DE | FR
Image: sda/netflix
Série

Elle a arnaqué l'élite new-yorkaise et Netflix en a fait une série

Anna Sorokin s'est jouée de la féroce élite new-yorkaise. Pour revivre cette arnaque rondement menée, Netflix propose une série fouillée et teintée de féminisme. Critique de la série et portrait de la sulfureuse fausse héritière.
11.02.2022, 11:3115.02.2022, 14:54
Suivez-moi

A croire que Netflix adore les petits voyous. Après L'arnaqueur de Tinder, place à Anna Sorokin et sa vaste escroquerie. Dans Inventing Anna, Shonda Rhimes (la créatrice de Grey's Anatomy) adapte un article de Jessica Pressler publié dans le New York Magazine, retraçant l'arnaque d'une fausse héritière allemande.

Qui est Anna Sorokin?

Anna Sorokin alias Anna Delvey est une petite farceuse, trompant la société new-yorkaise et ses membres au snobisme dégoulinant. Maniant comme personne Instagram, bien avant que l'application ne devienne un phénomène, Anna s'amuse à chroniquer son quotidien de riche héritière, entre les jets privés et les dîners mondains.

Anna Sorokin (la vraie) au tribunal.
Anna Sorokin (la vraie) au tribunal. Image: sda

Tout le gratin de New York se pressait aux côtés de la «it-girl», très évasive sur son passé et ses origines. En moins de quatre ans, la mythomane est devenue une icône de l'élite new-yorkaise. Les fans de Gossip Girl apprécieront, et Madame Figaro ose même le surnom de «première Gatsby de l'ère Instagram».

Mais d'où vient-elle? Anna Sorokin est née dans la banlieue de Moscou, issue d'une famille qui a immigré en Allemagne. Son père n'est pas un riche oligarque, mais un chauffagiste, nous apprend Madame Figaro.

Son plan s'échafaude tout d'abord à Paris lorsqu'elle obtient un stage au magazine Purple. La personne qui va lui mettre le pied à l'étrier est Olivier Zahm, fondateur du magazine, bourlingueur des soirées chics parisiennes.

Arrive l'opportunité de poursuivre son stage dans la Big Apple. Cette fois-ci, Anna court derrière le «rêve américain» et décide de passer à la vitesse supérieure: faucher un pactole de billets verts à ces nouveaux amis pleins aux as. Ce n'est que quatre ans plus tard, en 2017, que la millionnaire imaginaire se fait prendre la main dans le sac. La fête est finie. Rends l'argent, Anna!

Envoyée à la prison Rikers Island, elle purgera trois ans en détention. Et, après un mois de liberté, la voilà de retour derrière les barreaux. Son visa n'était plus valable.

A l'heure actuelle, Anna Sorokin, 30 ans, est toujours emprisonnée et a touché près de 320 000 dollars de la plateforme américaine. Aussi, elle vient de publier une lettre ouverte sur le site Insider, pour se plaindre des conditions de détention et de l'injustice dont elle est victime. Le rêve a débordé sur le cauchemar.

Et la série dans tout ça?

«Cette histoire est vraie puisque je l'ai inventée», disait Boris Vian. Inventing Anna démarre avec un carton plus ou moins semblable: «Toute cette histoire est complètement vraie, sauf les parties qui sont totalement inventées», étrenné à chaque entame d'épisode.

Julia Garner en impose en arnaqueuse.
Julia Garner en impose en arnaqueuse. Image: Netflix

Shonda Rhimes brosse le portrait romancé de cette fraudeuse russe sur neuf épisodes. Grâce à la journaliste Vivian Kent (Anna Chlumsky), l'alter ego de Jessica Pressler, c'est une enquête qui s'amorce pour fouiller le passé d'une jeune femme énigmatique. Et la tâche est loin d'être aisée: les riches ne parlent pas, parce que trop honteux de s'être fait gruger.

Basculer du monde sélect de l'art aux riches financiers new-yorkais, Anna Sorokin (interprétée par Julia Garner) montre un talent hors pair. Inventing Anna, trop lisse dans son écriture et son intrigue, se repose sur un sujet captivant et sur deux actrices (Julia Garner qui joue dans Ozark et Anna Chlumsky).

Shonda Rhimes s'applique à nouer les liens entre les différentes victimes d'Anna pour cerner l'ampleur de la supercherie. La pique-assiette des milieux mondains est dressée comme une femme obsédée par la haute société, par les marques de créateur; la fausse héritière voulait sa place dans la cour des grands.

L'un des facteurs intéressants, outre sa quête effrénée vers les sommets de la pyramide sociale, est cette faculté de briser les codes des cols blancs des cercles prisés de Manhattan, grâce à son ambition et ses rêves de grandeur. Tous ont mordu à l'hameçon.

Si le portrait mosaïque de la jeune femme est central, Inventing Anna décrit surtout la naïveté d'une haute société pourtant rompue à la méfiance.

La série est disponible sur Netflix depuis ce 11 février.

Le petit bonus pour la route

Rachel DeLoache Williams, une amie d'Anna Sorokin au moment des faits, s'est fait arnaquer pour plus de 62'000 dollars par Anna, dans un palace à Marrakech en 2017. Elle racontera sa mésaventure dans un livre, dont les droits ont été vendus à la chaîne HBO pour une autre série.

En parlant de gens riches, voici des images du superyacht de Bezos

1 / 8
Plus d'images du superyacht de Bezos
partager sur Facebookpartager sur Twitterpartager par WhatsApp

World of Watson: Netflix & pas chill

Video: watson
0 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
«Black bird», polar addictif dans la tête d'un meurtrier
La nouvelle mini-série sur Apple TV+, Black bird, redore le blason du polar et insuffle un nouvel élan au récit tueur en série. Taron Egerton et Paul Walter Hauser cartonnent dans les deux rôles principaux.

Au milieu des années 1990, James «Jimmy» Keene (Taron Egerton) est un dealer, armé jusqu'aux dents et les tiroirs remplis de dope. Son train de vie luxueux va prendre fin abruptement au moment où les flics vont lui tomber dessus et l'envoyer passer dix ans à l'ombre. A partir de ce postulat, rien de neuf sous les cocotiers. Mais le récit va prendre une nouvelle ampleur quand les fédéraux vont lui proposer un marché: obtenir les aveux d'un tueur en série appelé Larry Hall (Paul Walter Hauser) en échange d'un allégement de peine. Deal!

L’article