DE | FR

S'entraîner bourré, c'est grave, docteur?

Un footballeur français révèle que Maicon, l'ancienne star brésilienne de l'Inter Milan, arrivait parfois «bourré à l'entraînement». Boire et déboire des sportifs alcoolisés.
03.11.2021, 06:5203.11.2021, 11:15

L'anecdote, si on peut l'appeler ainsi, est passée presque inaperçue, nichée dans une longue interview de l'Equipe où Nicolas Maurice-Belay (ex-Bordeaux, Monaco) raconte ses souvenirs de paquetage. Il y est dit notamment que le latéral brésilien Maicon, l'un des meilleurs au monde en son temps, mais grand amateur de bamboche, ferait passer Neymar pour un petit sirop:

«Maicon avait un côté fou. Deux-trois fois il est arrivé bourré à l'entraînement. Mais il assurait sur le terrain»

C'est ce que disent tous ceux qui s'accrochent aux rambardes: ils assurent.

Maicon payait toujours ses tournées. Il fut élu meilleur défenseur du monde en 2009.
Maicon payait toujours ses tournées. Il fut élu meilleur défenseur du monde en 2009. Image: AP

Fou et dangereux

Or la littérature médicale est unanimement dissuasive sur ce sujet, quoique sans s'y opposer farouchement: un sportif peut boire, selon le bon vieux slogan «picolez-éliminez», mais jusqu'à connaître des déboires, il n'y a généralement qu'un pas, au maximum quelques foulées. Etat des risques:

  • La panne sèche. Le corps utilise en moyenne 1 litre d’eau pour évacuer 4 verres d’alcool. Avec la sudation en sus, cette consommation d'eau augmente dans les mêmes proportions et peu à peu, conduit à une déshydratation certaine.
  • La baisse de régime. Une étude néo-zélandaise, relayée par «Sports Medicine» en 2014, observe que l’alcool limite la capacité des muscles à extraire et utiliser le glucose, leur principal apport d'énergie. Résultats: manque d'endurance, perte de puissance, et baisse de motivation pendant l'effort.
  • L'accident. Médecin du sport nutritionniste, le Dr Pascal Douek explique dans Elle que «toutes les conditions sont réunies pour se blesser, faire un malaise ou risquer une complication cardiaque: l’alcool est un poison pour les muscles et les tendons».

Les hoquets du hockey

Le football est historiquement attiré par la fête autant que le hockey sur glace est culturellement porté sur la canette. En Amérique du Nord comme en Suisse, les joueurs éclusent des bières dans les vestiaires au prétexte admis, quasi hiératique, que certaines sortes sont riches en vitamine, une théorie éminemment contestée.

«Il est important de savoir que les calories de l'alcool peuvent vite remplacer celles que l'on a durement brûlées, et surtout que l'alcool peut nuire à la récupération musculaire après l'effort»
Pr David E. Conroy, Université Northwestern de Chicago

En Suisse, Paul Di Pietro ou Todd Elik, entre autres joueurs qui assuraient, sont arrivés bourrés à l'entraînement, eux aussi. Cette croyance que toute bière est bonne à prendre a façonné des générations d'alcooliques.

Dans les vestiaires de hockey, la bière est culturelle, quasi rituelle.
Dans les vestiaires de hockey, la bière est culturelle, quasi rituelle.Image: KEYSTONE

Diététicien nutritionniste du sport et auteur de plusieurs ouvrages sur la question, Nicolas Aubineau résume les effets de la bière sur un organisme hyper sollicité:

  • Bien: «La bière contient une grande part de glucides qui, à première vue, est nécessaire pour la régénération glycogénique (glycogène du foie et des muscles). En parallèle, la bière contient, certes, des vitamines du groupe B (B6 et B12), des minéraux avec un peu de magnésium et de potassium, ainsi que quelques acides aminés.»
  • Pas bien: «La bière déshydrate le corps, ce qui va à l’encontre des besoins immédiats du sportif. Sans eau, pas de bonne récupération, pas de bonne mise en réserve de glycogène et pas de reconstruction optimale des fibres musculaires lésées par l’activité sportive. On augmente donc le délai de récupération, ce qui favorise une baisse progressive du rendement au cours de la saison.»

Skier bourré

Quant aux effets désinhibants de l'alcool dans le sang, à fortiori dans un sang chaud, ils restent une vue (trouble) de l'esprit. Bode Miller peut en parler:

«Il y a eu des périodes où je me suis retrouvé en très mauvaise forme au sommet des pistes. Vous parlez d'un défi... Essayez de skier en étant fracassé, vous verrez que ce n'est pas facile»

Démonstration

Plus d'articles sur le sport

Montrer tous les articles

Cela pourrait aussi vous intéresser:

Bill Gates aurait quitté Microsoft à cause d'une liaison avec une employée

Link zum Artikel

5 haies d'honneur légendaires du sport

Link zum Artikel

19 animaux qui prouvent que l'Australie est un pays flippant

Link zum Artikel

L'Etat le plus vacciné du monde forcé à reconfiner suite à une flambée de cas

Link zum Artikel

Le ou la Covid: connaissez-vous ces autres mots qui changent de sexe?

Link zum Artikel

«Ton mariage, c'était sympa... mais sans plus»

Link zum Artikel
Montrer tous les articles
0 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
Le football suisse entame une semaine décisive pour son avenir
Les représentants de la Ligue votent ce vendredi sur deux objets majeurs: l'agrandissement de l'élite et l'introduction des play-offs. Des sujets qui fâchent.

L'assemblée extraordinaire de la Swiss football league (SFL) se tient à Ittigen, dans la région de Berne, entre les représentants de chaque club (20 au total). Les enjeux sont énormes.

L’article