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«Dans le sens de l'histoire»

Dans quel sens peut bien aller le futur de la société? «Dans le sens de l'histoire», semble-t-il. Image: Shutterstock / montage watson

«Dans le sens de l'histoire», cette fichue punchline politique à la mode

Droit de vote à 16 ans, zones piétonnes, entreprises responsables, fusions de communes... Tout ça irait «dans le sens de l'histoire». Qu'est-on censé comprendre?



S'il vous arrive d'être attentifs à ce qui se déclare dans la presse, à la télé, à la radio et sur les réseaux sociaux ces derniers temps, il est fort probable que vous la rencontriez quotidiennement. Comme une réplique de perroquet qui n'a aucune idée de la suite de syllabes qu'il est en train d'émettre. Je veux parler de cette expression selon laquelle telle idée ou tel fait irait «dans le sens de l'histoire». Mais ça veut dire quoi?

Le sens = le temps qui passe?

L'histoire aurait-elle un «sens» au sens d'une «direction»? On le conçoit assez aisément au niveau temporel: avant c'était le passé, après ce sera le futur et on se trouve à un moment précis de l'histoire qui est le présent. Mais si c'est de ce sens-là de l'histoire que veut parler ce député vaudois à propos du droit de vote à 16 ans, avouez que c'est un peu bizarre:

«C’est aller dans le sens de l’histoire que soutenir cette motion. Si Glaris a fait le pas, qui n’est pas un canton très progressiste, on serait bien malvenus de ne pas au moins aller de l’avant».

Marc Vuilleumier (POP/VD) Le TEmps

Parce que, si c'est bien ce qu'il veut dire (en gros, «à l'avenir y aura le droit de vote à 16 ans et puis c'est tout»), alors la politique consisterait simplement à ne pas s'opposer au futur. Mais comment est-on censé savoir toutes les nouveautés que la société est amenée à connaître? Il incombe justement aux politiques la lourde tâche de décider de ce futur, en débattant des règles à déterminer pour le bien de la cité.

Le sens = le progrès linéaire?

L'histoire aurait-elle un «sens» dans l'idée d'une évolution (au sens qualitatif), d'un grand progrès linéaire? Supposons que ce soit le cas en dépit de toutes les horreurs du XXe siècle. Demain sera mieux qu'aujourd'hui... Mouais. Ce qui est sûr, c'est que nous voulons tous que ce soit le cas. Mais soit.

Le problème revient: Comment convaincre son public que le «bien» que l'on défend est précisément celui que va nous apporter l'histoire? Afin d'éviter de bosser, de donner de vrais arguments, une tactique très pratique: sortir la vieille expression. Être du camp du bien par le simple faire de le dire. Tenez, par exemple:

Le maire adjoint de Paris, membre d'Europe Ecologie Les Verts (EELV), nous informe donc que la pietonnisation (sic) des écoles et des quartiers est prévue dans le programme de l'histoire. Merci à lui pour l'info!

Et à en croire d'autres perroquets, l'histoire a aussi prévu tout ça (après je me tais, promis – la liste n'est pas exhaustive):

«Nous avons perdu une bataille, mais notre combat va dans le sens de l’histoire et nous poursuivrons le travail parlementaire»

Chantal Peyer, porte-parole du comité de l’initiative «Pour des entreprises responsables» Le Nouvelliste

«L’idée d’une fusion va dans le sens de l’histoire»

Pierre Berthod (PDC/VS), président de Sierre La Fusion SCCCG

«En juin dernier, les dirigeants de la République populaire de Chine (RPC) et des Etats-Unis ont tenu une rencontre historique et publié une déclaration commune, permettant de ramener la question de la péninsule sur la bonne voie du dialogue et des consultations, ce qui va dans le sens de l’histoire et correspond aux aspirations des peuples»

Geng Shuang, porte-parole du Ministère des Affaires étrangères chinois China Embassy

«La mixité sociale va dans le sens de l’Histoire»

Hervé Le Bras, démographe La Croix

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