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Au Lausanne HC, Petr Svoboda est une abeille royale.
Au Lausanne HC, Petr Svoboda est une abeille royale.Image: KEYSTONE

Lausanne est le FC Sion du hockey sur glace

Après Joël Vermin et Robin Grossmann, Joël Genazzi est poussé vers la sortie. Le LHC, comme Sion, ressemble à une ruche, avec des allées et venues incessantes et une abeille royale omnipotente.
06.10.2021, 12:5706.10.2021, 18:24
Klaus Zaugg
Klaus Zaugg
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Le directeur sportif adjoint du CP Berne, Andrew Ebbett, a déjà empoigné le téléphone. «Nous avons fait part de nos intentions à Lausanne. Nous nous intéressons à Joël Genazzi, qui s'intégrerait parfaitement dans notre défense. Mais nous n'avons pas encore reçu de réponse. Nous ne savons donc pas s'il quittera réellement Lausanne. Nous ne savons pas non plus quelle serait la somme de transfert.»

Ce flou n'est pas une surprise totale: il y avait déjà eu un cirque d'une semaine à l'été 2020, avant que Joël Vermin (29 ans) ne soit finalement transféré à Genève-Servette, malgré un contrat en cours. A la fin de cette saison, le même Vermin rejoindra le CP Berne.

Plus récemment, Lausanne a libéré Robin Grossmann (34 ans) d'un contrat de 80 000 francs annuels, ce dont a profité le HC Bienne pour l'engager. Si Joël Genazzi (33 ans) s'en va à son tour, comme le pensent de nombreuses personnes, ce seront trois internationaux de premier plan, médaillés d'argent aux championnats du monde, qui auront quitté Lausanne précipitamment.

Un club totalement à part

Au LHC, tout ou presque est différent d'ailleurs. Cette entreprise ne peut être analysée selon les grilles de lecture habituelles, celles qui ont cours en Suisse alémanique ou au Tessin. Lausanne est le seul club contrôlé par des fonds étrangers. Il dépense suffisamment d'argent pour dominer le championnat.

En revanche, nous ne savons pas si et sous quelle forme cet argent lui est attribué et, contrairement à ce qui se passe dans le reste du hockey suisse, très conservateur en matière de comptabilité, l'origine des fonds ne semble n'avoir ici aucune importance.

Lausanne est en fait le FC Sion du hockey sur glace. Mais sans trophée. Sion est double champion de Suisse (1992, 1997) et treize fois vainqueur de la Coupe. À ce jour, Lausanne n'a remporté ni titre ni coupe. Mais les similitudes sont troublantes.

A Sion, le président Christian Constantin règne comme une abeille royale: en son royaume, il y a des allées et venues comme dans une ruche quand il fait beau. A Lausanne, le directeur général Petr Svoboda règne de manière non moins absolutiste, dans une même ambiance de ruche.

Mais contrairement au principe d'une colonie d'abeilles, il n'y a pas de logique interne à cette agitation, un but supérieur, ni à Sion, ni à Lausanne. Entraîneurs et joueurs sont embauchés et licenciés selon l'humeur du jour, et le grand patron s'implique au quotidien dans les affaires sportives. Christian Constantin a même exercé la fonction d'entraîneur. Petr Svoboda pas encore.

Au cours des dix dernières années, plus de trente entraîneurs sont passés par Sion. À Lausanne, trois prétendent actuellement à une fiche de paie: Ville Peltonen et Craig MacTavish qui, mis à la porte, tentent d'obtenir leur argent par une action en justice, et le nouveau coach John Fust, dont personne n'aimerait parier qu'il sera toujours présent à la fin de la saison.

Si Petr Svoboda reste au pouvoir aussi longtemps que Christian Constantin à Sion (plus de vingt années au total), il comptera également plus de trente entraîneurs à son «actif».

John Fust et la ruche.
John Fust et la ruche.Image: KEYSTONE

Ni ordre ni continuité

Dans de telles circonstances, il est impossible de mettre en place des systèmes de jeu magistraux. La discipline et l'ordre sont encore plus importants au hockey qu'au foot: pendant chaque match de hockey, toute l'équipe est changée au moins trente fois, souvent par des changements volants. Seul un entraîneur avec une autorité absolue - un «général en chef» - peut réussir au hockey. Si le manager ou le propriétaire s'immiscent constamment dans ses affaires courantes comme Petr Svoboda à Lausanne, à l'image de Christian Constantin à Sion, remporter le titre devient une chimère.

Mais attention: davantage de phénomènes inattendus peuvent se produire au hockey. Un championnat se décide dans le sprint des playoffs. Des hockeyeurs peuvent évoluer à des niveaux inimaginables sur une courte période. En 2016, Berne a remporté le titre à partir de la huitième place, les ZSC Lions sont devenus champions en 2018, après avoir terminé septième de la saison régulière.

Un volcan qui sommeille?

Si, comme à Lausanne, pas grand-chose ne va ensemble, mais que tout est réuni pour remporter le titre - argent, infrastructure, public, talent - alors un fabuleux volcan peut entrer en éruption pendant quelques semaines au printemps. A partir de là, peu importe le niveau de la dette, l'ampleur du désordre managérial, le manque de ligne dans la politique des transfert: le chaos peut se transformer en énergie et en dynamisme. Seul importe soudain ce qui se passe dans le vestiaire - quand le monde qui l'entoure n'existe plus.

Dans un tel contexte, même Lausanne peut devenir champion, peu importe ce qui s'est passé en juin, juillet, août, septembre, octobre, novembre, décembre, janvier et février. Lausanne, oui, peut devenir champion. Avec ou sans Joël Genazzi. Avec ou sans John Fust.

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