de balle – en référence au bruit des chaussures qui frappaient le ballon, circulant d'un joueur à l'autre à un rythme soutenu.

Si cette façon de jouer n'a pas porté ses fruits sur le sol allemand (l'Espagne a perdu en 1/8e de finale contre la France), elle le fera deux ans plus tard lors de l'Euro 2008 helvético-autrichien. La Roja y décroche son deuxième sacre majeur (après le championnat d'Europe 1964), avec à sa tête Luis Aragones. Elle récidivera en remportant la Coupe du monde 2010 et l'Euro 2012, avec un autre sélectionneur (Vicente del Bosque), mais avec ce même tiki-taka, porté à son paroxysme sur les pelouses polonaises et ukrainiennes.

Si le style de jeu est couronné grâce à la sélection nationale, il l'est aussi par les exploits du FC Barcelone durant la même période. Sur le banc catalan, Pep Guardiola prône et fait appliquer à ses joueurs un football identique. Sous sa tutelle (2009-2012), le Barça gagne trois Liga et deux Ligue des champions.

Même le roi est fan

Quand leurs enfants réussissent, les parents en sont fiers. Logique donc que le carton du tiki-taka au niveau international attire une bataille sur sa paternité. L'actuel entraîneur roumain du Dynamo Kiev Mircea Lucescu en est certain: ce bijou de jeu est originaire de Roumanie. Et il connaît même sa date de fabrication: la fin des années 1960.

Le très expérimenté coach Mircea Lucescu (75 ans) entraîne depuis l'année passée le Dynamo Kiev. Auparavant, il a fait les beaux jours du Chakhtar Donetsk entre 2004 et 2016.
Le très expérimenté coach Mircea Lucescu (75 ans) entraîne depuis l'année passée le Dynamo Kiev. Auparavant, il a fait les beaux jours du Chakhtar Donetsk entre 2004 et 2016.
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Selon l'ancien attaquant international marocain Aziz Bouderbala, passé par Sion et Saint-Gall, le style porte la patte du... roi du Maroc Hassan II, décédé en 1999. Le souverain se serait improvisé tacticien le temps d'une visite des Lions de l'Atlas au Palais royal en 1983, en leur montrant la stratégie qu'il souhaitait voir appliquer sur le rectangle vert.

D'autres y décèlent la signature de Fred Pentland, un Anglais immigré en Espagne dans les années 1920, si loin – géographiquement et plus encore footballistiquement – de son île natale, adepte à ce moment du très rudimentaire kick and rush. Le natif de Wolverhampton, en porte à faux tactique total avec ses compatriotes, inculque à ses disciples ibères un jeu léché techniquement et basé sur une multiplication de passes courtes.

Il enseigne ses préceptes d'abord aux footballeurs de l'Athletic Bilbao. Puis à ceux de l'équipe nationale espagnole. Le temps d'un match en 1929, en tant qu'entraîneur adjoint contre... l'Angleterre. L'esprit du Britannique, disparu en 1962, a toujours plané sur l'Espagne du football jusqu'à aujourd'hui, avec un retour en force dès la fin des années 1980 et l'arrivée de Johan Cruyff sur le banc du Barça.

Un ennemi inattendu

Diablement efficace quand il est pratiqué par des joueurs avec un gros bagage technique – condition sine qua non –, le tiki-taka a aussi ses détracteurs. Parmi eux, un certain... Pep Guardiola.

«Je n'aime pas toutes ces passes juste pour faire des passes, tout ce tiki-taka (...) C'est du gâchis et ça n'a aucune utilité. Vous devez passer la balle avec des intentions claires, avec l'intention de progresser vers l'avant»
Pep Guardiola, en 2014, alors entraîneur du Bayern Munich

Le technicien espagnol se justifiait en arguant que le Barça ne pratiquait en fait pas le tiki-taka, compris dans sa définition restreinte comme un jeu de passes stérile.

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De son côté, la légende allemande Felix Magath ne porte pas ce style de jeu dans son cœur: «Pour les spectateurs, garder le ballon est juste ennuyeux et vous n’avez pas vraiment besoin d’une grande équipe pour le faire.» Pas plus que l'entraîneur, pourtant espagnol, d'Eibar (relégué en deuxième division lors de la saison écoulée), José Luis Mendilibar. Il affirmait à So Foot avant le match de la Roja contre la Slovaquie que «l’ Espagne est devenue trop prévisible» et qu'il «voit trop de passes qui ne déstabilisent pas le bloc adverse.»

Comme la Suisse vendredi en quart de finale, les Italiens devront tout faire ce mardi soir pour éviter que les Espagnols trouvent des espaces entre les lignes transalpines, en les cantonnant du même coup dans un jeu de passes stérile. Le tout en faisant aussi attention de ne pas s'épuiser en courant constamment après le ballon. Parce qu'en cas de victoire, il reste encore une finale à jouer dimanche, face à l'Angleterre ou le Danemark.

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