DE | FR
This Dec. 25, 2016 photo made available by NASA shows flight engineer Thomas Pesquet of the European Space Agency aboard the International Space Station. Pesquet is a member of the crew for SpaceX's third astronaut launch to the International Space Station on Friday, April 23, 2021. (NASA via AP)

Image: AP NASA

Voilà pourquoi Thomas Pesquet est un héros de l'inutile

À force d'envoyer toutes les deux semaines une bande de gais lurons visiter l'espace, l'univers est devenu un objet de consommation courante qui a perdu de sa magie et de sa poésie.

Laurent Sagalovitsch / slate



Un article de Slate

L'espace ne me fait pas rêver. D'ailleurs à chaque fois que je tombe sur un article vantant les exploits de Thomas Pesquet, notre nouveau Napoléon, je passe à autre chose. Je ne vois rien de remarquable à tournoyer au-dessus de la Terre comme un hamster dans sa cage, le tout à bord d'une station spatiale qui ressemble à ma chambre d'ado quand mes parents me laissaient seul pour le weekend. Ils ne connaissent pas le ménage nos amis astronautes ou quoi?

Rarement vu un bordel pareil avec les ordinateurs qui flottent un peu partout tels des canards éparpillés sur une mare d'eau, les fils qui pendouillent du plafond comme des spermatozoïdes en pleine débâcle, les branchements par milliers dont on se demande s'ils ne sont pas là juste pour l'épate, et au beau milieu de ce foutoir pas possible, les habitants du lieu, d'étranges bonhommes qu'on nous présente comme les héros des temps modernes.

De temps en temps, les journaux publient une photo prise par l'un d'eux - généralement une ville ou une région de notre Terre nourricière - suivie d'une ribambelle d'adjectifs laudateurs: sublime, extraordinaire, incroyable, exceptionnelle... J'ai longuement contemplé celle de Paris envoyée par Thomas Pesquet et je cherche encore à comprendre son intérêt ou sa beauté. En son milieu coule la Seine dont on reconnait fort bien le tracé - le contraire eut été étonnant - et alentour, une myriade de petits points qui forment la géographie de la ville Lumière. Et c'est à peu près tout. Ce pourrait être le cliché d'un jardin public vu du haut de mon immeuble, un jour de pleine lune, quand des escargots et autres pigeons s'y promènent, qu'on ne verrait pas la différence.

L'espace façon Disneyland

À force d'envoyer toutes les deux semaines une bande de gais lurons le visiter, l'univers est devenu un objet de consommation courante qui a perdu de sa magie et de sa poésie. On s'y rend désormais comme on va chez son boucher. Sans états d'âme et sans la moindre sensibilité ou début de réflexion. Comme un fait acquis qui ne suscite plus que des commérages, des avalanches d'anecdotes sur la bouffe embarquée, la fréquence des douches, la taille des chiottes, la qualité du sommeil, l'originalité de la décoration intérieure, la vue qu'on a du balcon, la superficie du coin cuisine, toute cette banalisation de la conquête spatiale qu'on dégueule sur les réseaux sociaux afin de remporter de nouvelles parts de marché.

De métaphysique, de relation entre Dieu et l'infini, de toutes ces questions qui confèrent à l'espace son caractère à la fois effrayant et hautement philosophique, il n'est plus question. On vient faire le pitre comme dans une comédie des apparences où l'on tâche d'apparaître comme le plus souriant possible, le plus sympa, le plus avenant, soucieux avant tout d'assurer à son public resté à terre que la vie en ces altitudes ressemble à une fête foraine, à un parc d'attraction en apesanteur.

Bientôt, à coups de millions dépensés, des couillons de touristes grimperont à bord de ces machines volantes et aussi ahuris que ces visiteurs de musée qui se prennent en selfie le dos à un Van Gogh, sans prendre le temps de s'intéresser aux détails du tableau, paraderont le nez au hublot, ravis d'être là où ils sont, aussi hilares qu'une bande de pingouins quand ils se mettent à dévaler une pente enneigée.

Ce sera la conquête de l'espace dans sa version Disneyland. De l'homme et de ses mystères, des origines des origines, de l'infini des mondes, de Dieu et de son silence, du néant et de ses vertiges, on ne parlera plus, rendus dans un monde qui, à grands coups de rentre-dedans publicitaires, aura tué la dernière étincelle de poésie.

«La Terre est bleue comme une orange» écrivait Paul Eluard à une époque où l'espace était encore un rêve d'éternité.

C'était il y a longtemps.

Très longtemps.

Cet article a été publié initialement sur Slate. Watson a changé le titre et les sous-titres. Cliquez ici pour lire l'article original

Le premier vol de l'hélicoptère Ingenuity

1 / 11
Le premier vol de l'hélicoptère Ingenuity
source: sda / nasa/jpl-caltech/msss / handout
Share on FacebookShare on TwitterShare via WhatsApp

Les notes vocales

Plus d'articles Espace

Voilà 5 (très bonnes) raisons de ne pas rêver d'aller dans l'espace

Link zum Artikel

Il est trop facile de pirater un satellite et ça menace Internet

Link zum Artikel

Jeff Bezos se retire d'Amazon pour viser les étoiles

Link zum Artikel

Des cosmonautes s'envolent dans l'espace pour les 60 ans du vol de Gagarine

Link zum Artikel

De l'espace, du jazz et de la terre

Link zum Artikel

L'astronaute Thomas Pesquet décolle et la toile déconne

Link zum Artikel

Comment Thomas Pesquet se fait plaiz avant de s'envoler vers l'ISS

Link zum Artikel

Ça y est! Thomas Pesquet et ses coéquipiers débarquent dans l'ISS

Link zum Artikel
Montrer tous les articles

Les Chinois lancent leur propre station spatiale

L'Empire du Milieu vient de lancer la construction de sa station spatiale nommée «CSS». Cette base servira à des missions vers la lune ainsi que pour du tourisme spatial. La première fusée a décollé jeudi.

Bientôt des Chinois en permanence dans l'espace? La Chine a lancé jeudi le premier des trois éléments de sa station spatiale, la «CSS», dont la construction nécessitera jusqu'à fin 2022 une dizaine de missions.

Le module central Tianhe («Harmonie céleste») a été propulsé par une fusée Longue-Marche 5B depuis le centre de lancement de Wenchang, sur l'île tropicale de Hainan (sud), selon la télévision publique CCTV:

La station «sera une avancée majeure pour les capacités chinoises en matière de …

Lire l’article
Link zum Artikel