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Joe Biden joue l'équilibriste entre abîme nucléaire et défense de la démocratie

Joe Biden pointe son pistolet sur la tempe de Vladimir Poutine dans la guerre en Ukraine, sans pour autant faire preuve d'escalade verbale.
09.03.2022, 18:53
Bastian Brauns, Washington / t-online
Un article de
t-online

Si la Roosevelt Room de la Maison Blanche avait été un saloon comme dans les westerns, Joe Biden se serait présenté ce mardi au pupitre en Clint Eastwood. Sûr de sa victoire, mais sans arrogance, avec la modestie d'un routinier, le président américain a annoncé son dernier plan contre Poutine: le boycott total du pétrole et du gaz naturel russes par les Etats-Unis.

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Les guerres ne sont pas des westerns. Mais ce que Joe Biden fait actuellement, en public, pour les Etats-Unis et ses alliés est d'autant plus impressionnant: il fait preuve d'une grande fermeté, sans pour autant s'enflammer. Il n'a d'ailleurs pas d'autre choix.

D'une part, Biden ne peut pas fermer les yeux sur l'invasion d'un pays indépendant. D'autre part, il ne doit pas conduire le monde à une catastrophe nucléaire. On peut constater chaque jour à quel point c'est difficile, tant sur le plan rhétorique que sur le plan opérationnel.

Joe Biden a beau s'emmêler les pinceaux lorsqu'il parle et sembler parfois chancelant lorsqu'il fait les quelques pas qui le séparent de son hélicoptère dans le jardin de la Maison Blanche: mais cela ne l’empêche pas d’être sûr de lui pour guider son pays et ses alliés sur cette ligne extrêmement fine entre catastrophe et sauvetage pendant la guerre russe en Ukraine. Comment y parvient-il?

Comment Biden prouve qu'Obama avait raison

Le show politique fait visiblement aussi partie des guerres. Biden fait preuve d'une grande sérénité et continue de prendre l'avion le week-end avec sa femme Jill pour se rendre dans son Etat d'origine, le Delaware. Ensuite, il lance tous les deux jours des piques très ciblées et bien coordonnées qu'il communique clairement au Kremlin, aux alliés et à son propre peuple.

«La Russie est une puissance régionale qui menace certains de ses voisins immédiats, non pas par force, mais par faiblesse.» Ces mots de l'ancien président américain Barack Obama s'adressaient à Vladimir Poutine et sont encore aujourd'hui très controversés. Ils auraient en effet incité le chef du Kremlin à se montrer encore plus agressif.

Le président américain Joe Biden se montre résolument ferme face à la guerre en Ukraine
Le président américain Joe Biden se montre résolument ferme face à la guerre en Ukraineimage: keystone

En effet, on n'a pas encore entendu de telles phrases dégradantes de la part de Joe Biden, aujourd'hui en fonction. Chez lui, cela semble plus subtil, mais dans les faits, c'est encore plus douloureux. En même temps, Biden montre qu'Obama devait quand même avoir raison.

La machine à sanctions historique de l'Occident et de nombreux autres pays comme le Japon ou la Corée du Sud s'emballe. Et Poutine sent bien que son pays ne peut plus lutter contre cette surpuissance économique au 21e siècle.

La pression envers l'Allemagne monte

Cette puissance se manifeste dans une déclaration d'un Biden presque triomphant, mardi à la Maison Blanche : «Un rouble vaut aujourd'hui moins qu'un penny américain», ce après quoi il a répété : «Un rouble. Moins que cela. Qu'un penny américain». En effet, le cours du rouble est désormais de 0,0077 dollar américain. Depuis le début de la guerre de Poutine, la monnaie russe a perdu 50% de sa valeur.

Dans ce contexte, la violence de la dernière étape des sanctions de Biden a été encore plus forte: les Etats-Unis n'importeront désormais plus de pétrole, de gaz naturel ou d'autres sources d'énergie de Russie. Comparés aux exportations totales de ce pays riche en matières premières, ces 5 à 10% américains semblent minimes. Mais en chiffres absolus, c'est un nouveau coup dur pour le Kremlin.

A propos des sanctions 👇

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Tout en comprenant les dépendances européennes et notamment allemandes, Biden augmente habilement la pression non seulement sur la Russie, mais aussi sur les Alliés.

