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Ignazio Cassis, chef du Département fédéral des affaires étrangères. Image: keystone / shutterstock

Analyse

Entre la Suisse et l'Europe, c'est le drame permanent et on aime ça

En renonçant, le 26 mai, à l'accord-cadre avec l'Union européenne, le Conseil fédéral a réveillé en Suisse la passion pro-européenne des uns et la détestation de Bruxelles des autres. La visite mardi d'Ignazio Cassis au siège de l'UE s'inscrit dans ce cadre dramatique, dont nous ne nous lassons pas.



Lorsque, le 26 mai, le Conseil fédéral a fait savoir qu’il renonçait à l’accord-cadre avec Bruxelles, il y eut deux sortes de réactions: celles marquées par une profonde déception et celles témoignant d’une joie intense. Pour les partisans de l’adhésion à l’Europe, ce fut un «mercredi noir». Pour les activistes de l’autre bord, ce fut au contraire un «jour de fête». Les premiers parlèrent de «traumatisme», les seconds se réjouirent de la «souveraineté» sauvegardée de la Suisse.

«Peuple heureux»

Sur le sujet européen, d’un côté comme de l’autre, on n’est pas avare en propos définitifs. Pour les uns, nous serions des Allemands de l’Est prisonniers d’un mur. Pour les autres, des Allemands de l’Ouest vivant sous la menace de missiles soviétiques. Difficile d’imaginer visions plus opposées. «Peuple heureux», selon la formule de Denis de Rougemont, chantre du fédéralisme européen, les Suisses affichent sur l’Europe des positions irréconciliables, suscitant une rhétorique dramatique. Oui, avec l’Europe, tout est drame. En cas d’adhésion comme dans le cas inverse, selon les points de vue.

Deux mois après le drame, donc, du renoncement à l’accord-cadre, à l’opposé, de la joie procurée par cette décision, une joie en un sens elle aussi dramatique, le conseiller fédéral Ignazio Cassis s’est rendu à Bruxelles. C’était mardi. Notre ministre des Affaires étrangères a fait passer le message que la Suisse est attachée à la formule éprouvée (essoufflée?) des accords bilatéraux. La Commission européenne y est allée pour sa part d’un coup de pression en déclarant qu’elle se laissait jusqu’à l’automne pour décider de la suite à donner à sa relation avec la Suisse. Bref, ce fut cordial sans être chaleureux.

«La dramatisation n’est pas de notre fait»

Avec l’Europe, est-on dans un jeu? Si oui, à quoi joue-t-on? A se faire peur? A se rassurer? Et à quoi l’Europe joue-t-elle avec la Suisse? D’un côté, les Suisses se gargarisent de leur insolent taux de chômage de 2,8%, contre 8% dans la zone Euro. Un pays avec un pourcentage aussi bas de sans-emplois court-il le moindre danger? De l’autre et depuis le Brexit, les Européens, semblant réellement soudés face aux divas, font comprendre que la relation à la carte, ça eût payé, mais que bientôt, ça pourrait ne plus payer. La Suisse narguerait l’Europe du haut de son incroyable prospérité. L’Europe, elle, menacerait la Suisse, tels les Etats-Unis s’apprêtant à mettre en pièces un émirat du Golfe arabo-persique (ils ont été sans pitié avec le secret bancaire helvétique).

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Chantal Tauxe. image: dr

Constatons qu’on est, là, bien calé dans le registre dramatique. «La dramatisation n’est pas de notre fait», assure Chantal Tauxe, vice-présidente du Mouvement européen (anciennement NOMES), qui milite pour l’adhésion de la Suisse à l’Union européenne. «Elle est le fait des anti-Européens, emmenés par l’UDC», poursuit l’ex-rédactrice en cheffe adjointe de L’Hebdo.

«C’est l’UDC, et il faut lui reconnaître ce tour de force, qui a imposé en Suisse un storytelling catastrophiste par rapport à l’Europe»

Chantal Tauxe

«De notre côté», reprend Chantal Tauxe, «nous avons toujours posé les enjeux correspondant selon nous aux intérêts de la Suisse. Et nous pensons qu’une adhésion à l’Union européenne servirait nos intérêts.»

Ce n'est pas ce qu'on croit

Admettons, mais 2,8% de chômage en Suisse, tout en étant hors de l’UE, ça fait réfléchir, non? «Nous ne sommes pas en dehors de l’Europe, nous y sommes en réalité rattachés par les accords bilatéraux, dont certains arrivent progressivement à échéance, d’où notre déception lorsque nous avons pris connaissance du renoncement à l’accord-cadre, la pleine adhésion ayant toutefois notre préférence», réplique Chantal Tauxe.

«L’Autriche, un pays comparable au nôtre, est membre de l’UE après l’avoir été de l’Espace économique européen, l’EEE que nous avons refusée de peu en 1992. Et bien l’Autriche est tout à fait prospère au sein de l’UE et n’a pas perdu de son génie ou de ses racines dans l’aventure. La Suisse, elle, peut tenir encore longtemps grâce à sa prospérité, mais un jour, cette prospérité pourrait être mise en cause si nous devions perdre notre accès privilégié au marché unique européen (réd: 69% des importations suisses proviennent de l’UE et 51% des exportations suisses y sont destinées). L'avenir de notre pays est dans l’Europe, a minima dans un solide partenariat avec cette dernière. Je suis persuadée que la perspective de l’adhésion, aujourd’hui au plus bas dans les sondages, autour de 16% d’avis favorables seulement, regagnera des suffrages, le jour où la voie bilatérale sera définitivement enterrée.»

Chantal Tauxe

Au discours rationnel de Chantal Tauxe, on pourrait opposer que les Suisses, hors tensions liées au Covid-19, se sont rarement sentis aussi soudés qu'en opposition à l'idée d'adhérer à l'Union européenne. Et que leur refus à ce propos rend compte peut-être autant d'un point de vue sur l'Europe, que de la nécessité de se sentir unis. Nous ne quittons pas le drame.

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