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Le PS, par la voix de son coprésident Cédric Wermuth, propose une augmentation de salaire forfaitaire de 1000 francs par mois pour tout le personnel soignant à partir du 1er janvier 2022.
Le PS, par la voix de son coprésident Cédric Wermuth, propose une augmentation de salaire forfaitaire de 1000 francs par mois pour tout le personnel soignant à partir du 1er janvier 2022.Image: keystone
Interview

Covid: «Le problème en Suisse, c'est l'irresponsabilité collective»

Le coprésident du PS, Cédric Wermuth, parle d'un «échec politique dramatique» de la Suisse dans la crise du Covid. Selon lui, la mentalité de «radin» devient un danger. Le PS veut réformer massivement le système de santé.
18.12.2021, 12:0419.12.2021, 17:34
othmar von matt / ch media

Savez-vous comment on désigne aussi le PS sur Twitter?
Cédric Wermuth: Aidez-moi.

Le parti de la contamination.
Avec tout le respect que je vous dois, ce reproche est absurde. Si cela n'avait tenu qu'à la droite, nous serions actuellement en train de foncer droit dans le mur, pratiquement sans mesures. Et sans le PS, il n'y aurait plus d'aides économiques pour les PME et les personnes qui ont perdu leur emploi. Mais oui, dans cette pandémie, il est difficile pour tout le monde de trouver le bon moment pour prendre les bonnes mesures.

«Le virus ne va pas disparaître facilement. Je m'attends à ce que la pandémie dure encore longtemps.»

La critique s'adresse avant tout à Alain Berset: il n'agirait pas de manière assez proactive.
En tant que ministre de la Santé, il est bien sûr exposé. Je comprends le souhait du Conseil fédéral d'intervenir plus tôt et avec plus de courage. Mais Alain Berset tente justement de faire pression depuis des semaines pour que les cantons prennent des mesures. La campagne de vaccination ou encore les tests dans les écoles sont de leur ressort. Ce qui nous laisse tous pantois, c'est l'irresponsabilité organisée entre la Confédération et les cantons. Je peux comprendre cette colère.

Est-ce aussi une critique de son propre Conseil fédéral?
Non. Avec Alain Berset, on est à la mauvaise adresse. Lui et Simonetta Sommaruga ne sont que deux des sept conseillers fédéraux. Le gouvernement est toujours dominé par une majorité bourgeoise. C'est pourquoi il est difficile pour Alain Berset d'imposer des mesures judicieuses au sein du Conseil fédéral.

Néanmoins, auriez-vous préféré que le nouveau ministre de la Santé allemand, Karl Lauterbach du SPD, soit conseiller fédéral en Suisse?
Il a développé un profil clair dans la pandémie. Mais non. Je voudrais Alain Berset comme ministre de la Santé. La Suisse s'en est bien sortie avec lui. Si cela n'avait tenu qu'aux associations économiques et aux partis bourgeois, nous aurions, à chaque vague, levé les mesures beaucoup trop rapidement ou nous ne les aurions pas introduites du tout.

Que pensez-vous des mesures décidées vendredi par le Conseil fédéral?
Ces mesures sont nécessaires et justes. Mais je ne peux pas exclure qu'il en faille d'autres. Nous ne pouvons plus exclure des mesures visant à faire baisser le nombre de cas, même des fermetures partielles ou non. Il en va vraiment de nos soins de santé dans les hôpitaux. Les cantons doivent relancer la campagne de la 3e dose. La population suisse semble très impatiente. Omicron montre à quelle vitesse une nouvelle mutation devient dominante en quelques semaines.

«Ce n'est pas possible qu'au final, les chances de survie des personnes dépendent du fait que leur canton réagisse ou non à temps. Nous avons un problème systémique: l'irresponsabilité collective»

Le Conseil fédéral doit-il maintenant prendre des mesures à moyen terme?
Exactement. Depuis des semaines, nous sommes confrontés à des appels à l'aide dramatiques de la part du personnel soignant. Il est plongé dans cette pandémie depuis deux ans. Il a certes été chaleureusement applaudi pour ça. Mais cela ne suffit pas. Jusqu'à 15% du personnel a déjà quitté la profession, durant cette période, parce qu'il n'en pouvait plus. Et, aujourd'hui, on assiste à un exode quotidien. C'est la raison pour laquelle nous avons un nombre de lits d'hôpitaux toujours plus bas. La Confédération doit maintenant intervenir.

