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France 2022

Plus que jamais, la sécurité, la santé et l'emploi préoccupent les Français. Mais pas seulement. Image: Shutterstock

Cinq dossiers qui vont faire suer les candidats à la présidence française

Sécurité, Covid, climat, emploi, mœurs: voici les thèmes qui seront au cœur des débats dans la course à la présidentielle française de 2022.



Sécurité: l'attrape-tout

A un an de l’échéance présidentielle, les Français, y compris la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, placent les questions de sécurité dans le peloton de tête de leurs préoccupations, selon l’institut de sondage IFOP. Le terrorisme, qui ne semble pas devoir connaître de répit, la délinquance, associée aux «banlieues», synonymes d’«immigration incontrôlée» pour le Rassemblement national, forment un cocktail anxiogène.

Cette donne-là est en général favorable à la droite, voire à l’extrême droite. Ce fut le cas en 2002 et 2007. Ce pourrait l’être en 2022, la République en marche (LREM), le parti présidentiel d’Emmanuel Macron, incarnant, de fait, sur ce thème, cette droite qui n’aura cessé de renforcer la législation sécuritaire (loi sur la sécurité globale, nouvelle loi antiterroriste en préparation), face à une gauche embarrassée ou accusant le pouvoir de faire «le jeu du Rassemblement national».

Mais le sentiment laissé est celui d’un échec à juguler des phénomènes pour partie liés à la question sociale, dont le mouvement par moment insurrectionnel des «gilets jaunes», en 2018 et 2019, aura démontré l’aspect inflammable. La sécurité, domaine attrape-tout, y compris la notion controversée d’«insécurité culturelle», offre à Marine Le Pen une tribune propice à ses thèmes identitaires.

La candidate du parti d'extrême droite a dit «souscrire» à une tribune signée par vingt généraux à la retraite, parue le 21 avril dans l'hebdomadaire de la droite identitaire Valeurs actuelles. Ce texte, qui aurait en outre reçu le soutien d'une centaine de haut gradés et de plus d’un millier d’autres militaires, appelle à l'«éradication des dangers» qui parcourent la France, parmi eux «l'islamisme et les hordes de banlieue». Les signataires n'écartent pas la possibilité d'un recours à l'armée, soixante ans jour pour jour après le «putsch d'Alger» durant la guerre d'Algérie. Cette initiative, condamnée par la ministre de la Défense Florence Parly, et qui pourrait donner lieu à des poursuites disciplinaires, voire pénales, dramatise un peu plus l'enjeu sécuritaire.

Covid: la crise comme mise à l'épreuve du système

La santé est, plus que jamais, une préoccupation majeure des Français. La pandémie est venue renforcer une situation déjà observable avant la crise. Voici les chiffres donnés par l'IFOP, qui établit également un lien entre les préoccupations dues au Covid et celles en rapport avec l'Education nationale:

«Le thème prioritaire aux yeux de la grande majorité des Français (86%) concerne la santé, un résultat évidemment "boosté" par la situation sanitaire puisque ce chiffre était de 60% en septembre 2017 et de 65% en août 2019, date de notre dernière enquête pré-crise. L’éducation est jugée comme sujet prioritaire par 73% des interviewés, soit 5 points de plus qu’en août dernier, conséquence de l’annonce de la fermeture temporaire des écoles.»

«Les thèmes prioritaires pour les Français à un an de l'élection présidentielle» IFOP

Si tirer à boulets rouges sur le gouvernement est un sport national en France, des raisons concrètes font que la gestion de la pandémie par Emmanuel Macron, en particulier à partir de maintenant, dernière année de son mandat, apparaissent comme déterminantes pour son hypothétique réélection. La France des start-up et des affaires, qui a fortement contribué à sa victoire, sera particulièrement attentive aux réponses apportées aux dégâts économiques causés par la crise. Les plus modestes sont quant à eux les plus touchés par les effets négatifs des mesures restrictives.

