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Quand il était Vaudois, l'ancien roi de Thaïlande était un chauffard

Le roi de Thaïlande Bhumibol a vécu 17 ans dans le canton de Vaud. Dans son pays adoptif, il a subi deux coups du sort qui ont influencé sa politique durant sa longue vie de chef d’Etat.
20.02.2022, 08:0520.02.2022, 20:16
Michael van Orsouw / musée national suisse

Le 4 octobre 1948, une Fiat 500 roule à toute allure sur la route cantonale entre Lausanne et Morges. Le chauffeur impétueux, connu comme étant un chauffard, et qui aurait déjà percuté d’autres véhicules à une vitesse de 140 km/h en direction de Genève, heurte un camion. La petite Fiat est entièrement détruite, mais le conducteur de 21 ans est très chanceux: il survit à cet accident, bien qu’il en sorte profondément marqué. La personne derrière le volant n’est autre que Bhumibol Adulyadej, l’héritier au trône thaïlandais.

Le futur monarque est blessé lors de cet accident dans le canton de Vaud et vivra le reste de sa vie avec un œil de verre et une paralysie faciale partielle. Sirikit, la fille de l’ambassadeur de Thaïlande à Paris, alors âgée de 16 ans, veille à son chevet. Ses amis comme ses ennemis la décrivent comme une jeune fille ravissante. A la clinique de Lausanne, Bhumibol et Sirikit se rapprochent. Ils se fianceront et se marieront bientôt.

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La fin soudaine des jours heureux à Pully

On rembobine. En 1933, alors âgé de cinq ans, Bhumibol déménage avec sa mère, son frère et sa sœur à Lausanne. Son père était mort, en 1929, d’une défaillance rénale. Avec son grand frère Ananda, à l’époque héritier du trône, le jeune prince va à l’Ecole Nouvelle de la Suisse Romande, un établissement privé dans le quartier de Chailly à Lausanne. Leur sœur Galyani se rend, quant à elle, dans une école pour filles. Les témoins de cette époque se rappellent que les enfants de la famille royale ne bénéficient alors d’aucun traitement de faveur par rapport à leurs camarades.

Le prince Bhumibol, à gauche, avec son frère Ananda, en 1935, à l'Ecole Nouvelle de la Suisse Romande.
Le prince Bhumibol, à gauche, avec son frère Ananda, en 1935, à l'Ecole Nouvelle de la Suisse Romande.Image: AP Photo

La famille vit dans un premier temps, à Lausanne, Avenue Auguste-Tissot 16 puis non loin, à Pully, dans la Villa Vadhana située Chemin de Chamblandes 51. Un période que Bhumibol décrit souvent comme «les années les plus insouciantes et les plus heureuses de ma vie».

Photo de famille avec Bhumibol au centre, 1929.
Photo de famille avec Bhumibol au centre, 1929.Image: Wikimedia
Bhumibol à vélo devant la villa Vadhana à Pully, où il vivait avec sa famille au début des années 1940.
Bhumibol à vélo devant la villa Vadhana à Pully, où il vivait avec sa famille au début des années 1940.Image: Musée national suisse / ASL

Mais un drame survient deux ans avant l’accident de voiture. Un matin, son plus intime confident, camarade de jeu et cher frère Ananda, qui s’était rendu en Thaïlande, est retrouvé mort dans sa chambre, tué par balle. S’agit-il d’un attentat? D’une maladresse lors de la manipulation de l’arme à feu? D’un suicide? Les circonstances de sa mort restent obscures.

Portrait du roi Ananda, à Pully, dans son deuxième pays. Il avait été couronné roi de Thaïlande en 1935, mais passait la plupart de son temps en Suisse.
Portrait du roi Ananda, à Pully, dans son deuxième pays. Il avait été couronné roi de Thaïlande en 1935, mais passait la plupart de son temps en Suisse.Image: Musée national suisse / ASL

Cet événement change brusquement la vie de Bhumibol. Lui, qui jusqu’alors était dans l’ombre du roi et pouvait grandir loin de sa patrie, se trouve soudain sous les feux des projecteurs. Il est désormais l’héritier du trône et le futur roi de Thaïlande. Cette tragédie est dramatique pour la vie du prince, qui déclarera ne jamais s’être vraiment remis de ce choc. Ses sujets racontent qu’on ne l’a plus jamais vu vraiment sourire, et encore moins rire.

Les deux frères Ananda et Bhumibol en 1946, peu avant la mort mystérieuse du premier.
Les deux frères Ananda et Bhumibol en 1946, peu avant la mort mystérieuse du premier.Image: Wikimedia

Le jeune homme insouciant de Lausanne est devenu du jour au lendemain le triste roi de Thaïlande. Durant ses années en Suisse, Bhumibol a ainsi vécu deux événements décisifs et marquants: l’accident de voiture et la rencontre de sa future femme, ainsi que la mort prématurée de son frère et son accession précipitée au pouvoir.

