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On peut être footballeur et ne pas s’intéresser au foot. Témoignages

Ils ont fait une brillante carrière, mais pour eux, le foot est resté secondaire, quand il n’est pas devenu futile ou délétère.



On imagine le footballeur totalement focus, occupé à réviser son passement de jambes et son roulé-boulé (exercices ici) du matin au soir, en sortant de chez le coiffeur. La réalité est plus nuancée, comme toujours. Il y a les autres, les bizarres - mais comme la truffe, il faut se donner un mal de chien pour les débusquer. Il y a ceux qui, pour des raisons éthiques ou intellectuelles, n’adhèrent pas à la déification du football, parfois à son style de vie.

«J'ai toujours su que je ne faisais rien d’important»

Christophe Bonvin est de ceux-là: il rappelle volontiers que quand il sortait du terrain, il ne fallait pas lui casser les pieds avec du football. C’est son témoin de mariage, l’ancien défenseur Vincent Fournier, qui l’a éveillé «à la beauté, l’art». «Vincent me disait: «Ouvre ton esprit». «Ne parle pas en moi je». J’ai été éduqué très tôt à relativiser le football.»

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Avec l'équipe de Suisse (à droite).

Christophe Bonvin précise qu’il a «toujours tout donné, toujours été pro». «Mais pour mon équilibre, j’avais besoin d’amis en dehors du foot. J’ai toujours eu conscience que mon activité était surévaluée. C’en était presque embarrassant, parfois.»

«Un jour, j’ai marqué deux buts contre la France, on a gagné 2-1. Il y avait ma photo dans les journaux. Le lendemain, j'ai grimpé une voie 8B avec un ami qui, lui, montait cette paroi comme si c’était un sentier. Il était sidérant. Extraordinaire. Mais ce mec-là, personne ne le connaissait. Pareil quand j’ai grimpé avec Patrick Edlinger et Dave Graham, deux monstres de la grimpe. Ils ne savaient absolument pas qui j’étais. On a taillé un cervelas au sommet d’une paroi, on a même bu du blanc dans de vrais verres, mais je n’ai pas osé leur dire que j’étais un peu bon au foot. Ma notoriété me semblait totalement disproportionnée par rapport à la leur.»

Die Spieler des FC Sion tragen Christophe Bonvin, der Meister- und Cup-Pokal in seinen Haenden haelt, auf ihren Schultern ueber die Place de la Planta in Sion (8. Juni 1997). Zuvor hatte der FC Sion im Cup-Final im Berner Wankdorf Luzern im Penaltyschiessen 5:4 geschlagen. Bereits anfangs Juni konnten sich die Walliser zum zweiten Mal als Schweizer Meister feiern lassen. Mit dem zusaetzlichen Cupsieg wurde Sion zum ersten Double-Gewinner seit GC 1990. Doch in der neuen Saison baute 'Architekt' Christian Constantin die Mannschaft (wieder einmal) voellig um. Mit dem Effekt, dass an die grossen Erfolge nicht mehr angeknuepft werden konnte - und Trainer Alberto Bigon Ende September gehen musste. (KEYSTONE/Fabrice Coffrini)

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«J’adore le football, vraiment. Mais j’ai reçu une éducation avec des valeurs. Quand je rentrais d’un match, avant de savoir si j’avais bien joué, ma femme me demandait de m’occuper des gamins. Mes frères faisaient de l’athlétisme et me disaient: calme-toi avec ton ballon.»

«En Valais, aussi, il est difficile d’attraper la grosse tête. Quand on jouait à Sion devant 10 000 spectateurs, j’en connaissais 2000. J’étais soucieux de leur avis - trop soucieux, sans doute. Après deux défaites, le dimanche matin, on n’allait pas chercher le pain à la boulangerie. Un footballeur ne vivait pas dans sa bulle.»

