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Qui est Janja Lula, celle qui a donné des ailes à son mari?

Brésil: Janja, qui a donné des ailes à son mari Lula
Janja, militante, féministe et sociologue, a épousé le président Lula en mai dernier.instagram

Qui est Janja, l'«amie des stars» qui a donné des ailes à son mari Lula

C'est elle qui avait cueilli Lula par un baiser humide et légendaire à sa sortie de prison, en 2019. Et il y a aussi du Rosângela da Silva dans sa fine victoire, dimanche soir. La première dame du Brésil, de 20 ans sa cadette, a remis habilement le papy de la gauche dans le cœur des Brésiliens, en remplissant le sien d'espoir.
31.10.2022, 18:0401.11.2022, 08:22
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«Cherchez la femme», qu'ils disent souvent au moment d'inspecter le succès du mâle. Ici, nul besoin de sonder le vieil adage, surtout si c'est pour en extraire une vague influence hypocrite et sous-estimée. Depuis 2017, Rosângela da Silva retrousse ses propres manches pour que la lumière cueillie pour le Brésil se transforme en or.

Des papillons dans le ventre, des voix dans les urnes

Dimanche soir, «Janja», 56 ans, a été élue première dame du Brésil. Certes, c'est son mari Lula qui aura la lourde et officielle tâche de réanimer un pays maintenu dans un coma autoritaire durant quatre longues années. Mais cette sociologue de profession, et de vingt ans sa cadette, a offert talent et endurance à l'infatigable idole de la gauche brésilienne. Une troisième jeunesse bienvenue, étant donné l'ampleur du bordel laissé par l'ancien locataire du Palácio da Alvorada, le mauvais perdant Jair Bolsonaro.

Dire que Janja a joué un rôle-clé dans la victoire de son mari Lula serait réducteur. Pour elle, s'entend. Comme si, seul, le calcul électoral a compté. Comme s'il eût suffi d'afficher la passion d'une femme pour s'assurer celui d'un peuple. Mais ne soyons pas de mauvaise foi non plus: un grand amour accouche souvent de petits miracles. Si le président a vu ses ailes et sa popularité pousser comme des bulletins de vote, c'est aussi parce que sa femme a eu le cran de lui fourrer deux ou trois papillons dans le ventre il y a quatre ans.

La preuve au moment de l'élection de Lula, dimanche soir:

«Je suis amoureux et c'est elle qui me donnera la force nécessaire pour surmonter tous les obstacles»
Luiz Inácio Lula da Silva, dit Lula, président du Brésil pour la deuxième fois de son existence.
Un papy in love.
Un papy in love.instagram

Mais que s'est-il passé il y a quatre ans? Trois fois rien: Amor, comme elle adore l'affubler en public, est envoyé en taule pour corruption. Condamné à une peine de douze ans, le président double-dose ne passera que 18 mois dans la moiteur barricadée. Quelques mois plus tôt, le lion de la politique et la militante de l'ombre se seraient rencontrés pour la première fois dans les gradins d'un stade et à l'occasion d'un match de football caritatif. La presse brésilienne, elle, martèle que les tourtereaux «se connaissent depuis des décennies». Soit.

Lula, quelques secondes avant sa toute première nuit en prison, en 2018.
Lula, quelques secondes avant sa toute première nuit en prison, en 2018.

Et peu importe. C'est bien en prison que le sobre respect mutuel se transformera en passion dense et démesurée. Entre eux, des barreaux, des visites régulières, mais aussi des missives. Rosângela déclarera quotidiennement sa flamme, aussi travailliste qu'amoureuse, au prisonnier le plus célèbre du Brésil. «Nous nous sommes écrit 580 lettres elle et moi, je les ai encore», foi de (futur) président lors d'un voyage à Paris en 2020. Le reste du monde, lui, devra attendre le mois de mai 2019 (et l'indiscrétion d'un proche de Lula) pour que la divine idylle devienne enfin cette love story qui déroute autant qu'elle passionne tout le pays.

«Lula est amoureux et son premier projet à sa sortie de prison sera de se marier»
Un proche du célèbre prisonnier, en novembre 2019.

