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«Je me suis masturbé au travail»

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Image: Shutterstock

Plaisir coupable, la masturbation sur son lieu d'exercice professionnel ne devrait rien avoir de tabou. Tant qu'on ne l'impose pas à ses collègues et qu'elle ne devient pas addictive, elle ne procure que des bienfaits.

Lucile Bellan / slate



Un article de Slate

Dans le podcast Première & Dernière fois, certaines questions sont rituelles. Elles permettent de mieux connaître les interviewé·es, mais également de se faire une petite idée des pratiques sexuelles en France. À la fin de la première partie de l'émission, je demande ainsi à chacune des personnes invitées si elles se sont déjà masturbées dans «des endroits pas prévus pour». Une réponse revient souvent: au travail. Depuis deux ans que le programme existe, c'est une constante.

Pour Yannick, 41 ans, c'est une histoire d'excitation avec un risque minimal. Il se masturbe «au bureau et dans les toilettes du bureau. Mais le mieux c'est au bureau, c'est plus excitant. Et aucune peur de me faire attraper parce que j'ai été treize ans seul dans un bureau avec le collègue le plus proche à deux heures de voiture. Je ferme à clé et voilà, je suis tranquille.»

Pour Max, 32 ans, la découverte de ce nouvel espace pour se donner du plaisir vient d'un constat de praticité: «C'est quelque chose d'assez récent, que j'ai commencé il y a peut-être deux ans. Je l'avais jamais fait. On a des toilettes pour personnes à mobilité réduite donc j'en suis pas très fier mais bon, en même temps, elles sont jamais utilisées. Dans ces toilettes, le miroir est beaucoup plus bas. Un jour, en me lavant les mains là-bas, je me suis dit "je pourrais peut-être me regarder me masturber devant ce miroir parce qu'il est pile à la bonne hauteur". J'ai commencé comme ça et j'ai vraiment beaucoup apprécié. Du coup, je le fais plus ou moins régulièrement au travail.»

Décharge coupable

Pour ces deux hommes, il est avant tout question d'excitation et de plaisir. Mais la sexologue Angéla Bonnaud, créatrice du compte Instagram Sexoeros, expose différentes raisons au recours à ce geste encore tabou.

«La majorité du temps, on se masturbe au travail pour répondre à un stress qui peut être lié à notre vie professionnelle ou personnelle. Je parle souvent de "masturbation décharge"»

«Par elle, poursuit la sexologue, la personne recherche un bien-être immédiat, un soulagement pour éviter de se confronter à des émotions désagréables comme le stress. Il est rare que l'on effectue une "masturbation plaisir" au travail, sauf si un·e collègue nous plaît beaucoup et représente un stimulus érotique fort pour nous. Très souvent, cette masturbation au travail n'est pas anodine et cache une masturbation dite excessive que l'on considère comme addictive. On n'en a pas envie: on en a besoin».

La masturbation de décharge, d'évacuation du stress, Monica la connaît bien: «Je suis infirmière libérale donc je bouge beaucoup en voiture. J'utilise aussi les toilettes quand je peux et où je peux. Ça m'est arrivé deux ou trois fois de me masturber pendant le boulot. Je dirais que c'est pour évacuer une pulsion sexuelle qui se présente à ce moment-là. Je pense qu'il y a deux facteurs: je suis très cérébrale, j'ai une vie fantasmatique riche; et il y a la pulsion physique. J'avais à la fois des pensées sexuelles fortes, des envies ou une frustration importante, et cette pulsion, le désir physique qui s'exprime, monte et ne te laisse qu'une seule façon de redescendre: te donner un orgasme. Je me connais bien et je jouis assez vite si je veux. Rien que des mouvements de bassin en conduisant, bien concentrée, et j'y arrive. Je me masturbe seulement le clitoris. Je n'ai pas besoin dans ces moments-là de pénétration. Après coup, c'est très culpabilisant, mais la pression est enfin retombée et je redeviens opérationnelle.»

Pourquoi cette culpabilité? «La masturbation au travail est taboue car elle dépasse les règles morales qui concernent l'intimité, analyse Angéla Bonnaud. Elle dépasse les codes sociaux et culturels selon lesquels la vie se cloisonne: la vie personnelle et intime n'a pas lieu d'être dans la vie professionnelle. Mais le plus important, c'est que cela n'importune, ne dérange, ne se répercute sur personne dans la vie professionnelle. On apprend à l'enfant à toucher son sexe quand il est seul; eh bien là, c'est pareil, tant que la pratique n'est imposée à personne, elle est autorisée.»

