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Image: Montage watson
Interview

«Ces métiers veulent un meilleur salaire, mais aussi de la reconnaissance»

L'initiative pour des soins infirmiers forts a été largement acceptée. Le secteur sera désormais davantage valorisé. Mais le bâtiment, la restauration ou encore l'agriculture sont autant de branches qui ont aussi besoin de plus de considération. Enrico Borelli, syndicaliste à Unia, répond à nos questions.
01.12.2021, 17:2602.12.2021, 08:08
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C'était attendu, ça s'est produit. Un grand «oui» a surgi des urnes dimanche dernier 28 novembre pour l'initiative sur les soins infirmiers, qui demandait à inscrire dans la Constitution une réglementation des salaires et aux cantons de garantir un nombre suffisant de diplômés et mettre en place une meilleure conciliation entre vie professionnelle et vie familiale. Le secteur des soins souffre effectivement de conditions de travail critiques, mais ce n'est pas le seul. Enrico Borelli, syndicaliste à Unia, nous livre son analyse.

L’initiative pour des soins infirmiers forts, que vous défendiez, a été acceptée par 61% des votants le 28 novembre dernier. Est-ce un bon point de départ pour la valorisation d’autres branches professionnelles?
Enrico Borelli: La question de savoir si d’autres branches que celle des soins demandent à être valorisées est tout à fait légitime et elle est importante. C’est un peu difficile de prévoir ce qui pourra se passer dans les prochaines années. Mais je vois trois pré-conditions pour qu’une prise de conscience sur les conditions d’un métier émerge: il faut que les conditions de travail de la profession en question soient effectivement mauvaises; qu’un événement les amplifie; que la société entière le voie. Le Covid a fortement contribué à remplir ces deux dernières pré-conditions.

En somme, «la crise actuelle, comme les guerres, est propice aux avancées sociales», comme le dit le politologue René Knüsel dans une récente interview parue sur notre site. Quels autres secteurs professionnels que celui des soins souffrent d’un manque de considération selon vous?
Les livreurs, le commerce de détail, l’hôtellerie et la restauration, l’exploitation informatique ou encore l’agriculture. De manière générale, la crise sanitaire a accentué les inégalités sociales et les a mises en lumière.

Il s’agit maintenant pour les syndicats de renforcer leur ancrage sur le terrain – c’est notre grande marge d’amélioration – et pour la population de continuer à se soucier de ces professions qui ne demandent pas seulement plus de salaires, mais aussi davantage de reconnaissance de la part de la société. Pour prendre le premier exemple de cette liste de métiers, ce qui se passe avec Smood ou DPD est préoccupant. Il faut voir leur stress! Unia travaille activement sur ces dossiers.

Les conditions de travail du domaine des soins, pour prendre cet exemple, étaient déjà critiques avant le Covid. Pourquoi fallait-il qu’une telle crise survienne pour que ça bouge?
L’aspect syndical est important. Il faut bien comprendre qu’il n’y a pas de vraie tradition de partenariat social dans ce secteur, de synthèse entre l’avis des patrons et celui des salariés. La présence des syndicats y est plutôt faible. Il en existe quelques-uns (par exemple dans le Jura, à Neuchâtel, à Genève ou encore au Tessin, bien que la convention n’y soit pas déclarée de force obligatoire), mais on n’en trouve pas en Suisse allemande. Avec le secteur des soins, on n’est pas dans une situation comme dans le bâtiment ou l’artisanat, où 90% des salariés sont syndiqués. Cela commence toutefois à changer.

Comment expliquez-vous le plébiscite de dimanche dernier pour la valorisation du personnel des soins dans la Constitution de notre pays? Ce n’est pas rien. Faut-il en arriver jusque-là pour d'autres métiers?
Il faut reconnaître qu’il y a quelque chose de propre à l’épisode historique que nous traversons, comme je l’ai dit avant en parlant du Covid. Mais la forte participation et le résultat net sont aussi dus à la question des soins en elle-même. Ceux-ci nous concernent tous, et pas qu’un peu:

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Je crois que la population a saisi la mesure de la contradiction qu’il y a entre les conditions de travail des infirmiers et le rôle qu’ils jouent dans la société. Le même paradoxe vaut pour les autres professions que nous avons mentionnées. Initiative populaire ou non, il faut que les choses changent, ça ne peut pas durer. C’est et cela restera un travail de tous les instants.

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source: sda / jonathan hayward
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