Christophe Bonvin des Caves Charles Bonvin a Sion, coupe une grappe de raisin le jeudi 16 septembre 2004 dans un vignoble au dessus de Sion. Les vendanges 2004 debuteront le 23 septembre en Valais. Un millesime de garde et de tres bonne qualite est attendu, la recolte s'annonce qualitativement tres bonne et devrait donner naissance a des vins de garde tres types. (KEYSTONE/Olivier Maire)

Image: KEYSTONE

Christophe Bonvin, entre vignoble et librairie, sur la terre comme au ciel, ne s’est jamais senti en décalage avec son milieu. «Sauf avec Karl-Heinz Rummenigge, au Servette. Quand je retournais à Genève après un congé et que je mettais mes beaux habits, les Valaisans disaient que j’étais sapé comme un milord. Rummenigge, lui, pensait que mes fringues étaient de seconde main. A ses yeux, j’étais un paysan

Aujourd’hui, ils s’en «footent» et ils l’avouent

A l’ère des grandes transitions sociologiques, la parole se libère, de nombreux footballeurs expriment ouvertement leur désintérêt pour la matière - posture bobo ou intello, un rien militante, qui étonne ou désespère.

«Ma femme connaît plus les résultats que moi. Tu peux me parler de football, je ne connais rien»

Alphonse Areola, ex-gardien de Fulham et du Real Madrid

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Alphonse Areola.

«Il y a plein de joueurs que je ne connais pas parce que je ne regarde aucun match. Ça ne me plait pas. Quand je discute de foot avec des amis, je me demande parfois de quoi ils parlent»

Dario Benedetto, attaquant de l'OM, dans La Provence

Espen Baardsen gardait les buts de Tottenham quand il a eu cette confidence outrecuidante: «Le football m’ennuie. J’ai l’impression d’avoir fait le tour de la question. On me dit ce que je dois faire et quand. Je ne suis pas nourri intellectuellement.»

«Je n’ai jamais regretté mon choix de tout plaquer»

Yann Poulard avait 29 ans lorsque nous l’avions rencontré pour la dernière fois. Ancien défenseur à Lausanne et au FC Bâle, il revenait d’une grave blessure et étudiait plusieurs offres de LNA. Il les a toutes repoussées.

«J'y ai longuement réfléchi, puis j'ai renoncé. Sans vouloir cracher dans la soupe, j’aimerais sortir du foot. Depuis toujours, j'essaie de ne pas m'abrutir, d'avoir d’autres lectures que «France Football» et «Kickers». Pour un pro, il est facile de se laisser aller. On est très vite à l'ouest. Même si je signe un gros contrat, j’aurais peur de devenir un millionnaire idiot à 35 ans.»

Yann Poulard à 29 ans

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Nous avons retrouvé Yann Poulard à Athènes, où il vient de s’établir avec Nathalie, après quatre années en Andalousie. Au bout du fil, une voix chaleureuse, puissante, solaire.

«Je n’ai jamais regretté mon choix. Jamais. Pour moi, le foot était le seul moyen de rendre mes parents fiers, car je n’étais pas bon aux études. Mais j’étais en décalage avec mon milieu, je le sentais bien. Dans le bus, les gars jouaient aux cartes et je lisais des bouquins sur l’art brut.»

«Un jour, le magazine «Onze Mondial» a consacré un dossier aux footballeurs français de l’étranger, à travers leurs passions. Ils ont photographié Cantona avec ses peintures et moi au milieu du terrain de Vidy avec une machine à écrire - car je rêvais d’être écrivain, jusqu’à ce que j’essaie et réalise que j’aurais tort d’insister. Après ce reportage, j'ai tout entendu. On s’est moqué de moi pendant des semaines.»

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Eric Cantona.

«Walter Fernandez était pareil: il passait pour un marginal. On avait la réputation de renier notre milieu. Tandis qu’aujourd’hui, on assiste au phénomène inverse. Un footballeur qui prétend ne pas aimer le football ne passe plus pour un illuminé. D’autres achètent une paire de lunettes et se promènent avec un bouquin de Balzac pour paraître détachés.»

«Quand nous sommes arrivés en Suisse avec mes parents, nous étions des gueux. Mon père était pompiste, ma mère sommelière. Moi, je rêvais de vivre au bord de la mer. J’ai ce rêve depuis tout gosse. A côté du foot, j’ai tout fait pour le réaliser, de la représentation pour des chemises et de la maroquinerie, une matu, et j’ai appris le métier de recruteur dans l’entreprise créée par mon coéquipier Raymond Knigge, Interiman. Aujourd’hui, j’exerce toujours cette activité. Sans arrogance, je choisis mes clients. Je travaille à distance. Et je vis au bord de la mer. Je me dis que j’ai eu raison de vivre mes passions. Qu’il ne faut pas avoir peur d’être différent.»

