DE | FR
Bild

Image: Shutterstock

Roland-Garros

Coach de tennis, le faux job le plus cool du monde

Ils voyagent partout, mangent chaque jour au resto, ils sont toujours bronzés et en short. Malgré les apparences, ils exercent un métier pénible.



Le coach occupe la meilleure place dans le stade, premier rang au coin. De là, il regarde passer les balles et les filles d’un œil avisé, en opinant du chef - impossible de deviner ce qu’il approuve puisque, en bon observateur, il porte toujours des lunettes noires.

epa06793419 Italian Marco Cecchinato's coach Simone Vagnozzi (L) and athletic coach Umberto Ferrara (R) watch him playing Dominic Thiem of Austria during their men's semi final match during the French Open tennis tournament at Roland Garros in Paris, France, 08 June 2018. EPA/GUILLAUME HORCAJUELO

La tenue du coach de tennis. Image: EPA

Son sillage répand des effluves d’ambre solaire qui flottent comme un parfum d’ivresse, les réminiscences d’un «see, sex and sun» à la sauce tennis, «mâter des matches, honorer des groupies et se bronzer les pecs», comme nous le résumait (en des termes moins choisis) une joueuse qui les a toujours préférés mariés et pâles.

Vu sous cet angle, le coach a la belle vie: il voyage toute l'année, mange gratuit à la cantine ou au resto, il puise dans ses notes des schémas préconçus et, quand il n’y a plus d’espoir, recourt à ce précepte indémodable: «Play your game» (joue ton jeu). Il n’a pas de ménage à faire, pas de chien à sortir ni de gazon à tondre. Seul lui incombe de prendre la vie par le bon bout de la raquette, match après match.

Dans les hôtels officiels, les coaches forment une communauté aisément reconnaissable, un rien singulière, aussi «brandée» que les Amish et les Hare Krishna: shorts fatigués, chaussettes blanches à mi-mollet, gobelets Starbucks, polo fluo sur un bronzage 100% écolo, la marque distinctive de leurs lundis au soleil, comme le chantait Cloclo.

«Certains voyagent toute l’année dans cette tenue et ne possèdent même pas une paire de jeans», médit un collègue quadragénaire. D’autres y ajoutent un bandeau aux poignets ou, pis, sur le front, un petit côté Richie Tenenbaum (photo) sans la posture décalée.

Bild

Un jour que nous parlions avec Christophe Freyss à la cantine de l’US Open, le coach nous expliquait avec passion comme les progrès de Malek Jaziri (ATP 281), qu’il conseillait en double, lui procuraient autant de bonheur que, jadis, les prouesses du jeune Federer au Centre national d’Ecublens.

Par le plus grand des hasards, nous avions retrouvé Christophe Freyss le lendemain à l’aéroport, avec exactement le même short et les mêmes raquettes en bandoulière, fraîchement débarqué de Flushing Meadows où Jaziri venait de perdre. Freyss avait sauté dans le premier taxi et ne savait pas encore où il serait catapulté. Voilà à quoi ressemble sa vie: aux oscillations d’une balle de tennis.

Car lorsqu'un joueur dit que son coach est tout pour lui, il ne ment pas. Cet employé fidèle le suit jusqu’au bout du monde, au gré des vicissitudes. Il est à la fois son conseiller, son psy, son père, son intendant et sa nounou. Du technicien au larbin, il y a des milliers de pas que le coach effectue pour réserver un court d'entraînement, trouver un partenaire, apporter les raquettes chez le cordeur, ramasser les balles entre les échanges, glisser un mot à l’oreille du patron, sans oublier d’aller chercher des fruits et des bouteilles d'eau.

Parfois, la relation sort des limites du court. Comme au bureau, des idylles commencent près de la machine à café et finissent par un dernier verre, avant d’être couchées sur papier glacé.

Bild

Patrick Mouratoglou a fini par former un couple célèbre avec sa protégée Serena Williams.

Mais les histoires glamour finissent mal, en général: à la première balle de break, une joueuse en difficulté ne sait plus si elle doit lire dans les yeux de cocker qui lui font face l’affolement d’un coach ou l’inquiétude d’un amant; et finit par aller voir ailleurs.

