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Les réactions s'enchaînent suite à la révocation du droit à l'avortement aux Etats-Unis

La plus haute juridiction américaine a éliminé le droit constitutionnel à l'avortement, annulant la décision Roe v. Wade de 1973 et laissant la question de la légalité aux Etats. En 10 points, voici le résumé de la situation.
24.06.2022, 16:2325.06.2022, 09:54
Les manifestants antiavortement célèbrent leur victoire à Washington.
Les manifestants antiavortement célèbrent leur victoire à Washington.Image: sda

Décision historique de la Cour suprême américaine. Après près de 50 ans, la plus haute juridiction des Etats-Unis a annulé le droit fondamental à l'avortement jusqu'à la 24ᵉ semaine de grossesse. Majoritairement conservatrice, l'institution a ouvert la voie à des lois plus strictes sur l'avortement – pouvant aller jusqu'à des interdictions complètes dans certains Etats.

«La Constitution n'accorde pas le droit à l'avortement», peut-on lire dans les motifs du jugement. Cette décision n'est pas une surprise: début mai, le magazine Politico avait publié le projet de loi à ce sujet et il en ressortait déjà que le tribunal voulait prendre cette décision. Cela avait provoqué un tollé parmi les organisations de défense des droits des femmes, les cliniques et les progressistes. Le jugement est bel et bien aussi drastique que prévu. Voici la pluie de réactions qui a suivi cette décision historique.

Manifestations de Washington

Après la décision de la Cour suprême contre la loi libérale sur l'avortement aux États-Unis, des manifestations ont éclaté devant le palais de justice de Washington.

Les militants antiavortements étaient présents en nombre pour célébrer leur victoire. 👇

Mais aussi de New York, jusqu'en Californie

De New York à la Californie, dirigeants, médecins ou citoyennes promettent de se «battre» pour maintenir dans leurs Etats le droit à un avortement légal et sûr.

Dans l'Etat de New York, quatrième du pays (20 millions d'habitants), classé à gauche en raison du poids de sa mégapole, politiques et professionnels de santé se préparaient depuis des semaines à l'enterrement du droit à l'interruption volontaire de grossesse par la Cour suprême des Etats-Unis.

Et dans cet Etat démocrate du nord-est, on s'attend maintenant à un afflux de patientes venant d'Etats conservateurs du sud et du centre du pays.

«Nous savons que les besoins vont grimper en flèche», déclare Sarah Moeller, professionnelle de santé de l'association Brigid Alliance, qui paie voyage, gîte et couvert aux femmes de condition modeste devant pratiquer une IVG.

Son association aide une centaine de femmes chaque mois. Sarah Moeller estime dorénavant que:

«Des centaines de milliers de personnes supplémentaires vont devoir voyager hors de leurs Etats pour des soins de santé liés à un avortement»
Sarah Moeller, professionnelle de santé de l'association Brigid Alliance

Le Président Joe Biden

Le président américain Joe Biden a qualifié la décision «d'erreur tragique». «C'est, à mon avis, la réalisation d'une idéologie extrême et une erreur tragique de la part de la Cour suprême», a déclaré Biden vendredi à Washington.

«C'est un triste jour pour la cour et pour notre pays»
Joe Biden

«La santé et la vie des femmes de ce pays sont maintenant en danger», a martelé le démocrate dans la foulée de l'arrêt historique. «Cette décision est le résultat d'un effort délibéré depuis des décennies pour rompre l'équilibre de notre droit», a-t-il déclaré.

Des femmes occupant des postes-clés à la Maison Blanche s'étaient rassemblées pour écouter les propos présidentiels, dans un silence pesant et avec des mines sombres.

Le président a demandé à ses compatriotes de poursuivre le combat de manière «pacifique», et surtout de défendre «dans les urnes» le droit à l'avortement et toutes les autres «libertés personnelles» à l'approche des législatives de mi-mandat qui s'annoncent difficiles pour son camp démocrate.