Du glamour à la haine

Il existe des formes nettement plus radicales de rejet total, à partir d’une vision idéaliste qui, souvent, commet l’erreur de guigner par le trou de la serrure. Ils dénoncent la superbe du football, ses accointances avec le grand capital, le (mauvais) goût des grosses bagnoles et des gros seins; la caste des nouveaux riches (ou anciens pauvres) qui, avec leur premier salaire, «achètent un Cayenne le matin et une Lamborghini l'après-midi», pour reprendre l’image de Christian Constantin.

«Le foot ne m’a jamais intéressé. C’est juste un job»

Benoît Assou-Ekotto, ex-Tottenham

«Je hais tout ce qui entoure le football. Je vis dans ce monde mais je n’en fais pas partie. Quand je le quitterai, je le regarderai le moins possible»

Dani Alves, Brésil

«Tous pourris»

A 24 ans, Javi Poves était un altermondialiste un peu paumé, à l'âme punk. Déçu de ne pouvoir échanger sur la marche du monde avec ses coéquipiers du Sporting Gijon, qui s’y connaissaient davantage en mécanique, il a pris ses affaires et il a disparu du jour au lendemain.

«Plus tu connais le football et plus tu te rends compte que c'est pourri. Tu perds un peu tes illusions»

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Quand il était encore un bon footballeur espagnol, Poves exigeait que son salaire soit versé en liquide, de main à main, pour ne pas alimenter la spéculation bancaire. Il renvoyait les voitures que lui offrait son sponsor, estimant qu'il n'en avait pas besoin. On ne l’a plus jamais revu avec un maillot de football.

Le compétiteur qui aimait le monde amateur

Steve Savidan a commencé le foot dans son quartier, à Angers, pour bouger. Il ne regardait jamais de match à la télé. Il ne rêvait pas de rouler en Merco et d’épouser une Miss Loir-et-Cher. Seulement de prendre la route avec ses potes et, si possible, de revenir entier.

«Quand je pense à cette période, j’ai tout de suite cette image de huit gamins entassés dans une CX, sans ceinture, avec le dirigeant qui clope à l’avant. Ça, c’est pour l’aller. Au retour, on ajoutait les trois verres de rosé»

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Avant de devenir professionnel, Steve Savidan est passé par des bourgades de province et des jobs mal payés, barman, éboueur, livreur. Mais il vivait heureux dans ce monde amateur, parmi les grognards et les tocards, où la motivation est mise à mal chaque week-end, à coups de taloches sur les tibias. «Un monde où l'on ne reçoit pas tout gratuit, comme des fils à papa.»

«À 20 ans, je joue en National, ça me convient. Je n’ambitionne pas d’évoluer à un meilleur niveau. Même la Ligue 2 me paraît inaccessible. À l’évidence, je ne suis pas fait pour le football de haut niveau. J’ai beau être compétiteur dans l’âme, c’est le monde amateur qui me convient le mieux. Je conçois le football uniquement comme un jeu, un plaisir où l’on s’amuse quand on gagne, où l’on relativise quand on perd. Une défaite ne doit pas engendrer de lourdes conséquences comme l’éviction d’un entraîneur. Or, dans un club professionnel, ça ne fonctionne pas comme ça.»

Steve Savidan dans son livre «Une Balle en plein cœur»

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Steve Savidan a tout de même fini par percer - on l’appelait Savigoal. Chacun peut y voir une forme de destinée, le hasard, le talent, le bouche-à-oreille, toutes ces occasions qu’un buteur ne manque pas. Savidan a même failli devenir millionnaire.

«J’ai le stylo entre les mains, prêt à parapher toutes les pages du contrat, quand soudain le téléphone sonne. Le médecin de l’AS Monaco me dit que j’ai une anomalie cardiaque et que l’on ne peut pas signer»

Après cette fameuse «Balle dans le coeur», il a retrouvé le monde amateur en coachant le FC Bassin d’Arcachon, qu’il a hissé en National 3 dès sa première année. Mais ensuite, tout a mal tourné. De petits jobs mal payés en petits chefs mal lunés, Savidan vient d’être limogé du SO Cholet, dont il entraînait l’équipe réserve depuis... 45 jours.

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