Dès que le temps s'étale, le huis clos s'installe. Ancien coach de Robin Söderling et Stan Wawrinka, Magnus Norman ne cache pas que ses vingt semaines d’exil annuelles (compter une quarantaine pour des coaches plus présents ou moins payés) ont ruiné sa vie de famille:

«Il arrive un moment où la distance se creuse, où l’on connaît mieux son joueur que ses enfants»

Mats Wilander nous expliquait à l’Open d’Australie 2016 que de nombreux coaches perdent leur temps sans beaucoup gagner leur vie.

«Les relations de travail sont rarement loyales et ne durent pas longtemps. Aujourd’hui, un joueur qui «se remet en question» commence par virer son coach»

Ce que gagne un coach

Bild

La caricature du coach de tennis. Image: Shutterstock

Ancien mentor de Pete Sampras et de Maria Sharapova, Robert Lansdorp raconte dans «Inside Tennis» à quel point les élites de ce sport sont pingres: «De toute ma carrière, je n’ai jamais reçu le moindre cadeau. Pas même une petite attention à 500 dollars. Des joueurs sont devenus multimillionnaires avec moi et je n’ai rien eu en retour. Je vous le dis, si Maria (Sharapova) ne dépose pas un jour une Mercedes (son sponsor) dans l’allée de ma villa, je me tire une balle.»

Russia's Maria Sharapova sits in the dressing room of the Roland Garros stadium with her cup after defeating Italy's Sara Errani in their women's final match in the French Open tennis tournament at in Paris, Saturday, June 9, 2012. Sharapova won 6-3, 6-2. (AP Photo/Sindy Thomas, Pool)

Maria Sharapova gardait tout pour elle. Image: AP FFT

Les coaches ne passent pas de diplômes. Savants, parents ou charlatans, ils occupent la même fonction, la même position du missionnaire, à transmettre la foi sans aucune garantie de convaincre, pas même d’intéresser. C’est là toute l’ambiguïté du statut où, par nature, l’employeur devient l’employé, où le joueur engage un coach pour le commander, en lui demandant d’exercer un pouvoir qu’il ne lui accordera jamais.

Après tout ça, s’il fallait encore payer son assiette et porter des salopettes, où seraient les charmes du métier, sachant de surcroît que les filles dans les tribunes ne regardent jamais les coaches?

«Si tu es un excellent coach, c’est un super job. Si tu es moyen, c’est le pire au monde»

Patrick Mouratoglou

Plus d'articles sur le sport

Roger Federer réussit un coup de maître avec son entrée en bourse

Link zum Artikel

Young Boys a épaté tout le monde, à commencer par lui-même

Link zum Artikel

Novak Djokovic a dû attendre de perdre pour être aimé du public

Link zum Artikel

Née qu'avec 8 doigts, Francesca Jones est une pépite du tennis

Link zum Artikel

Lausanne-Sion? Laissez tomber, voici les cinq vrais derbys romands

Link zum Artikel

Les Suisses cartonnent en contre-la-montre, depuis un sacré temps

Link zum Artikel

Yann Sommer est le chouchou des Suisses et voici pourquoi

Link zum Artikel

Il distribuait des beignes mais au fond, il n'était pas si méchant

Link zum Artikel

Les supporters ont-ils attrapé la grosse tête?

Link zum Artikel
Montrer tous les articles

Il a transformé Golubic en championne et raconte

Préparateur physique de Viktorija Golubic depuis bientôt quatre ans, Beni Linder raconte l'éclosion de sa joueuse de 28 ans et son acharnement aux entraînements pour améliorer son service.

Beni Linder, Viktoria Golubic était 138e mondiale en début de saison. La voici pour la première fois dans le top 50, et pour la première fois en quart de finale de Wimbledon (elle a été éliminée mardi par Pliskova). Comment expliquez-vous cet épanouissement soudain, à 28 ans? Tout d'abord, il faut rappeler qu'elle a eu une balle de match contre elle au 1er tour de Wimbledon, donc toute cette histoire aurait pu se terminer après un match. De la même façon, elle avait obtenu une balle …

Lire l’article
Link zum Artikel