Joe Biden, dont la cote de popularité est chancelante, a promis de faire «tout ce qui est en (son) pouvoir», par voie de décrets et décisions réglementaires, pour tâcher malgré tout de protéger l'accès aux interruptions volontaires de grossesse, désormais menacé dans la moitié des Etats américains.

Le président s'est en particulier engagé à protéger le droit des Américaines à voyager pour se rendre dans un Etat où l'avortement resterait légal, ainsi que l'accès aux pilules abortives, utilisées en tout début de grossesse.

Donald Trump

L'ex-président Donald Trump a salué la décision de la Cour suprême contre la loi libérale sur l'avortement.

«C'est une victoire pour la vie»
Donald Trump

Selon lui, cette décision n'a été possible que parce qu'il a appelé trois juges conservateurs à la Cour suprême. «Cela a été un grand honneur pour moi de le faire», a-t-il écrit dans un communiqué.

Sous sa présidence, la Cour suprême s'est nettement déplacée vers la droite. L'ex-président républicain avait nommé les juges Neil Gorsuch, Brett Kavanaugh et Amy Coney Barrett pendant son mandat. Les juges Sonia Sotomayor et Elena Kagan et le juge Stephen Breyer ont voté contre la décision. Ils sont considérés comme libéraux.

Barack Obama

L'ancien président américain Barack Obama a appelé la population à résister face à cette décision historique de la Cour suprême des États-Unis.

«La cour suprême a attaqué les libertés fondamentales de millions d'américains»
Barack Obama

Emmanuel Macron

La président français a déploré la «remise en cause» des libertés des femmes par la Cour suprême américaine.

Le Vatican

Le Vatican a déclaré dans un communiqué qu'il était temps de «construire une société et une économie qui soutient le mariage et les familles et dans laquelle chaque femme a les ressources dont elle a besoin pour donner naissance à son enfant dans ce monde». L'académie pontificale explique :

«Après 50 ans, il est temps de rouvrir un débat non idéologique sur la protection de la vie»
Académie pontificale

Les premiers Etats américains qui bannissent l'avortement

  • Missouri
    Le procureur général du Missouri a annoncé vendredi que cet Etat conservateur du centre des Etats-Unis devenait le "premier" à interdire l'avortement.
«C'est un jour monumental pour le caractère sacré de la vie»
Eric Schmitt, procureur général du Missouri

Eric Schmitt a tweeté une image le montrant en train de ratifier le texte qui met fin «véritablement» à l'avortement dans le Missouri - Etat qui ne disposait plus que d'une clinique permettant une telle opération.

  • Dakota du Sud
    La gouverneure républicaine du Dakota du Sud, Kristi Noem, a elle annoncé que l'avortement était désormais illégal dans cet Etat du nord des Etats-Unis, en vertu d'une loi dite "zombie" ou "gâchette" qui avait été rédigée à l'avance, pour entrer en vigueur automatiquement en cas de changement de jurisprudence à la Cour suprême. La «loi gâchette» du Dakota du Sud (...) spécifie qu'à partir d'aujourd'hui, tous les avortements sont illégaux dans le Dakota du Sud «à moins qu'un jugement médical raisonnable et approprié stipule qu'un avortement est nécessaire pour préserver la vie de la femme enceinte», précise le communiqué.
  • Indiana
    Le gouverneur républicain de l'Indiana a annoncé convoquer la législature de cet autre Etat du nord des Etats-Unis pour prononcer au plus vite l'interdiction de l'avortement. «La décision de la Cour suprême est claire, et il revient maintenant aux Etats de s'attaquer à cette question importante. Nous le ferons dans les meilleurs délais en Indiana», a déclaré sur Twitter le gouverneur Eric Holcomb, précisant avoir convoqué l'assemblée générale de l'Etat pour le 6 juillet.
  • Géorgie Les cliniques ferment leur porte les unes après les autres.

En quelques heures vendredi, la Louisiane, l'Alabama ou le Kentucky ont aussi rendu immédiatement tout avortement illégal.

Avortements clandestins?

Selon l'institut Guttmacher, un centre de recherche qui milite pour l'accès à la contraception et à l'avortement dans le monde, la moitié des Etats devraient interdire à plus ou moins court terme les avortements.