Au-delà des questions proprement sanitaires, une tendance antisystème se déploie un peu partout: dans les sphères complotistes ou considérées comme telles, dans la gauche radicale mélenchonienne, au sein de la droite nationale et identitaire, ainsi que d'une droite plus modérée qui doit à tout prix se distinguer de Macron. Cette tendance est paradoxalement à l'œuvre jusque dans les troupes marconiennes, leur chef ayant été, rappelons-le, élu avec l'idée d'un dépassement du clivage gauche-droite.

Climat: avec EELV, le vert est rarement dans le fruit

C’est une habitude en France, les verts «foirent» leurs rendez-vous présidentiels. En 2012, à leurs primaires, ils avaient préféré une candidate un brin psychorigide, Eva Joly, au plus consensuel Nicolas Hulot. Cela ne leur avait pas réussi. Cette fois-ci, Europe Ecologie Les Verts se ralliera-t-il à Yves Jadot, le plus «centriste» d’entre eux, grâce auquel le parti écolo avait fait une percée remarquée aux élections européennes de 2019? A voir…

Les verts ont la cote, c’est indéniable dans les métropoles. La crise du Covid agit tel un révélateur de toutes les impuretés inhalées. L’an dernier, aux municipales marquées par une abstention record, ils ont gagné Bordeaux, Marseille, Lyon, Strasbourg, entre autres. Une vague «historique».

Mais voilà que leur côté «khmer» les reprend. Ils enchaînent les initiatives polémiques: un sapin conceptuel en guise d’arbre de Noël à Bordeaux; le Tour de France jugé «machiste et polluant» par le maire de Lyon; à Poitiers, son homologue demande aux enfants de ne plus rêver d’aviation… Du pain béni pour les partis traditionnels, moins cassants.

«Les Français sont très sensibles aux questions climatiques (en juin 2020, selon un sondage, 88% d’entre eux souhaitaient obliger les entreprises à émettre moins de gaz à effet de serre, réd.), mais ils sont moins à l’aise avec l’écologie politique», analyse le politologue Eddy Fougier, qui s’intéresse notamment aux mouvements zadistes. «Une partie des Verts français donne dans l’indigénisme et le décolonialisme, des courants minoritaires associés à l’extrême gauche. Ça n’aide pas», note le politologue.

Dernière bourde en date: vendredi 26 avril, le chef d’EELV, Julien Bayou, 41 ans, une allure d’éternel étudiant, familier des marches aux côtés des «déshérités», rétropédalait après la diffusion d’un visuel électoral en prévision des régionales de juin donnant dans l’anti-boomers (les «vieux») et le name and shame (nommer et rendre honteux) de personnalités décrites, au mieux, comme réactionnaires. Des méthodes douteuses et un calcul électoral risqué: tout pour la jeunesse, mais quid des plus de 55 ans (la catégorie boomers) implicitement désignés comme inutiles?

Affiches EELV

Tweet du chef d'EELV Julien Bayou, supprimé depuis

Plutôt bonne élève du camp industrialisé pour les émissions de CO2, mais pressée par les écologistes de diminuer toujours plus l’empreinte carbone, la France fait face à deux autres gros problèmes (ça dépend pour qui): le nucléaire (la part belle de sa production énergétique, qu’une frange de la gauche défend mordicus) et les pesticides (l’Hexagone est une puissance agricole mondiale). L’Etat promet beaucoup (une loi climat et résilience jugée «déjà obsolète» par Greenpeace) mais a du mal à tenir ses promesses. En 2022, EELV saura-t-il, lui, porter la promesse écologique?

Emploi: un enjeu plus extérieur qu'intérieur

Comme la santé, le travail est une préoccupation des Français qui n'a pas attendu 2021 pour se manifester, mais que la crise sanitaire a considérablement amplifiée. Les données de Pôle Emploi font état d'une augmentation sensible (8,1%) du nombre de demandeurs d’emplois au cours de l’année 2020: 3,8 millions au quatrième trimestre 2020, 3,6 millions un an plus tôt. Les mesures de chômage partiel ont permis de limiter la casse.

