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Alexandre Gauye, jeune agriculteur de montagne dans le Val d'Hérens, en Valais

Alexandre Gauye, 25 ans, et l'une des quelque quinze vaches de la société agricole familiale pour laquelle il s'investit et dont il va reprendre les rênes dans quelques années.

Alexandre, 25 ans, n'a peur de rien: il est paysan de montagne

Il a fait de l'agriculture de montagne sa passion, à l'heure où l'image du pollueur colle au paysan et où les normes n'ont jamais été aussi écrasantes. Rencontre.



Alexandre Gauye, 25 ans, est agriculteur dans le Val d’Hérens, en Valais, à côté de son métier de menuisier. Il va reprendre les rênes de la société agricole familiale d’ici quelques années. A part quelques exceptions, vivre de la paysannerie dans une vallée comme la sienne s'avère très compliqué, voire impossible: normes, paperasse, climat, géographie... Rencontre avec un original, dans tous les sens du terme, qui a le verbe affûté et qui a émis un «ouf» de soulagement ce dimanche 13 juin.

watson: Quel est votre état d’esprit au lendemain des résultats de ces votations, qui ont beaucoup divisé le pays?
Alexandre Gauye: J’ai eu l’impression que nous avons été entendus par la majorité des Suisses. Après la claque de la votation du 23 septembre 2018 sur la souveraineté alimentaire, un projet qui avait été porté par une bonne partie des agriculteurs suisses, c’est aujourd'hui la crédibilité de l’agriculture qui revient sur le devant de la scène, avec ce refus des deux initiatives phytosanitaires.

Est-ce que vous souteniez quand même le but de l'initiative pour une eau propre? Ou est-ce que les initiants et les villes idéalisent la campagne et sa pureté?
On peut toujours faire mieux dans tous les domaines. En ce qui concerne l’initiative pour une eau propre, les moyens étaient peut-être mal orientés et ça allait trop loin. On voit que la question toute bête «qu’est-ce qu’une eau propre?» débordait sur le bien-être animal avec l’interdiction d’acheter du fourrage hors de son exploitation. Cette mesure aurait d'ailleurs été presque impossible; beaucoup d’exploitations auraient mis la clef sous la porte en cas de «oui». Je pense qu’il faut s’assurer de protéger en priorité l’être humain plutôt que l’animal.

Quant à l’initiative anti-pesticides, était-ce aussi la radicalité des moyens qui vous faisait peur? On parle de produits nocifs utilisés par 40% des agriculteurs.
Le but lui-même était trop radical. Si l’objet avait passé, la Suisse aurait été le premier pays au monde à interdire tous les pesticides de synthèse. C’est clair que c’est quelque chose de joli, bien qu’utopiste, mais si on supprime tout sans avoir de solutions pour le futur, c’est plus que délicat. La culture du colza ou de la betterave par exemple aurait été rude sans pesticide. Même le domaine du bio aurait été limité sur certains traitements qui pourtant sont biologiques. Sur cette initiative-là, je pense qu’on a pu gagner des voix des villes, parce que ça allait à l’encontre du bio. Et puis, il y a la question des prix:

«Si on veut faire passer une loi qui vise à améliorer l’écologie et que c’est pour aller faire ses achats en France quand on habite pas loin des frontières ou même augmenter les importations pour avoir des prix un peu plus abordables, on tue l’agriculture locale et la base de l’écologie».

Les discussions ne font que commencer sur le rapport entre agriculture et écologie. Une bonne chose?
L’agriculture, on n’a pas le choix de l’avoir. Ne serait-ce que pour la qualité du paysage, et donc celle du tourisme. Mais aussi pour des tâches essentielles allant jusqu’à la prévention des avalanches. Vu les scores des grandes villes, je sens arriver que les partisans des deux initiatives rejetées hier vont riposter. La vague verte va peut-être encore augmenter. En tout cas, s’ils veulent relancer ces initiatives, il faudra qu’ils ciblent mieux. Avoir une eau propre ne dépend pas que de l’agriculture. Les médicaments toujours plus nombreux, les vaccins, ça va forcément laisser des traces dans l’eau. Là, on avait l’impression d’être attaqués pour quelque chose dont on n’était pas les seuls responsables.

Jusqu’à quel point l’écologie est une donnée prise en compte dans votre activité de paysan d’altitude? N'y a-t-il pas une tension entre les deux?
Tout agriculteur prend en compte l’écologie. Il est vrai qu'en montagne, on a moins de possibilités d’avoir recours à certains produits. Par exemple, on ne va pas aller répandre des engrais dans les alpages. C’est aussi une question de climat: on peut difficilement planter des champs de colza à 1500 mètres à cause de l’altitude. Le service cantonal de l’agriculture et la Confédération nous dictent certaines normes à respecter, et c’est une bonne chose, y compris en ce qui concerne la biodiversité au niveau des fleurs et des insectes. On doit éliminer certaines plantes envahissantes, semer et préserver certaines terres. On n’a pas le droit de faucher certaines parcelles avant telle date, selon les paliers d’altitude. L’écologie est donc bien présente. En résumé:

«Les agriculteurs sont au fond les premiers à appliquer l'écologie tous les jours à des échelles importantes»

Etre jeune et agriculteur de vallée, ça ne coule pas de source. D’où vient cette passion pour l’agriculture, cette envie d’y consacrer votre temps libre malgré toutes les contraintes et les ingratitudes?
La première cause de cette passion, c’est que je suis né là-dedans. On a toujours gardé une exploitation. Quand on voit tout ce qui a été fait par le passé pour l’entretien du paysage, ce serait dommage que le travail de ces terrains soit abandonné et qu’ils se reboisent. C’est du travail de titan, mais ce n’est pas une raison de laisser ça de côté. Il faut bosser dans la vie. C’est aussi une question de tradition: en Suisse allemande, on voit encore beaucoup de personnes qui vont faucher à 2500m d’altitude à même les rochers. Il y a un attachement familial et même historique et géographique qui fonde notre passion. On a meilleur temps que ça reste une passion, car les samedis et dimanches on sait où on les passe et bien souvent ça remplace les verres qu’on pourrait boire avec les copains.

Y a-t-il des moments où vous songez sérieusement à tout arrêter?
Ça me traverse l’esprit quand il y a des successions de mauvaises nouvelles: une bête qu’il faut abattre parce qu’elle ne va pas bien, ensuite tu fais du foin et il y a un orage qui vient dessus en même temps parce qu’on a un programme serré. Mais généralement, l’engouement revient vite grâce aux beaux moments de la vie. Actuellement, on voit beaucoup de jeunes qui s’y mettent, mais plutôt en donnant les vaches à l’hivernage dans des étables communautaires ou chez un particulier. C’est un bon compromis, parce que se lancer dans l’agriculture aujourd’hui, c’est un investissement, notamment financier. Et partir de zéro, c’est très difficile. On ne se rend pas compte des défis que rencontre le monde agricole, qui reste pourtant un monde passionnant. Mais l’agriculture a besoin de ces jeunes passionnés et professionnels.

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