Que doit-il faire?
Il doit reconnaître financièrement les prestations extraordinaires du personnel de santé. Deux mesures sont nécessaires: premièrement, une prime en guise de reconnaissance pour toutes celles et ceux qui ont travaillé à la limite du supportable dans les hôpitaux et le secteur de la santé au cours des 20 derniers mois. Deuxièmement, nous proposons une augmentation de salaire forfaitaire de 1000 francs par mois à partir du 1er janvier 2022 pour toutes celles ceux qui travaillent dans le secteur de la santé et des soins et toutes celles et ceux qui travaillent dans les hôpitaux. Sur le plan politique, nous devons, enfin, parler des raisons pour lesquelles nous en sommes arrivés là.

Où les voyez-vous?
Ces dernières années, le secteur de la santé a été de plus en plus transformé en un secteur orienté vers le profit. Les hôpitaux doivent s'autofinancer. Beaucoup étaient déjà a un régime à la limite du supportable avant la pandémie. La pseudo-concurrence entre les hôpitaux se fait au détriment du personnel, de la qualité des soins et de la prévention des crises. La pandémie n'est que la goutte d'eau qui fait déborder un vase déjà plein, même si elle est grosse.

Qu'est-ce qui doit changer?
La santé n'est pas un domaine dans lequel on peut faire des bénéfices. Le système de santé doit être un service public auquel on accorde les moyens financiers dont il a besoin.

Vous voulez remplacer le système de santé libéral suisse par un système socialiste. Cuba, c'est votre modèle?
Cuba est une île des Caraïbes, on ne peut pas la comparer à la Suisse. A part cela, je ne sais honnêtement pas comment fonctionne, dans le détail, le système de santé cubain.

Le PS prévoit-il de s'attaquer au système de santé suisse?
Oui, nous devons réformer en profondeur le système de santé et son financement. Nous avons besoin d'une planification hospitalière nationale qui ne soit pas axée sur les rendements des hôpitaux, mais sur les besoins de la population. Nous voulons stopper cette tendance vers une médecine à deux vitesses et veiller à ce que nous soyons mieux préparés à de telles crises, à l'ère des pandémies. Nous avons constaté un échec politique dramatique lors de cette crise. On a certes, mis en place des infrastructures de vaccination et des aides économiques, mais on veut les démanteler à la première occasion pour ne pas dépenser un franc supplémentaire. Le risque, ensuite, c'est que la prochaine vague arrive et que nous devons tout reconstruire depuis le début. Au final, cela coûte beaucoup plus cher. C'est cette mentalité de "radin" qui devient un véritable danger.

Vous critiquez le fédéralisme. Mais Avenir Suisse dit: «Le fédéralisme a passé le test de la pandémie».
Il y a des cantons qui ont fait un bon travail. Neuchâtel ou les Grisons par exemple. Mais le conseil d'Etat des Grisons a, lui aussi, émis des critiques massives à l'encontre des cantons qui n'ont pas fait leur travail. Il n'est pas acceptable que les chances de survie des personnes dépendent finalement de la réaction ou de l'absence de réaction de leur canton. Nous avons un problème systémique: l'irresponsabilité collective.

Que voulez-vous dire?
Pendant des semaines, on s'est renvoyé la balle. Mais ce n'est pas parce que personne ne prend ses responsabilités que le problème disparaît. Le personnel soignant doit alors finalement prendre les décisions de triage. C'est ce qui me met en colère. C'est cela qui divise les familles et la société, qui détruit la confiance en l'Etat. Pas les mesures.

«Maintenant, nous sommes surpris de voir que de nombreuses personnes ne savent plus à qui parler de leurs craintes sur la vaccination, parce qu'elles n'ont plus de personne médicale de confiance.»

Pourquoi la pandémie dure-t-elle si longtemps?
Il y a plusieurs raisons pour lesquelles la pandémie dure si longtemps. L'Afrique du Sud avait déjà prévenu, il y a un an et demi, qu'il y aurait des mutations si le monde ne supprimait pas temporairement les brevets sur les vaccins ou s'il n'assurait pas très rapidement une couverture complète, y compris dans les pays les plus pauvres. Omicron en est désormais l'exemple le plus récent. Mais le Conseil fédéral a accordé plus d'importance aux bénéfices de l'industrie pharmaceutique et a finalement, mis en danger la sécurité de sa propre population. Le faible taux de vaccination est, bien sûr, l'un des principaux problèmes. Mais il y a aussi des raisons structurelles.

Dans quelle mesure?
En tant que père, je sais combien il est difficile de trouver un pédiatre ou un médecin de famille. La politique a également voulu investir beaucoup trop peu dans ce domaine, bien que le problème soit connu depuis des années. Et maintenant, nous sommes surpris de voir que de nombreuses personnes ne savent pas où aller avec leurs questions et leurs craintes sur la vaccination, parce qu'elles n'ont plus de personne médicale de confiance.

(traduit et adapté par mbr)

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