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L'Espagne a retrouvé son jeu et sa joie. Elle rappelle quelqu'un

Le futur adversaire de la Suisse a un peu le même vécu, les mêmes postures de persécuté revenu de tout. Seul le style diffère et soumet un nouveau problème tactique. Avis et décryptage.
30.06.2021, 06:0302.07.2021, 07:47

Il y a des similitudes troublantes entre la Suisse et l'Espagne, que le destin réunit vendredi en quart de finale de l'Euro (18 h).

  • Toutes deux ont laissé une impression assez sinistre en phase de poules (avant que cette basse-cour ne perde son coq), à l'exception d'un dernier match fougueux contre des adversaires en crise; la Turquie pour la Suisse (3-1), la Slovaquie pour l'Espagne (5-0).
  • Toutes deux ont échappé à une élimination embarrassante en exhumant des valeurs anciennes, profondément humaines, de générosité et de cohésion.

Le onze espagnol contre la Croatie

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  • Toutes deux ont surmonté des doutes sur leur implication, des critiques sur leur coach, des débats identitaires sur leurs origines, et ont activé les ressorts classiques du «seul contre tous», quand des unités fragiles se regroupent autour d'un ennemi commun - jusqu'à s'abêtir de divagations paranoïaques.
  • Toutes deux, en huitième de finale, se sont qualifiées dans des circonstances rocambolesques, un petit miracle dont ils tirent une foi immense, certes, mais aussi des leçons de vie, «toujours aller de l'avant, avec nos points forts», pour Luis Enrique, «ne jamais renier nos principes» pour Vladimir Petkovic.
  • Toutes deux ont retrouvé leur jeu et leur joie, l'allant de ceux qui sont partis de rien, bientôt revenus de tout.

Dans le jeu, c'est différent

Seul le style diffère, pour des raisons éminemment philosophiques et culturelles. «L'Espagne a retrouvé sa force collective», admire Gérard Castella, ancien chef de la formation à YB et entraîneur de la Suisse M19 et M17 (notamment).

«Cette équipe combine beaucoup au milieu du terrain, à une ou deux touches de balle, avec des permutations et de nombreux circuits de passes. Désormais, elle est aussi efficace. Elle a retrouvé le sens du but, même si Morata est contesté (comme tant d'autres).»
Gérard Castella.
Gérard Castella.

Luis Enrique a également relancé Sergio Busquets, effacé à Barcelone et à nouveau au coeur des actions espagnoles, qualités complètes, influence discrète, un joueur d'une autre planète.

«Le match de Busquets est un manuel pratique pour milieux de terrain, sur ce que doit faire un pivot en défense et en attaque. C'est un joueur assez incompris, on est peut-être fatigué de le voir, mais il est unique»
Luis Enrique

La zone couverte par Busquets lundi

Comme dit un vieil adage catalan, «si vous regardez le match, vous ne voyez pas Busquets; mais si vous regardez Busquets, vous voyez tout le match».

Des failles en défense

Quand elle n'a pas le ballon, soit un tiers du temps, l'Espagne devient vulnérable, observe Gérard Castella:

«On ne peut pas dire qu'elle dégage une grande sérénité derrière. Certains buts ne sont pas beau à voir. Autant je situe l'Espagne parmi les meilleurs collectifs au monde, autant j'émets de sérieuses réserves sur sa défense.»

Sergio Ramos et Gerard Piqué sont absents, remplacés par un naturalisé de dernière minute, l'ex-Français Aymeric Laporte, et par un éternel néophyte, Eric Garcia, douze bouts de match cette saison avec Manchester City (qui en a disputé soixante).

Gérard Castella insiste sur ce point:

«Au milieu de terrain, des joueurs comme Rodri, Koke et Busquets peuvent «cacher» le ballon pendant très longtemps. J'imagine que face à la Suisse, l'Espagne atteindra 60 ou 65% de possession. Mais à la limite, ce n'est pas si grave. Il s'agira d'être fort dans les zones de vérité (ndlr: les seize mètres). Or j'ai l'audace de penser que les Espagnols sont prenables en défense.»

🇨🇭Les clés du match🇪🇸

«Si la Suisse affiche la même envie et la même concentration que face à la France, elle aura sa chance», soutient Gérard Castella, qui donne quelques règles à suivre:

  1. «Il faudra presser l'Espagne, avoir le courage d'aller la chercher haut pour l'empêcher de développer ses actions»
  2. «Il faudra gagner les duels, notamment les uns contre uns. Ce n'est pas sexy mais on y revient toujours...»
  3. «Il faudra choisir ses moments. Tant que l'Espagne se passe la balle, il n'y a pas de problème. Mais parfois, la Suisse devra s'interposer, arracher le ballon des pieds de l'adversaire, pour porter le danger.»

Gueules de bois ou gueules de vainqueur?

Se pose la question fondamentale du besoin viscéral, si l'exploit contre la France, pour la génération Xhaka, est l'aboutissement d'une longue attente, ou le commencement d'une marche historique.

Pour les avoir entraînés à l'adolescence, Gérard Castella ne pense pas que ces joueurs-là portent l'héritage de leurs aïeux, plus modestes et respectueux des hiérarchies:

«N'oubliez pas que cette génération a beaucoup gagné quand elle était jeune. Avec certains d'entre eux, quand je dirigeais la Suisse M17, nous avons battu le Brésil, l'Allemagne, l'Italie. Des gars comme Xhaka sont convaincus que tout est possible car ils l'ont déjà fait. D'ailleurs, leurs adversaires sont parfois les mêmes qu'à l'époque, on retrouve quelques visages.»

Gérard Castella voit plutôt la victoire contre la France comme un acte fondateur, une première pierre à l'édifice - au moins une que l'on ne jettera pas à la face de Petkovic.

«En battant la France, les Suisses ont crevé un plafond de verre. A mon avis, il y aura l'idée d'un cap psychologique, le début de quelque chose. Je pense même que la Suisse peut réussir un truc incroyable dans cet Euro. Mais soyons honnête, mon opinion a changé, jamais je n'aurais prononcé une telle phrase après la défaite contre l'Italie... (éclat de rire). C'est le football, aucune situation n'est pérenne, on passe très vite d'une émotion à une autre.»

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