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Facebook défie l'Australie en censurant l'information

Jeudi matin, les utilisateurs australiens de Facebook ne pouvaient plus consulter les liens d'informations provenant de médias locaux ou internationaux.
Jeudi matin, les utilisateurs australiens de Facebook ne pouvaient plus consulter les liens d'informations provenant de médias locaux ou internationaux.Image: sda
Le gouvernement australien veut faire payer les géants de tech quand ils utilisent des contenus d'actualité de sites d'information. Si Google passera à la caisse, Facebook se braque violement.
18.02.2021, 07:5728.02.2021, 09:08

Jeudi de nombreux contenus d'actualité ont été bloqués en Australie par Facebook. Le gouvernement a réagi avec colère face à cette forme de censure. Le géant américain a agi en représailles contre un projet de loi qui entend forcer le réseau social à rémunérer les médias.

Aucun contenu visible sur le site Channel 9, en Australie.
Aucun contenu visible sur le site Channel 9, en Australie.Image: sda

Jeudi matin, les utilisateurs australiens de Facebook ne pouvaient plus consulter les liens d'informations provenant de médias locaux ou internationaux et les personnes vivant à l'étranger n'avaient plus accès aux informations australiennes.

«Ce que ces événements confirment aux Australiens, c'est la position dominante de ces géants dans notre économie et le paysage numérique»
Josh Frydenberg, ministre australien des Finances

Le ministre australien des Finances, Josh Frydenberg a qualifié la mesure de Facebook d'«inutile, brutale» qui va, selon lui, «nuire à sa réputation ici en Australie». Il a déclaré que son gouvernement demeure «résolument déterminé» à mettre en œuvre son projet de loi destiné à contraindre les plateformes à rémunérer les médias pour la reprise de leurs contenus. Ce projet a été adopté la semaine dernière par la Chambre des représentants et est désormais devant le Sénat.

«Ce que les événements d'aujourd'hui confirment pour tous les Australiens, c'est la position dominante de ces géants dans notre économie et le paysage numérique», a-t-il ajouté, quelques heures seulement après qu'il eut affirmé, sur Twitter, avoir eu une «discussion constructive» avec le patron de Facebook, Mark Zuckerberg.

Sites officiels inaccessibles

Plusieurs pages Facebook officielles de services de secours servant à alerter la population en cas de feux de brousse, de cyclone ou encore d'épidémie ont cessé de fonctionner.

Un porte-parole de Facebook a affirmé que les pages officielles du gouvernement «ne devraient pas être affectées» par les mesures de rétorsion, et a promis le rétablissement de toutes les pages qui ont été «affectées par inadvertance». D'autres sites du pays ont également été affectés par cette mesure et leur fonctionnement redevenait normal au fil des heures.

«Couper l'accès à des informations vitales à tout un pays en pleine nuit est inadmissible»
Elaine Pearson, directrice de Human Rights Watch Australie

La directrice de Human Rights Watch Australie, Elaine Pearson, a qualifié ce blocage − qui a également eu un impact sur les organisations non gouvernementales, ainsi que sur la propre page Facebook de HRW − de «virage inquiétant et dangereux». «Couper l'accès à des informations vitales à tout un pays en pleine nuit est inadmissible», a-t-elle dit.

Les sites de fausses informations pas touchées

Le gouvernent australien ainsi que des groupes de presse ont dit s'inquiéter d'une éventuelle prolifération de fausses informations. Plusieurs pages Facebook à l'origine de théories complotistes et de désinformations n'ont, en effet, pas été touchées par cette mesure.

Un message sur la page Facebook du site d'alerte météo australien annonce que ce dernier est impacté par la limitation de Facebook.
Un message sur la page Facebook du site d'alerte météo australien annonce que ce dernier est impacté par la limitation de Facebook. Image: sda

Le ministre des Communications, Paul Fletcher, a invité Facebook à réfléchir «avec attention» au blocage des pages des organisations qui emploient des journalistes professionnels ayant une politique éditoriale et des processus de vérification des informations.

«Le projet de loi comprend très mal la relation entre notre plateforme et les éditeurs qui l'utilisent pour partager du contenu d'actualité»
William Easton, responsable de Facebook pour l'Australie et la Nouvelle-Zélande

Facebook a dit ne pas avoir eu d'autre choix que de mettre en place ce blocage d'informations. «Le projet de loi comprend très mal la relation entre notre plateforme et les éditeurs qui l'utilisent pour partager du contenu d'actualité», a déclaré William Easton, responsable de Facebook pour l'Australie et la Nouvelle-Zélande. «Elle nous place devant un choix difficile: tenter de nous conformer à une loi qui ignore les réalités de cette relation ou cesser d'autoriser les contenus d'actualité sur nos services en Australie. C'est avec le coeur lourd que nous choisissons cette dernière solution», a-t-il affirmé.

Google accepte de payer

La réaction de Facebook contraste avec celle de Google, qui a accepté, mercredi, de verser des «sommes significatives» en contrepartie des contenus du groupe de presse News Corp. de Rupert Murdoch. Il s'agit du premier contrat de ce type signé par un grand groupe de presse. News Corp. a joué un rôle déterminant afin que le gouvernement conservateur australien s'attaque aux géants de la technologie.

«Cette législation cherche plutôt à pénaliser Facebook pour des contenus qu'il n'a pas repris ou demandés»
William Easton, responsable de Facebook pour l'Australie et la Nouvelle-Zélande

Selon William Easton, Facebook a fait valoir auprès des responsables australiens que «l'échange entre Facebook et les éditeurs se fait en faveur de ces derniers» et génère des centaines de millions de dollars de revenus pour les groupes de presse australiens. «Malheureusement, cette législation ne fait pas cela. Elle cherche plutôt à pénaliser Facebook pour des contenus qu'il n'a pas repris ou demandés», selon lui.

Une crise très observée

L'initiative australienne est très suivie à travers le monde, au moment où les médias souffrent dans une économie numérique où les revenus publicitaires sont de plus en plus captés par les grandes firmes de la technologie.

D'après les autorités australiennes de la concurrence, Google capte 53% des dépenses publicitaires dans le pays et Facebook 28%, les autres acteurs du marché, dont les entreprises de presse, se partageant les maigres restes, qui s'avèrent insuffisants pour financer le journalisme. La crise des médias a été aggravée par l'effondrement économique lié à la pandémie. En Australie, des dizaines de journaux ont fermé et des centaines de journalistes ont perdu leur emploi. (ats/afp)

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