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La Nati est virée du jeu FIFA, mais qui la pleure vraiment?

L'équipe de Suisse ne figure pas dans la nouvelle version du célèbre jeu. Une partie de la communauté crie au scandale. Mais elle ne pense pas toujours ce qu'elle crie.
14.09.2021, 18:44

Une nouvelle atroce, une offense à Yann Sommer et à la Suisse toute entière: la Nati a disparu de FIFA22. Comme ça, sans explication. Au sommet de sa gloire - quart de finale de l'Euro, là où certaines équipes commencent à paraître petites.

L'avis du pro

Swen Buffat est un youtubeur écouté (6300 abonnés), le seul en Suisse à consacrer une chaîne au jeu FIFA. L'exclusion de la Nati le laisse perplexe:

«Il faut reconnaître que les utilisateurs ne se ruent pas sur la Suisse, moi compris. Mais je ne vois pas l'intérêt de supprimer cette équipe pour annoncer fièrement un partenariat avec... l'Ukraine. Au vu de l'Euro, ce choix est totalement incohérent. Conséquence: il devient impossible d'organiser une Coupe du monde sur FIFA avec la liste complète des participants. Déjà qu'on attend toujours la Croatie...»

Swen Buffat relève que EA Sports, propriétaire du jeu, ne donne aucune justification: quinze équipes nationales sont rayées de la carte en autant de bullet points sur un communiqué.

Le youtubeur explique qu'en terre francophone, «c'est EA Sports France qui tire les ficelles». Et là, forcément, une vilaine pensée nous traverse l'esprit: la Suisse dérange.

«Il est normal de penser à une basse vengeance de la France après son élimination à l'Euro. Mais je n'y crois pas»
Swen Buffat

Swen Buffat est bien obligé d'admettre qu'aucun utilisateur ne s'évanouit devant les attraits irrésistibles du football suisse:

«EA Sports France pousse pour l'entrée de l'Algérie et du Maroc, et je crains que la Suisse ne figure pas au premier rang de ses priorités. Pour la communauté francophone, notre Super League ne représente aucun intérêt. Je le remarque avec ma chaine Youtube: les vidéos sur les clubs français font beaucoup de vus, celles sur les suisses, rien. Notre championnat n'est pas riche, il est davantage considéré comme un tremplin; son niveau de jeu n'est pas élevé et on le retrouve dans FIFA. La Nati en paie les conséquences aujourd'hui, à mon grand regret. Quand on voit que EA Sports a signé un contrat avec les quatre premières divisions anglaises, on comprend qu'il consulte les stats et sait où se situe son potentiel...»

Swen Buffat explique tout

L'avis des hyper actifs

Valère Pizzirusso, 25 ans, avoue jusqu'à 8 heures de jeu par jour «pendant le week-end, avec mon coloc', si nos copines travaillent». Lui ne joue pas sur PlayStation, mais en ligne, avec FIFA Ultimate Team.

«On achète des joueurs avec du vrai argent. C'en devient une pompe à fric. Du coup, on évite d'investir sur des joueurs de la Nati»

Valère Pizzirusso le reconnaît avec franchise: «Je ne prends jamais la Suisse, même pour affronter un pote, car je n'aurais aucune chance de gagner. Je ne savais même pas que l'équipe avait disparu des listes.»

Le Vaudois confesse qu'il n'achètera pas FIFA 22: «J'ai déjà perdu assez d'argent avec ces conneries. C'est un système «pay to win» que même des pros dénoncent. Il y a aussi un côté addictif que je reconnais volontiers.» Puis de glisser, sinon de rechuter: «Si j'achète cette nouvelle version, ok, pourquoi pas, mais ce sera juste pour jouer avec les potes.»

Davantage que son compte en banque, c'est son honneur de citoyen qui, avec la Nati, devient capital: «Je trouve que chaque participant à l'Euro devrait être représenté sur FIFA. Il n'existe aucune raison d'écarter la Suisse. Sur le principe, je suis choqué.»

Kylian Mbappé (Paris SG) est l'effigie de FIFA 22.
Kylian Mbappé (Paris SG) est l'effigie de FIFA 22.

Yacine Nemra est d'abord outré, lui aussi:

«Franchement, ça me saoule. J'adorais prendre la Suisse pour battre la France»

«Ce n'était pas une équipe incroyable, bien sûr, mais avec Xhaka et Shaqiri, il y avait moyen de réussir des trucs. Pour le symbole, oui, cette décision me saoule. Surtout après un quart de finale à l'Euro.»

Mais dans la réalité, Yacine Nemra, 30 ans, «deux à trois matches chaque soir», reconnaît lui aussi qu'il «joue surtout avec les clubs». Que les écarts de niveau entre les équipes nationales «sont devenus tels qu'ils créent des déséquilibrent insurmontables». Que «depuis 2014, les individualités de la Nati sont nettement moins bien notées, on a perdu un titulaire à Naples pour gagner un remplaçant à Hoffenheim et, forcément, la valeur s'en ressent sur FIFA», où la Nati est devenue une équipe de pinces - où quand la réalité dépasse la fiction, diraient les chroniqueurs.

Donc c'est saoulant, oui. Mais un alka-selzer et on n'y pensera même plus.

L'avis des enfants

A 10 ans, Bénédict Guinand a déjà saisi les enjeux:

«Les notes sont basées sur la vraie vie, donc en général, je ne choisis pas la Suisse. Les joueurs sur FIFA ne sont pas rapides et ne savent pas tirer»

Bénédict Guinand, alias «BG», s'accorde des exceptions lorsqu'il affronte son père, «pour ne pas l'exploser».

Oscar Lamon-Della Valle, 13 ans, est le plus patriote d'entre tous:

«Je ne comprends pas cette décision d'exclure la Suisse. Surtout pour introduire l'Ukraine qui, à part Yarmolenko, n'a presque personne, pas ou peu de potentiel. Les Suisses sont sur FIFA depuis des années et ils ont beaucoup évolué. Je ne comprends pas pourquoi on les enlève maintenant, après l'Euro. J'aurais plutôt accordé un ou deux points de plus à Sommer, éventuellement à Zuber. J'ai déjà entendu des scandales sur des fédérations qui versaient de l'argent pour entrer dans FIFA et j'espère que ce n'est pas le cas ici. Mais en vrai, c'est n'importe quoi.»

Pour le coup, Oscar restera fidèle à ses habitudes: il jouera avec l'équipe d'Angleterre.

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