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Le chancelier autrichien Karl Nehammer après sa rencontre avec Poutine à Moscou.
Le chancelier autrichien Karl Nehammer après sa rencontre avec Poutine à Moscou.Bild: keystone

«Pas de perspective optimiste»: le résultat de la rencontre Poutine-Nehammer

En visite à Moscou lundi, le chancelier autrichien était le premier chef de gouvernement occidental à rencontrer personnellement Poutine depuis son invasion de l'Ukraine. Mais le voyage ne s'est pas déroulé sous les meilleurs auspices.
12.04.2022, 11:2312.04.2022, 19:05
Remo Hess, Brüssel, et Stefan Schocher, vienne / ch media

Les attentes étaient faibles, les critiques virulentes. Lundi, le chancelier autrichien Karl Nehammer a rencontré le président russe Vladimir Poutine à Moscou pour un entretien en toute franchise. Un évènement à marquer d'une pierre blanche: il s'agit de la première rencontre d'un chef de gouvernement européen depuis le début de l'invasion russe en Ukraine fin février. Le dernier chef d'Etat européen à avoir reçu une invitation du président Poutine était le Hongrois Viktor Orbán.

Avec une différence importante: cette fois-ci, il n'y a pas eu de déclaration de presse commune au terme de la rencontre. On s'attend, toutefois, à ce que Poutine commente la rencontre lors d'un rendez-vous prévu ce mardi.

De son côté, la chancellerie fédérale, à Vienne, a fait savoir que le principal message du chancelier autrichien au président russe a été le suivant:

«Cette guerre doit cesser, car dans la guerre, il n'y a que des perdants»

En outre, Karl Nehammer a souligné, lors de son entretien, que «les sanctions contre la Russie se poursuivront et seront renforcées, tant que des gens mourront en Ukraine». Il a ajouté que les crimes de guerre commis à Boutcha et dans d'autres villes auraient également été évoqués «en toute clarté».

En revanche, le chancelier a confessé, plutôt désabusé: il n'y a «aucune perspective optimiste». Pis: une offensive russe est «intensément préparée».

Ce n'est pas le moment de parler à un criminel de guerre

Le chancelier autrichien a certes informé ses partenaires européens de ses projets durant le week-end. Mais il n'est pas question de dire qu'il s'est rendu à Moscou dans le cadre d'une sorte de mandat de l'Union européenne. Il n'y a pas eu de coordination au niveau européen. Dans ce contexte, certains se sont sentis mal à l'aise avec l'idée que le chancelier, en poste depuis seulement quatre mois, négocie désormais avec Poutine. Selon un observateur à Bruxelles, ce n'était ni le bon interlocuteur, ni le moment, ni même la manière de parler au criminel de guerre.

Poutine prépare une nouvelle offensive.
Poutine prépare une nouvelle offensive.Bild: keystone

Le voyage de Karl Nehammer n'a pas non plus été bien accueilli en Ukraine. Bild cite un diplomate ukrainien qui lui a reproché de «se surestimer». En Autriche, les adversaires politiques du chancelier y voient davantage une tentative désespérée de se profiler, plutôt qu'une initiative diplomatique. En effet, Nehammer n'a aucune expérience diplomatique à faire valoir.

Avant de devenir chancelier, Nehammer était ministre de l'Intérieur et considéré avant tout comme un stratège de parti, un carriériste et un gestionnaire de crise qui devait stabiliser l'ÖVP, très affaibli après la fin politique du chancelier précédent, Sebastian Kurz. Cependant, il peut également être considéré comme un fin diplomate: il a notamment pu prouver cette réputation en renforçant les liens de l'ÖVP avec les Verts au sein de la coalition.

Poutine est, certes, d'un autre calibre. A Bruxelles, on évite néanmoins le plus possible de critiquer ouvertement Nehammer pour son initiative. «Tout ce qui sert la paix est utile», affirme une porte-parole de l'UE. Une déclaration pratiquement identique a été faite par le gouvernement allemand.

«Une erreur de parcours» qui se «surestime»?

Personne à Bruxelles et dans les capitales européennes ne s'attendait à ce quel Karl Nehammer obtienne quoi que ce soit à Moscou. Il y a déjà eu de nombreuses tentatives d'entrer en contact avec Poutine, a déclaré le ministre lituanien des Affaires étrangères Gabrielius Landsbergis, faisant notamment référence aux efforts répétés du président français Emmanuel Macron. De son côté, il est persuadé que Poutine n'est tout simplement pas abordable et qu'il ne sert donc à rien d'essayer.

Le ministre lituanien des Affaires étrangères, Gabrielius Landsbergis, s'est montré peu optimiste dès le départ.
Le ministre lituanien des Affaires étrangères, Gabrielius Landsbergis, s'est montré peu optimiste dès le départ.source: keystone

Pour Reinhard Bütikofer, député européen des Verts et spécialiste de la politique étrangère, la démarche de Nehammer est un signe de «surestimation de soi» et le chancelier allemand lui-même parle d'une «erreur de parcours». Selon Bütikofer, le risque est grand que la Russie instrumentalise désormais la visite de l'Autrichien à des fins de propagande. Si l'on veut parler à Poutine, il faut essayer de le faire ensemble, en tant qu'Européens, au lieu de laisser des politiciens isolés mettre en scène de telles actions.

Le ministre autrichien des Affaires étrangères Alexander Schallenberg a défendu son chancelier en marge d'une réunion ministérielle à Luxembourg. Il ne faut rien laisser passer pour mettre fin à cet «enfer humanitaire», a déclaré Schallenberg. Toute voix qui explique à Poutine ce qu'est réellement la réalité en dehors des murs du Kremlin et qui lui dit la vérité «les yeux dans les yeux» n'est pas une voix perdue.

Que voulait vraiment le chancelier?

La diplomatie russe n'a, toutefois, montré aucune volonté de dialogue au cours des dernières semaines. Et l'Autriche entretient certes de bonnes relations avec Moscou (Poutine s'est rendu deux fois en visite officielle à Vienne, depuis 2014), mais elle n'a en aucun cas le poids politique et économique nécessaire pour faire céder la Russie.

Le bien-fondé de ce voyage a donc été remis en question dès le départ. D'autant plus qu'il était difficile de deviner de quoi il serait concrètement question. Toutes les issues proposées jusqu'à présent par la Russie comportent des violations flagrantes du droit international.

Il restait enfin un sujet délicat: le gaz. Comme l'a supposé un diplomate russe, le combustible fossile a été au cœur des discussions. L'Autriche dépend à 80% du gaz russe. En ce qui concerne cette dépendance, elle occupe une place à part dans l'UE.

Des groupes russes ont des filiales importantes à Vienne

Outre le gaz, l'économie, et surtout le secteur bancaire, sont tous étroitement liés à la Russie. La Russie entretient à Vienne l'une de ses plus grandes représentations diplomatiques au monde. Des groupes russes ont également d'importantes succursales à Vienne. Et la grande proximité entre la politique autrichienne et la Russie a récemment fait l'objet de critiques massives.

Karl Nehammer avait d'ailleurs rejeté un embargo sur le gaz, qu'il juge économiquement irréaliste. L'Autriche s'est aussi montrée plutôt réservée quant à l'expulsion de diplomates russes. Finalement, quatre collaborateurs de l'ambassade ont été expulsés. Tout cela jette, toutefois, une lumière significative sur la rencontre à Moscou et sur l'attitude de l'Autriche vis-à-vis de la Russie.

(traduit et adapté par mbr)

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