Dans une partie du pays, les femmes désirant avorter seront donc obligées de poursuivre leur grossesse, de se débrouiller clandestinement notamment en se procurant des pilules abortives sur internet, ou de voyager dans d'autres Etats, où les IVG resteront légales.

Anticipant un afflux, ces Etats, le plus souvent démocrates, ont pris des mesures pour faciliter l'accès à l'avortement sur leur sol et les cliniques ont commencé à basculer leurs ressources en personnel et équipement.

Mais voyager est coûteux et la décision de la Cour suprême pénalisera davantage les femmes pauvres ou élevant seules des enfants, qui sont sur-représentées dans les minorités noires et hispaniques, soulignent les défenseurs du droit à l'avortement.

300 000 IVG par an

Alice Mark, médecin et conseillère de la Fédération nationale pour l'avortement dans le Massachusetts se demande aussi «ce qui va arriver à tous ces gens des 26 Etats où l'avortement va être partiellement ou totalement interdit». Il y a à ce jour, selon elle, 300 000 IVG par an dans tous ces Etats conservateurs tels que la Louisiane, le Missouri ou l'Oklahoma.

Comme au Massachusetts - même si son gouverneur est républicain et que l'avortement y coûte cher - Alice Mark espère que «des Etats tels que l'Illinois» faciliteront l'accès à leurs cliniques en recrutant davantage de personnel et ouvriront la nuit et le week-end.

Dès l'annonce choc de la décision de la Cour suprême, la gouverneure de l'Etat de New York Kathy Hochul a été la première politique à dénoncer un «recul des droits de millions d'Américaines» et promis d'«investir 35 millions de dollars pour faciliter l'accès aux services de santé pour l'avortement».

«Notre Etat sera toujours un sanctuaire pour celles qui cherchent à pratiquer un avortement»
Kathy Hochul, gouverneure de l'Etat de New York

33 millions de femmes concernées

A l'autre bout de l'Amérique, les gouverneurs de trois Etats «progressistes» de la côte Ouest - Gavin Newsom en Californie, Kate Brown en Oregon et Jay Inslee pour l'Etat de Washington - se sont «engagés» dans un communiqué commun à «défendre l'accès aux soins de santé de contraception, y compris à l'avortement».

Ils ont regretté que «dans plus de la moitié du pays - soit 33,6 millions de femmes (10% de la population américaine, ndlr) - l'avortement soit dorénavant illégal ou inaccessible». Les trois Etats doivent débloquer 152 millions de dollars d'aide.

Des associations communautaires et religieuses militent également pour le droit à l'avortement. A l'image du Conseil national des femmes juives (National Council of Jewish Women, NCJW), basé dans la capitale fédérale Washington, qui a créé un «fonds juif d'accès à l'avortement en partenariat avec la fédération nationale pour l'avortement», explique sa présidente Sheila Katz.

Elle compte, elle aussi, sur les Etats démocrates du nord-est pour être des «sanctuaires» pour les femmes: car «l'urgence est d'aider les gens à se mettre en contact pour un accès à l'avortement».

«Je promets de continuer à me battre pour que chacune puisse prendre sa propre décision, en conscience, sur son corps, sa vie, son avenir. Qui qu'elle soit et où qu'elle vive»
Sheila Katz, présidente du Conseil national des femmes juives

L'arrêt historique Roe v. Wade était en vigueur aux Etats-Unis depuis 1973. Il avait libéralisé la question de l'avortement dans tout le pays, le rendant possible jusqu'à ce que le fœtus soit viable, c'est-à-dire jusqu'à environ 24 semaines de gestation. Le jugement de principe qui vient d'être rendu renverse ce droit et donne aux différents Etats l'option de décider eux-mêmes de la question de l'avortement. Rappelant que le droit à l'avortement a fait l'objet de débats houleux aux Etats-Unis. Les opposants tentent de renverser les règles libérales depuis des décennies. (jah/cru/ats)

Une sénatrice américaine explose sur le droit à l'avortement

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