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Guerre contre l'Ukraine

Guerre en Ukraine: l'offensive de la Russie sur Kharkiv piétine

L'offensive russe piétine, car elle aurait atteint son objectif

L'offensive russe dans la région de Kharkiv est en cours depuis près de deux semaines, mais elle commence à s'essouffler. Pourtant la Russie a probablement déjà atteint l'un de ses principaux objectifs.
23.05.2024, 05:55
Simon Cleven / t-online
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L'avancée russe dans la région de Kharkiv s'essouffle. Après le lancement de l'offensive, il y a près de deux semaines, les troupes du Kremlin ont rapidement conquis du territoire dans cette région du nord-est de l'Ukraine. Jour après jour, le ministère russe de la Défense a annoncé la prise de villages ukrainiens le long de la frontière.

Selon les estimations de l'Institute for the Study of War (ISW), depuis le début de l'offensive, le 10 mai, les troupes russes ont progressé d'une dizaine de kilomètres en profondeur depuis la frontière en direction de la ville de Kharkiv et d'environ sept kilomètres en direction de la petite ville de Vovtchansk, et ont même pénétré dans la localité. La zone frontalière immédiate n'aurait pas été défendue par les Ukrainiens. Les Russes ont, toutefois, déjà réussi à franchir une ligne de défense située plus à l'intérieur du pays.

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Guerre en Ukraine: carte
Image: watson

Depuis plusieurs jours, les troupes russes s'enlisent, hormis des combats pour quelques lopins de terres autour de Vovtchansk. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a récemment déclaré dans une interview à l'agence de presse Reuters que la situation sur le front de Kharkiv était stable depuis une semaine.

Cela pourrait s'expliquer par le fait que la Russie a déjà atteint l'objectif principal potentiel de son offensive dans la région. En effet, l'avancée à Kharkiv détourne l'attention internationale de la situation dans l'est de l'Ukraine et immobilise les troupes ukrainiennes dans la région, qui ne peuvent pas intervenir ailleurs sur le front. Zelensky a qualifié la situation dans la région de Donetsk de «difficile» dans son allocution de mardi soir. C'est dans les directions de Kramatorsk, Kourakhove et Pokrovsk, dans la région de Donetsk, qu'il y a le plus de combats, a déclaré le président.

A Kharkiv en revanche, les assaillants russes sont «anéantis» par les troupes ukrainiennes, selon Zelensky. Mais pour repousser les vagues d'assaut russes, l'Ukraine doit déployer d'importantes ressources. A Vovtchansk notamment, les Russes peuvent prendre des positions qui sont plus faciles à défendre.

L'Ukraine a eu la peau du «char tortue» russe

Vidéo: watson

Une zone tampon à Kharkiv

La situation dans l'est de l'Ukraine est critique depuis plusieurs mois déjà. L'Ukraine souffre déjà depuis la fin de l'année dernière d'un manque de munitions et de personnel. En outre, les défenseurs n'ont pas réussi à mettre en place à temps des positions suffisamment fortifiées dans l'arrière-pays. Lorsque la Russie s'est emparée mi-février de la ville longtemps disputée d'Avdiivka à Donetsk, la défense a dû battre en retraite.

Depuis, les troupes russes avancent lentement mais sûrement, s'emparant régulièrement de localités. Actuellement, elles menacent surtout la ville stratégique de Tchassiv Yar, qui a été transformée en forteresse. Face à cela, une diversion pour l'armée ukrainienne plus au nord-est, dans la région de Kharkiv, arrive sans doute à point nommé pour leur permettre d'intensifier encore leurs attaques contre la ville.

Il est sans doute encore trop tôt pour connaître avec certitude les objectifs russes à Kharkiv. Les experts supposent déjà depuis le début de l'offensive que le Kremlin a surtout un objectif en tête dans la région. Le consensus est le suivant: la Russie veut profiter du manque d'effectifs de l'armée ukrainienne et lier des forces à Kharkiv qui ne pourraient ensuite pas soutenir les troupes de Kiev dans le Donbass par exemple. La plupart des experts excluent que la Russie puisse tenter de conquérir la ville de Kharkiv. La Russie dispose de trop peu de soldats et de matériel militaire dans la région pour cela.

Le président russe Vladimir Poutine a rejeté cette idée. La semaine dernière, dans le cadre de sa visite en Chine, il a affirmé que la Russie ne voulait établir une zone tampon dans la région que parce que la région russe de Belgorod était massivement bombardée par des drones et des missiles depuis Kharkiv. En réalité, la Russie mène, depuis des mois déjà, des attaques aériennes massives sur la ville de Kharkiv avec des missiles, des drones et des bombes planantes. L'Ukraine répond le plus souvent par des attaques de drones, car elle n'a pas le droit d'utiliser des armes occidentales sur le territoire russe.

Des civils morts à Vovtchansk

Les forces armées russes bombardent actuellement la ville de Vovtchansk, près de la frontière, avec des bombes planantes. Les bombes ont une portée de 70 kilomètres et un poids de plusieurs tonnes. Elles peuvent encore être larguées au-dessus du territoire russe et visent alors avec une relative précision les positions et les bâtiments de la ville. Leur puissance explosive permet de raser des constructions.

La majeure partie de la population civile a pu être évacuée. Mais ceux qui n'ont pas pu le faire risquent la mort. Les images d'un drone de reconnaissance ukrainien qui circulent sur les réseaux sociaux témoignent des destructions massives dans la ville. Elles montrent en outre des civils, allongés au bord des routes. On ne sait pas s'ils sont morts à cause de tirs croisés ou de tirs ciblés.

«Ce n'est pas comparable à l'artillerie russe»

Les troupes russes ont rapidement progressé dans la région de Kharkiv, mais l'Ukraine a entre-temps réussi à stopper l'avancée. Cela a notamment été possible grâce au déploiement rapide de troupes dans la région, mais aussi parce que l'aide militaire occidentale arrive peu à peu dans la région. Le président Zelensky n'était pas satisfait de la défense insuffisante de la région dans un premier temps. Le commandant des troupes ukrainiennes à Kharkiv a donc été remplacé.

De plus, l'aide occidentale en matière d'armement arrive encore trop lentement, a récemment déploré Zelensky. Depuis plusieurs jours, il accentue la pression sur les soutiens pour qu'ils livrent davantage de munitions pour la défense antiaérienne et les pièces d'artillerie.

Sur la plateforme X, un soldat ukrainien qui, selon ses propres dires, sert actuellement dans une unité de reconnaissance aérienne dans la région de Kharkiv, attire l'attention sur la pénurie de munitions d'artillerie:

«Notre artillerie tire, oui. Mais ce n'est pas comparable à l'artillerie russe»

Cette dernière peut parfois tirer six projectiles en même temps.

Selon lui, la plupart des canons se trouvent dans la région de Belgorod. «Malheureusement, nous ne pouvons pas leur tirer dessus avec des Himars américains (par exemple)», ajoute-t-il. Les Himars sont des lance-roquettes multiples de fabrication américaine avec une grande portée. Les Etats-Unis interdisent à l'Ukraine d'utiliser des armes américaines contre des cibles sur le territoire russe. «Donc nous souffrons simplement, nous résistons et nous mordons. Si seulement nous pouvions abattre des cibles russes sur leur territoire...», écrit le soldat.

Les attaques dans la région russe de Belgorod
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Les attaques dans la région russe de Belgorod
Des membres du Corps des volontaires russes et de la Légion de la liberté de la Russie rencontrent les médias non loin de la frontière entre l'Ukraine et la Russie.
source: sda / sergey kozlov
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Video: watson
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