Avant de pouvoir miraculeusement projeter sa vie sentimentale dans le futur, Lula, 77 ans, a dû pleurer sur la tombe de deux grandes femmes de sa vie. La dernière, Marisa Letícia Casa, après trente ans «d'amitié intime», est décédée d'un accident vasculaire cérébral, en 2017. «Elle est morte triste», dira son homme. A l'époque, la presse brésilienne, comme dans un épisode de «Mad Men», la peignait en «ménagère qui s'occupe du jardin, plante un potager, se soucie de l'alimentation de son mari et protège la famille qu'elle a fondée avec Lula. Un vrai couple.» Elle est surtout restée traumatisée par l'opération Lava Jato («Lavage Express» anti-corruption), qui avait fait d'elle une criminelle et son mari un taulard cinq étoiles.

Rabatteuse de stars et d'électorat féminin

Janja ne doit pas être une grande fan de «Mad Men». Son foyer, c'est le feu de la gauche qui coule dans ses veines et quand elle se résout à faire le ménage, c'est armée de combats militants et féministe qu'elle muscle depuis ses études de sociologie à l'Université fédérale du Paraná. Membre du Parti travailliste (PT) depuis ses 17 ans, elle a su projeté naturellement son mari dans une reconquête et une campagne de séduction modernes et connectées, baskets aux pieds et à grandes rasades de publications sur Instagram. Cool, Lula? Oui, presque:

Janja da Silva prouve, aujourd'hui, que la gauche, même amoureuse, a aussi besoin d'un bras droit. Bien sûr, au sein du Parti travailliste, de rares gorges se sont serrées face à l'omniprésence et la médiatisation tonitruante de celle qui «piétine le travail et la mémoire» de Marisa Letícia Casa, pour quelques gouttes de «notoriété».

Si le nouveau président doit remercier cette «épouse combattive», c'est d'abord pour avoir eu cette facilité déconcertante à convaincre les jeunes femmes brésiliennes et une belle poignée de personnalités du showbiz à rejoindre leur camp. On chuchote même que c'est Janja qui a convaincu la star nationale Anitta d'avouer publiquement sa confiance en Lula.

«J'ai appelé Lula pour lui offrir mon soutien. Je lui ai dit que je n'avais jamais voté pour lui, mais que je suis désormais de son côté»
La chanteuse brésilienne Anitta, en juillet 2022.

Sur Twitter, quelques jours plus tôt, la chanteuse se plaignait d'un plat qu'elle venait d'ingurgiter au restaurant: «Franchement, pourquoi mettre du laurier dans des haricots?» Janja, une idée claire derrière la tête, lui a répondu du tac au tac: «Je te promets que si tu viens déjeuner à la maison, je n'en mettrai pas.» Smart et... plutôt efficace. Une stratégie numérique qui a subit plusieurs évolutions dans le parcours de la première dame. Il y a dix ans, celle qui peut, désormais, compter sur plus de 600 000 followers sur Instagram, postait, comme nous, des photos du chien, moyennement 37 petits likes.

«Ce sont les femmes qui décideront de ces élections»

Intarissable en clichés et détails croustillants quand elle doit mener son mari au pouvoir, Janja a toujours été très discrète concernant sa vie privée. La presse brésilienne suppose qu'avant le coup de foudre présidentiel, la première dame a été mariée durant une bonne décennie. Circulez, il n'y a rien dans le rétroviseur.

Une chose est sûre, Rosângela, «déterminée, organisée, concentrée, loyale», ne sera pas une simple ajudadora, une «assistante» de l'ombre, une force douce planquée derrière le mâle. Elle n'incarnera pas ce que Michelle Bolsonaro promettait d'endosser si, dimanche soir, son Jair avait remporté les élections.

«Je veux donner un nouveau sens au rôle de première dame»
janja da Silva.

Désormais, au Brésil, c'est devant, et tout devant le pouvoir d'un homme, qu'il y a une femme. Rosângela da Silva. L'épouse de Lula, fier président d'un Brésil à retaper et papy très amoureux.

Génance: Sandrine Rousseau se vautre sur BFMTV

Video: watson
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