La France, nul ne l'ignore, a un taux de chômage nettement plus élevé que l'Allemagne ou la Suisse. Les opposants de gauche comme de droite à la politique gouvernementale y voit la preuve de ce qu'ils dénoncent. Emmanuel Macron, qui ne peut pas déroger au droit commercial européen et qui n'en a sans doute pas l'intention, estime que le libre-échange est le meilleur système pour l'économie de la France. La plupart de ses adversaires, eux, voient dans cette ouverture non pas un remède mais une cause de la maladie. Ils appellent donc à des mesures plus ou moins protectionnistes: réindustrialisation (pour partie en cours), préférence nationale, etc.

Or, le pays apparaît aux libéraux comme déjà bien trop protectionniste. Pour l'éditorialiste du Point Franz-Olivier Giesbert, la France est un régime de «communisme mou». Bureaucratie, dépenses publiques, code du travail: le voisin français bat des records dans ces catégories au niveau européen. Une situation indissociable de la culture et de l'histoire politiques du pays, marquées par une forte centralisation et un rôle prépondérant accordé à l'Etat, ce démiurge dont on attend qu'il fasse pleuvoir l'argent.

La France est cette monarchie drapée de République. Le peuple comme les élites semblent restés attachés à cette synthèse née de la royauté et de la Révolution, les projets de VIe République portés par une partie de la gauche ne rencontrant pour l'heure qu'une faible adhésion dans le pays. Une chose est sûre: le libre-échange, s'il a pu avoir la cote, ne fait plus du tout rêver les Français. L'idéologie du local et l'intérêt toujours plus soutenu pour la notion de souveraineté économique gagnent du terrain à peu près dans toutes les familles politique.

Tout bénef' pour Le Pen et Mélenchon, touts deux ardents critiques de la mondialisation et habiles à promettre monts et merveilles à la «France d'en bas»? Certes. Mais le capitalisme s'est jusqu'ici toujours adapté à tout, même aux terrains lui étant a priori les moins favorables. Il s'est fondu dans le progressisme, il se glisse à présent dans l'écologie. Tout s'interpénètre, et Macron, en boss du «en même temps», compte bien faire son beurre de ce maelström.

Mœurs: la morale contre la loi

Le thème est délicat. Il est peu probable que les candidats à l’élection présidentielle s’y aventurent. A l’inverse d’une partie des éditorialistes et chroniqueurs de presse, férue de débats «transgressifs». Il y a quinze ans encore, les mœurs, en France, pays surjouant alors le libertinage, ne constituaient pas une pomme de discorde. Non pas qu’il y ait désaccord sur la lutte à mener contre les violences conjugales, par exemple. Nulle personne sensée ne peut les tolérer.

Les mœurs ont commencé à (re)devenir un thème politique avec l'affaire du Sofitel de New York impliquant le Français Dominique Strauss-Kahn, à l'époque directeur du Fonds monétaire international. Surtout, depuis l’éclatement en 2017 aux Etats-Unis du phénomène #Metoo sur le harcèlement des femmes, relayé dans l’Hexagone par le hashtag #BalanceTonPorc.

En termes idéologiques, la question des mœurs porte sur l’extension du domaine de la morale, au détriment du magistère de la loi, jugée trop conciliante avec le «mâle dominant», généralement dépeint comme «blanc» et associé au genre «hétérosexuel». Elle oppose les boomers (les «libertaires irresponsables» de la génération 68) aux wokes (les «puritains néo-censeurs» au sein des jeunes générations).

Christophe Carron, le directeur du site français Slate.fr, s’attend à ce que «le débat porte sur les violences faites aux femmes et sur la notion de consentement dans la relation sexuelle». Par ailleurs, «la gauche universaliste, de même que la droite universaliste (à l’opposé des thématiques intersectionnelles adossées à la défense des minorités, réd.) instrumentaliseront la question des mœurs pour en faire un débat sur la laïcité, au nom de la lutte contre un certain islam», pense-t-il. Où l’on réalise que les mœurs ne sont pas sans rapport avec l’identité, ni, on le savait déjà, avec la sécurité.

En résumé, la droite fera des mœurs une question civilisationnelle, la gauche, une arme pour renverser les hiérarchies, non sans convoquer des notions discutables et discutées comme «racisme systémique» et «race sociale».

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