Convaincu par le système éducatif suisse

Avant son couronnement, Bhumibol veut profiter le plus possible du système éducatif suisse. Il étudie le droit et les sciences politiques à l’université de Lausanne et dédie un semestre aux doctrines de Karl Marx – «Précisément ce qui déplaît à mon peuple», déclarera-t-il plus tard. Il n’obtient pas son diplôme, en raison de l’accident de voiture dont il est victime et parce que sa présence en Thaïlande est exigée.

En 1950, il retourne dans son pays d’origine, se marie et monte sur le trône octogonal du somptueux palais royal de Bangkok, se conformant à ses devoirs et à la demande du peuple. Il a alors 23 ans et en a vécu 17 ans en Suisse. Il n'est donc pas surprenant qu’il parle parfois mieux le français que le thaï. C'est seulement un an après être monté sur le trône qu'il retourne à Lausanne. C’est là qu’Ubol Ratana, la première fille de Sirikit et de Bhumibol, vient au monde.

Une nounou porte la fille Urbol Ratana du couple royal depuis la clinique du Mont-Choisi à Lausanne, où elle est née le 5 avril, jusqu'à sa voiture.
Une nounou porte la fille Urbol Ratana du couple royal depuis la clinique du Mont-Choisi à Lausanne, où elle est née le 5 avril, jusqu'à sa voiture.Image: PHOTOPRESS-ARCHIV

De retour dans son pays, le couple royal est reçu avec une exaltation, une reconnaissance et une estime sans pareille, un accueil bien différent de la Suisse démocratique. Bhumibol est surnommé «le Grand» et vénéré comme un demi-dieu. Son règne surmontera 18 coups d’Etat, verra se succéder 23 premiers ministres et comptera 16 changements de constitution. Le «roi des rois» résiste à toutes les instabilités politiques.

Mariage et couronnement du roi thaïlandais en 1950.Vidéo: YouTube/British Pathé

La plus longue visite officielle de tous les temps

La relation étroite entre le roi thaïlandais et le canton de Vaud reste inchangée. En 1960, Bhumibol se rend en visite officielle en Suisse. Il y reste sept mois, ce qui est considéré comme la plus longue visite officielle de toute l’histoire. La famille royale thaïlandaise séjourne temporairement dans la Villa du Flonzaley à Puidoux-Chexbres et rend visite à la reine d'Angleterre Elisabeth II, au roi Baudoin de Belgique, au président français Charles de Gaulle et au pape Jean XXIII. Quatre ans plus tard, en 1964, le «roi des rois» retourne à nouveau dans son pays d’adoption. Il visite l’exposition nationale Expo 64. Ce sera la dernière fois que Bhumibol se rendra en Suisse.

Le président de la Confédération Max Petitpierre passe en revue la compagnie d'honneur avec le roi Bhumibol sur la Place fédérale à Berne en 1960
Le président de la Confédération Max Petitpierre passe en revue la compagnie d'honneur avec le roi Bhumibol sur la Place fédérale à Berne en 1960Image: PHOTOPRESS-ARCHIV

Il restera, toutefois, lié par la pensée à la Suisse, et en particulier au canton de Vaud, jusqu’à sa mort en 2016. À l’occasion de son jubilé de diamant et du 75e anniversaire du début des relations entre la Thaïlande et la Suisse, il offre, en 2005, à la ville de Lausanne, un pavillon de grande valeur. Le pavillon recouvert de feuilles d’or est conçu dans le style Jaturamuk et ressemble, par ses dimensions de six mètres par six mètres, à une version miniature du palais royal. Il se trouve aujourd’hui dans le Parc du Denantou à Lausanne et rappelle la relation particulière qu’a entretenue la dynastie royale avec le canton de Vaud.

Le pavillon du roi thaïlandais au parc du Denantou à Lausanne.
Le pavillon du roi thaïlandais au parc du Denantou à Lausanne.Image: Wikimedia

A propos de la capitale de la Thaïlande:

>>> Plus d'articles historiques sur: blog.nationalmuseum.ch/fr
watson adopte des perles sélectionnées du blog du Musée national suisse dans un ordre aléatoire. L'article «Le roi thaï du Pays de Vaud» est paru le 14 juillet.
blog.nationalmuseum.ch/fr/2021/07/roi-bhumibol-et-le-pays-de-vaud

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La vie du prince Philip, en images
source: sda / facundo arrizabalaga
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Pourquoi les Suisses votent-ils sur tout et rien depuis des siècles?
De toutes les démocraties, la Suisse est celle qui possède les éléments de démocratie directe les plus étendus. Ils prennent racine dans le système éducatif relativement bien développé et dans les mouvements populaires paysans du XIXe siècle.

Au cours des deux derniers siècles, les citoyennes et citoyens suisses ont fait évoluer la démocratie vers un modèle unique au monde. La démocratie directe fait partie intégrante de la culture politique du pays et est un fondement déterminant pour sa réussite économique. Aucun pays n’organise chaque année autant de votations que la Suisse.

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