Effet boostant et antidouleur

Se livrer à cette activité sur son lieu de travail tout en s'assurant que personne ne puisse en être témoin, et profiter ainsi de ses bienfaits, Laetitia l'a souvent fait: «Il y a quelques années, j'avais un bureau qui fermait à clé, avec un canapé. Les grosses journées où j'avais besoin de me détendre, soit à cause de clients relous soit face à une grosse quantité de travail, si je n'avais pas le temps de faire une sieste ou une balade, je prenais quelques minutes pour me masturber. La première fois, j'étais hyper gênée à l'idée que quelque ne rentre ou ne m'entende. Puis je me suis dit qu'en étant silencieuse, avec de la musique et la porte fermée à clé, je ne risquais pas grand-chose; d'autant que ça me permettait de faire le vide dans ma tête et de remonter mon niveau d'énergie pour affronter le reste de la journée. C'est à cette époque que j'ai découvert le pouvoir méditatif de la masturbation: autant dans mon lit, je m'endors direct après, autant au bureau, c'était comme d'avoir pris un café sans le côté énervant, je me sentais plus détendue, sereine et énergisée.»

Alix, pour sa part, se sert de la masturbation pour calmer les douleurs liées à son ovulation:

«Je pratique sporadiquement. Par exemple, je le fais quand je suis triste ou lorsque les symptômes de mon ovulation sont bien vénères et que je ressens le besoin de m'apaiser. Parfois avec un support pornographique mais très rarement.»

«Ce que j'aime, c'est l'idée de devoir être rapide et efficace»

La sexologue Angéla Bonnaud ne voit aucune raison de se l'interdire: «Rares sont les choses que répriment un·e sexologue, à part les pratiques illégales qui ne respectent pas la liberté d'autrui et la loi. Tout doit être intégré selon les expériences et les envies des patient·es que je reçois. Mais il me paraît important de faire évoluer cette pratique, afin qu'elle ne soit plus handicapante socialement pour les patient·es: en la permettant, en la diversifiant, pour qu'au fur et à mesure elle ne soit plus subie mais choisie.»

À vos risques et périls

Pour Anthony, la masturbation au travail se place dans le cadre du jeu sexuel avec sa partenaire: «Ce n'est qu'une pratique très occasionnelle. Les raisons sont les mêmes en général: soit j'échange des sextos avec ma compagne et l'excitation m'empêche de me concentrer donc je me masturbe pour pouvoir travailler de nouveau (de plus, ça excite ma compagne de savoir cela), soit j'ai des excitations tout seul et je me masturbe pour la même raison. Bien sûr, cela se passe toujours dans un endroit où je ne peux être surpris (principalement les toilettes).»

Même chose pour Stéphane, qui profite de son temps de travail pour nourrir son jardin secret... quitte à prendre des risques vis-à-vis de ses supérieurs hiérarchiques: «Je suis en couple depuis vingt ans et je n'ai jamais réussi à être fidèle. Dans la société où je travaille actuellement, j'ai eu une relation pendant trois ans avec une collègue qui était aussi en couple. On se voyait chez elle, mais le plus souvent on se retrouvait dans les toilettes du boulot pour un quickie... Quand on ne pouvait pas se voir, il m'arrivait de m'enfermer aux chiottes et de lui envoyer sur WhatsApp une vidéo où je me masturbais, ce qui l'excitait beaucoup. Elle m'envoyait des vidéos où elle se caressait également. Un jour, alors que je me filmais aux toilettes, j'ai accidentellement mis la vidéo en statut WhatsApp. La seule personne à l'avoir vue était ma boss, qui m'a prévenu à temps pour que je la retire avant que ma femme ou ma famille puisse la voir. Mais j'ai appris par la suite que ma boss avait balancé ce dossier à d'autres managers. J'ai vécu quelques mois compliqués avant que ça se tasse...»

C'est par un épisode de ce genre que commence la série télévisée suédoise «Love & Anarchy», disponible sur Netflix. L'héroïne est surprise en train de se masturber à son bureau après les heures d'ouverture par un collègue qui la filme à son insu et s'en sert pour la faire chanter. Mais ce qui pourrait être une source d'angoisse devient vite un jeu de séduction entre les deux personnages.

Pour Angéla Bonnaud, il n'y a pas de bonne ou de mauvaise masturbation: «La masturbation pour une recherche de plaisir va être plus "utile" à long terme dans la sexualité de chacun. Mais nous ne sommes pas des machines et de temps en temps, une masturbation pour se décharger, se libérer d'une émotion négative par trop-plein ou par désespoir, eh bien oui, on peut, on a le droit et ça peut constituer une méthode efficace pour lâcher prise. La masturbation sans recherche de plaisir n'est mauvaise que quand elle devient la seule pratiquée, comme une routine, de façon excessive, et que l'on en souffre.»

L'important semble de garder en tête que le geste n'est pas anodin et qu'il a du sens si on veut profiter de ses bienfaits, qu'ils s'inscrivent purement dans le cadre de l'excitation ou qu'ils contribuent à évacuer le stress. Alors, la masturbation au travail, tout le monde le fait? Probablement pas mais, si vous êtes concerné·e, vous n'avez aucune raison d'en avoir honte.

Cet article a été publié initialement sur Slate. Watson a changé le titre et les sous-titres. Cliquez ici pour lire l'article original

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