DE | FR
Interview

Pourquoi vous n’allez jamais masquer les «likes» sur les réseaux

Image: Shutterstock
On peut cacher le nombre de «likes» sur Facebook et Instagram. L'option peut séduire. Mais pour le spécialiste Florian Evéquoz, on ne l'utilisera pas parce qu'on est déjà trop accros.
06.06.2021, 11:45
Suivez-moi

Ne mentez pas, vous ne pouvez pas vous empêcher de jeter un coup d'oeil aux «likes» de vos publications sur les réseaux (et, vous le lirez plus bas: c'est normal). Vous aimeriez bien vous en détacher? Bonne nouvelle: depuis quelques jours, vous pouvez masquer ce nombre de «j'aime» sur Facebook et Instagram.

Cette fonctionnalité est censée protéger la santé mentale des utilisateurs, du moins si l'on croit le discours de Facebook. Mais va-t-on vraiment l'activer sur la durée?

Florian Evéquoz connaît les méandres des réseaux sociaux comme sa poche. Responsable du Human-Centered Computing Lab, ainsi que du Domaine Economie et Services de la HES-SO, il nous répond.

Florian Evéquoz, soyons réalistes: va-t-on réellement cacher les «likes»?
Personne ne va le faire. C’est simple: ces plateformes sont de grands instruments de manipulation mentale. Les designers connaissent très bien notre psychologie et la science cognitive.

«Les réseaux sont échafaudés pour nous faire revenir sans cesse. Ils sont construits pour générer de la dopamine, l’hormone du plaisir et de la récompense. Les likes en délivrent dans nos cerveaux d’utilisateurs»

Ils sont aussi des marqueurs de reconnaissance sociale que tout le monde recherche. Qu’on le veuille ou non, tout est pensé pour que l’on recherche ce «boost», encore et encore.

  • Pour en savoir plus sur la dopamine et les smartphones, consultez cet article passionnant (en anglais), publié sur le blog de l'Université de Harvard.

Concrètement, comment les réseaux procèdent pour nous rendre aussi accros?
Le mécanisme de la récompense est très primitif. Il a fait l’objet d’expériences sur les souris. Imaginez-en deux, dans des cages. L’une d’entre elle reçoit de la nourriture à chaque fois qu’elle appuie sur un levier. L’autre, en faisant pareil, n’en reçoit que de façon aléatoire. Celle-ci va alors devenir complètement frénétique. Elle connaît la frustration de ne rien recevoir, puis la satisfaction de voir, tout à coup, les aliments tomber. Cette oscillation entre anxiété et soulagement provoque un effet puissant. C’est exactement comme cela que nous fonctionnons sur les réseaux, comme si nous jouions sur une machine à sous. Notre cerveau reptilien est activé.

Mais du coup, même si je veux très consciemment et rationnellement masquer les likes pour préserver ma santé mentale, je ne tiendrai pas?
Je pense que si la volonté est très forte, ça peut marcher un moment.

«Une poignée de personnes pourraient avoir suffisamment de ressources pour tenir plus longtemps. Mais ce n’est même pas certain»

Elles vont fermer le tiroir, mais ne pourront pas s’empêcher de le rouvrir de temps en temps juste pour voir. J’en suis convaincu.

Et Facebook qui se vante de cette fonctionnalité, c’est une vaste blague?
Je dirais que c’est une jolie couche de vernis. C’est assez sournois de dire aux utilisateurs qu’ils peuvent masquer les likes, mais comme ils sont déjà manipulés inconsciemment par la machine, je parie que rien ne sera remis en cause. De façon très hypocrite, les plateformes se cachent derrière la responsabilité individuelle des personnes. Elles cherchent à mettre la «faute» sur les utilisateurs pour des comportements addictifs qu’elles ont en fait elles-mêmes créés.

Comment masquer les «j'aime»
C'est tout simple. Le média spécialisé Siècle Digital nous a prémâché le travail et vous explique la manipulation dans cet article. Une fois les likes cachés, vous n'avez qu'à appuyer sur les noms des personnes qui ont réagi aux publications pour voir apparaître la liste en entier.

Mais encore...

Si vous voulez mieux comprendre comment les réseaux sociaux s'y prennent pour nous rendre accros, regardez cette vidéo (aussi en anglais). Elle résume le livre «Hook» de Nir Eyal. Selon Florian Evéquoz, il s'agit de la «bible des startup sociales de la Silicon Valley pour assurer la loyauté de leur clients – à leurs dépens.»

0 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
«J'ai poignardé un enfant la semaine dernière»: Yoann Provenzano déballe tout
Avant la première de son nouveau spectacle, on a testé la répartie de l'humoriste vaudois. Entre réponses parfois sérieuses et questions souvent absurdes, Yoann Provenzano nous parle de ses lasagnes immondes, de son chien «cher mais instagrammable» et de son côté parfois un peu fragile.

Margaux Habert: Thé ou café?
Yoann Provenzano: Café, parce que pour moi, le thé, c'est un truc qu'on boit le soir, quand il fait froid, devant une série sur les serial killers sur Netflix.

L’article