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Guerre contre l'Ukraine

Indika, le jeu vidéo qui défie Poutine

Indika, un jeu vidéo qui ne va pas plaire à Poutine
Indika: un jeu vidéo qui critique le système et l'Eglise orthodoxe russe.Image: capture d'écran YouTube

Ce jeu vidéo russe défie Poutine

Le Kremlin essaye d'influencer les jeunes Russes en recourant aux jeux vidéos, encore plus depuis que les développeurs internationaux ont quitté le pays en masse. Mais tous les jeux ne sont pas au goût du maître du Kremlin.
26.05.2024, 15:5026.05.2024, 22:06
Fiona Scotoni / ch media
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Indika est nonne. Son quotidien au monastère consiste à prier et à travailler, mais ses sœurs ne l'aiment pas pour autant. Est-ce parce qu'Indika entend et voit des choses que les autres ne perçoivent pas? Comme cette voix qui remet constamment en question le bien-fondé des règles du couvent et qui attire son attention sur des erreurs logiques dans sa foi?

Lorsqu'elle est chargée de transmettre une lettre, elle entreprend non seulement un voyage physique à travers une Russie fictive du 19e siècle, mais aussi un voyage spirituel. Car plus elle avance, plus elle commence à remettre en question sa foi, sa religion et les systèmes qu'elle connaît. Et à écouter la voix diabolique qui l'accompagne.

Cette histoire est l'intrigue d'un jeu vidéo développé par le studio russe Odd Meter. Cela surprend, car l'alliance entre Poutine et l'Eglise orthodoxe russe rend toute critique de cette institution dangereuse. L'idéologie conservatrice de l'Eglise orthodoxe imprègne de plus en plus l'Etat et marque également la société russe. La religion est une partie importante de l'identité culturelle du pays. C'était également le cas autrefois pour Dmitry Svetlov, le directeur créatif et auteur du jeu.

Vidéo: YouTube/IGN

Indika est un jeu d'aventure dont la force réside dans son intrigue et ses énigmes. Il aborde les thèmes du péché, de la souffrance et des dilemmes moraux et ressemble davantage à un film indépendant qui remet en question les normes sociales qu'à un jeu qui ne mise que sur le divertissement et la réactivité.

Influencer la population

On pourrait dire: ce n'est qu'un jeu vidéo. Personne ne s'en souciera. Et surtout pas Poutine, qui n'est vraiment pas un internaute. Mais le gouvernement russe voit depuis longtemps le gaming comme moyen d'influencer sa jeune population.

«Cela fait déjà dix à douze ans que le Kremlin s'efforce activement d'aller chercher les jeunes de cette manière. Ils doivent être introduits dans des mondes d'expérience dans lesquels on peut montrer la supériorité de la civilisation russe»
Ulrich Schmid, professeur de culture et de société russes à l'université de Saint-Gall

Un vide à combler

Cette stratégie a pris une nouvelle dynamique depuis l'invasion de l'Ukraine. Les entreprises internationales du secteur du jeu se sont retirées de Russie, laissant un vide que le Kremlin veut désormais combler avec ses propres consoles et jeux, selon les médias russes.

Mais les entreprises étrangères ne sont pas les seules à avoir quitté la Russie. Le studio à l'origine d'Indika, qui comptait quatorze personnes, s'est réfugié au Kazakhstan, car certains des développeurs étaient en âge de faire leur service militaire et s'opposaient au conflit. De plus, Dmitry Svetlov s'est publiquement prononcé contre la guerre. Les membres d'Odd Meter ne se sentaient plus en sécurité et ont terminé leur jeu dans le pays voisin.

Ulrich Schmid explique:

«Les idées sociales ont toujours été thématisées dans l'art. Traditionnellement, c'était la littérature. Au 20e siècle, le cinéma et la télévision ont gagné en importance, et maintenant les jeux vidéo en font également partie».

Indika est définitivement l'un de ces jeux qui traitent non seulement des idées sociales, mais qui critiquent aussi la société et le système. Indika a déjà attiré l'attention du monde entier – qui ne tarit d'ailleurs pas d'éloges sur ce jeu. Si Poutine devait en entendre parler, il ne devrait pas être content.

Traduit et adapté de l'allemand par Léa Krejci

Plus d'images de véhicules russes détruits en Ukraine
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Une partie d'un char russe endommagé dans le village de Mala Rohan, près de Kharkiv, en Ukraine, le 13 mai 2022.
source: sda / sergey kozlov
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