DE | FR
Pluie, voleur, nuage

A l'image de la Chine, de plus en plus de pays tentent de contrôler les précipitations, notamment pour favoriser leur agriculture et éviter les sécheresses. Image: Shutterstock

Ces pays «volent» la pluie et risquent les foudres de leurs voisins

Fin mars, l'Ethiopie a rejoint la longue liste des pays cherchant à contrôler les précipitations sur leur territoire. A la pointe du domaine, la Chine veut désormais générer de la pluie sur demande. Polluant et à l'efficacité encore limitée, le procédé risque surtout de causer des tensions politiques.



C'est un rêve vieux comme l'humanité: maîtriser la pluie. Et un nouveau pays vient d'y céder, l'Ethiopie. «Nous allons officiellement lancer un programme pour augmenter les précipitations. Cette technologie permettra de rendre les territoires secs plus viables et productifs», a déclaré Abiy Ahmed, premier ministre éthiopien, fin mars. Pour y parvenir, le pays d'Afrique de l'Est mise sur la technique la plus répandue, l'ensemencement de nuages.

«Pour qu'une goutte de pluie se forme, il faut que l'eau se regroupe autour d'une micropoussière. Parfois, on a des situations où il y a de l'humidité mais aucune gouttelette n'apparaît car l'atmosphère est trop propre. L'ensemencement de nuages consiste alors à envoyer artificiellement des micropoussières, sous forme de iodure d'argent - qui est très polluant -, pour créer des précipitations.»

Martine Rebetez, professeure de climatologie au sein de l'Université de Neuchâtel et de l'institut fédéral WSL.

Si certains pays, notamment en Europe (Suisse inclue), utilisent ce procédé de manière défensive pour protéger les zones agricoles contre la grêle, d'autres se montrent beaucoup plus offensifs. Les Etats-Unis ou l'Australie, par exemple, s'en servent pour tenter d'augmenter les précipitations dans les zones touchées par la sécheresse.

Des drones pour
faire pleuvoir

Egalement lancés dans cette course à la pluie depuis 2010, les Emirats arabes unis ont annoncé mi-mars le développement d'une nouvelle technologie: des drones volant à travers les nuages pour leur donner des chocs électriques afin de déclencher des précipitations.

Mais l'acteur le plus en avance sur le sujet est sans conteste la Chine. En 2008, à la veille de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques, le pays avait tiré 1104 fusées contenant de l'iodure d'argent pour déclencher des précipitations préventives et ainsi éviter que la pluie ne vienne gâcher la fête.

Devant faire face à une grave pénurie d'eau, l'Empire du Milieu a depuis investi massivement dans le domaine, près de 1,3 milliard de francs entre 2012 et 2017. Au total, plus de 35 000 personnes œuvrent désormais sur ce projet. L'objectif du pays est ambitieux, d'ici 2025, il souhaite que 5,5 millions de km² - soit plus de la moitié de son territoire - soient couverts par des dispositifs de pluie artificielle.

La Chine, cet apprenti sorcier voleur de pluie

«Les technologies mises au point pour l'instant ne sont pas très concluantes, ce sont des quantités dérisoires d'eau qui tombent. De l'ordre du millimètre», observe Martine Rebetez. La climatologue helvétique reconnaît toutefois que ces expérimentations, surtout à l'échelle de la Chine, peuvent déjà suffire à perturber le climat des pays voisins.

«Ce sont des techniques d'apprentis sorciers. Pour un gain dérisoire là où on a décidé de faire pleuvoir, on risque d'empêcher la mousson dans le pays d'à côté», regrette la spécialiste. En clair, les expérimentations d'un état peuvent siphonner artificiellement l'eau qui aurait dû tomber de l'autre côté de la frontière. De manière générale, Martine Rebetez déplore la recherche de solutions individuelles et locales face à un problème global dont le remède est incontournable selon elle: réduire les gaz à effet de serre.

Sans compter que ces procédés pourraient avoir un impact considérable sur les tensions politiques. «Si la Chine se met à "voler" la pluie des pays voisins, cela pourrait déboucher sur un conflit armé», pointait, cette semaine dans Le Temps, Dhanasree Jayaram, experte en géopolitique environnementale à l’Université de Manipal en Inde.

Attention aux guerres de l'eau

Martine Rebetez abonde: «Si ces techniques de pluie artificielle venaient à avoir des conséquences, potentiellement cela pourrait déclencher des guerres de l'eau à l'image de celles qu'on a connues pour les eaux de surfaces comme les lacs ou les rivières.»

La professeure de climatologie souligne également la difficulté, avec ces méthodes, de quantifier la différence entre le résultat obtenu et ce qu'il serait passé sans intervention humaine. «On tombe dans de l'interprétation. Il sera donc facile pour un gouvernement de dire que c'est la faute du voisin.»

Plus d'articles «International»

L'Italie ordonne la vaccination à ses soignants

Link zum Artikel

Les témoins du meurtre de George Floyd racontent l'horreur

Link zum Artikel

Le Royaume-Uni semble s'être débarrassé de l'hésitation vaccinale

Link zum Artikel

L'Etat de New York légalise la weed

Link zum Artikel

En Biélorussie, l'opposition appelle à nouveau à manifester

Link zum Artikel

5 questions que pose le fameux passeport vaccinal

Link zum Artikel

L'homosexualité reste un «péché» pour le Vatican

Link zum Artikel

Le vaccin local sera nécessaire pour entrer en Chine

Link zum Artikel

La Suisse aussi prend des risques avec la vaccination

Link zum Artikel

L'Europe met fin à la fuite de l'indépendantiste catalan Puigdemont

Link zum Artikel

Licenciements chez Swiss: «On s'y attendait»

Link zum Artikel
Montrer tous les articles

Et pour rester sur le thème de l'eau (mais solide), voici des images du glaciologue Matthias Huss

1 / 7
Les photos des expéditions du glaciologue Matthias Huss
source: matthias huss / matthias huss
Share on FacebookShare on TwitterShare via WhatsApp

Cela pourrait aussi vous intéresser:

Bill Gates aurait quitté Microsoft à cause d'une liaison avec une employée

Link zum Artikel

5 haies d'honneur légendaires du sport

Link zum Artikel

19 animaux qui prouvent que l'Australie est un pays flippant

Link zum Artikel

L'Etat le plus vacciné du monde forcé à reconfiner suite à une flambée de cas

Link zum Artikel

Le ou la Covid: connaissez-vous ces autres mots qui changent de sexe?

Link zum Artikel

«Ton mariage, c'était sympa... mais sans plus»

Link zum Artikel
Montrer tous les articles

La Chine semble faire péter le score économique, mais c'est de la triche

Au premier trimestre 2021, l'économie chinoise annonce une hausse record. Du jamais vu depuis 1992. Voici pourquoi ce n'est pas étonnant.

Vendredi, la Chine a annoncé une hausse record de sa croissance économique au premier trimestre (+18.3% sur un an). Incroyable, car il s'agit du rythme de croissance le plus rapide, depuis le début des publications trimestrielles sur le PIB, en Chine, en 1992.

L'an dernier, à la même période, le produit intérieur brut (PIB) de la Chine, au premier trimestre 2020, s'était effondré de 6,8%, soit la pire performance économique en 44 ans.

En effet, à ce moment-là, le pays faisait face au …

Lire l’article
Link zum Artikel