Le président américain, mais aussi le gouvernement allemand et le chancelier Olaf Scholz savent qu'un arrêt des importations sera de plus en plus difficile à éviter si l'armée russe continue à avancer brutalement contre les civils ukrainiens. Aussi parce qu'il s'avère que les sanctions sont efficaces, du moins sur le plan économique.

La situation de la Russie ne cesse de s'aggraver

Le jour même de l'annonce de Biden, l'agence de notation Fitch a encore abaissé la note de la dette publique russe de «B» à «C». Il s'agit de la zone dite «junk», dans laquelle il ne faut plus investir. Car le défaut de paiement de la Russie serait «imminent», selon Fitch.

De plus, de nombreuses autres entreprises occidentales ont décidé de se retirer provisoirement de Russie. Parmi elles: McDonalds, Coca-Cola, Pepsi, Starbucks et la marque de montres de luxe Rolex. «De grandes entreprises se retirent complètement de Russie sans que nous leur ayons demandé de le faire», a déclaré Biden. Il veut faire comprendre que le monde entier s'est retourné contre Poutine. Pas seulement le monde politique, mais aussi le monde économique.

Les réactions de la Russie semblent, en revanche, presque impuissantes. Certes, de nouvelles informations font état d'un engagement croissant de la Chine. Mais la rapidité et l'ampleur de cet engagement sont controversées. Le Kremlin a, désormais, annoncé qu'il mettrait fin d'ici à la fin de l'année à de nombreuses exportations de matières premières vers des pays hostiles à la Russie. La menace de couper le transit de gaz naturel par le gazoduc Nord Stream 1 a alors déjà été brandie. Suite au retrait des entreprises occidentales, les hommes politiques russes demandent la nationalisation de leurs sites d'exploitation.

Le site d'arrivée du gazoduc Nord Stream 2 à Lubmin, dans le nord de l'Allemagne.
Le site d'arrivée du gazoduc Nord Stream 2 à Lubmin, dans le nord de l'Allemagne.image: keystone

Alors que l'argent fuit la Russie, les Etats-Unis continuent d'injecter de l'aide financière en Ukraine. Biden a déclaré:

«C'est pourquoi nous continuerons à soutenir le courageux peuple ukrainien alors qu'il se bat pour son pays»

Le président américain a demandé au Congrès américain d'adopter un paquet d'aide de douze milliards de dollars pour l'Ukraine.

Une première dispute au sein de l'alliance occidentale

L'administration Biden a tout de même donné l'impression d'être chancelante. La limite entre les abîmes de l'apocalypse nucléaire et la défense des démocraties est devenue encore plus fine qu'elle ne l'était déjà. Même si, à l'heure actuelle, on ne sait pas exactement comment l'événement s'est produit. En raison de la livraison possible, mais controversée d'avions de combat polonais de type Mig-29 à l’Ukraine depuis plusieurs jours, l'Occident semble moins uni pour la première fois depuis le début de la guerre.

Le ministère polonais des Affaires étrangères avait, selon les informations américaines, proposé de son propre chef d'envoyer immédiatement les avions de combat aux Etats-Unis sur leur base aérienne de Ramstein en Allemagne. Selon la logique, les Etats-Unis auraient alors pu livrer ces avions à l'Ukraine. Le porte-parole du ministère américain de la Défense, John Kirby, s'est empressé de rejeter cette proposition des Polonais, la jugeant «non viable». Néanmoins, on continuerait à travailler pour résoudre les «défis logistiques difficiles» qui en découlent.

Il est bien possible que le gouvernement fédéral allemand ait, lui aussi, immédiatement fait objection. Si les Mig-29 décollent du sol allemand pour pénétrer dans l'espace aérien ukrainien, la Russie pourrait considérer cela comme une participation d'un membre de l'Otan à la guerre, une inquiétude qui n'est pas injustifiée. Kirby l'a formulé ainsi:

«Ce projet suscite de sérieuses inquiétudes pour l'ensemble de l'alliance de l'Otan»

Ces Mig-29 sont d'anciens avions de combat soviétiques que les pilotes ukrainiens pourraient faire voler sans formation supplémentaire afin de combattre l'armée de l'air russe. Et ils font l'effet de patates chaudes qui passent de partenaire de l'Otan en partenaire de l'Otan. L'essentiel est que personne en Occident ne se brûle. Dans tous les cas, Biden garde la tête froide et annoncera probablement bientôt une solution.

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