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Jean-Luc Mélenchon. Paris, 1er mai 2022.
Jean-Luc Mélenchon. Paris, 1er mai 2022.Image: AP
Législatives 2022

L'accord qui provoque l'éclatement du Parti socialiste français

L'accord passé mercredi par le PS français avec la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, en vue des législatives de juin, provoque un séisme dans la famille socialiste.
04.05.2022, 19:1005.05.2022, 08:32

Est-on en train d’assister à la mort en direct du Parti socialiste? Du parti de Jaurès, de Blum, de Mitterrand, ces figures tutélaires du socialisme réformiste, en opposition au socialisme révolutionnaire. De ce parti encore tout-puissant à gauche en 2012, lorsque François Hollande remporta, cette année-là, après quoi ce fut la dégringolade, l’élection présidentielle. Si ce n’est pas la mort qui attend le Parti socialiste, c’est à coup sûr l’éclatement. Même qu'il a déjà commencé.

Ils sont plusieurs, et peut-être seront-ils de plus en plus nombreux, au PS, à se désolidariser de l’accord passé mercredi par le premier secrétaire du parti avec la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Certains annoncent qu'ils quittent la baraque, à l'image de Bernard Cazeneuve, l’ancien premier ministre de François Hollande, ministre de l’Intérieur au moment des attentats islamistes de 2015. D'autres prévoient d'entrer en dissidence, comme le maire du Mans et ancien ministre Stéphane Le Foll.

A Paris, le maire d’arrondissement Ariel Weil, socialiste lui aussi, a tweeté:

Il «suspend» sa cotisation

Quant au président du Conseil régional de Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, il a «suspendu sa cotisation» au PS. «Même si c’est romantique d’être ensemble, vu nos différences de lignes politiques, on ne peut pas se diluer dans la France insoumise. Il faut encaisser l’échec (réd: le score misérable d’Anne Hidalgo au premier tour de la présidentielle). Assumer le dépôt de bilan et repartir sur une réflexion profonde», déclarait-il le 28 avril au journal Le Monde.

Cet accord avec le PS, qui a tout l’air d’une prise de guerre de la France insoumise, a l’effet d’un séisme dans les rangs socialistes. L’hégémonie à gauche change de main. Jean-Luc Mélenchon, le vilain petit canard insoumis, en rupture depuis quinze ans avec le PS après en avoir été longtemps l’un des élus au Sénat, savoure, c’est certain, sa revanche.

Les mots manquent aux opposants à l’accord PS-LFI pour dire leur dégoût de ce qui arrive – et qui pendait au nez des socialistes, devenus extrêmement faibles dans les scrutins nationaux. Ils sont estomaqués. Comme cet ancien rédacteur en chef d’un magazine de gauche, joint par watson et s'exprimant ci-après sous couvert d'anonymat:

«C’est une gauche modérée à l’agonie qui se vend à un parti non-démocratique»

Il développe:

«La LFI, c’est un hybride entre un archéo-trotskisme et un néo-populisme. C’est tout le contraire de ce que fut en 1936 le Front populaire, porteur de tant d’espérances et qui était incarné par Léon Blum. En ce temps-là, les socialistes avaient attaché les communistes à la démocratie. Là, c’est l’inverse qui se produit.»

«Ce serait un désastre»

Notre interlocuteur prédit la catastrophe si un gouvernement dirigé par Jean-Luc Mélenchon devait voir le jour au terme des élections législatives de juin. Une hypothèse qu’il croit réalisable, «vu la dynamique en cours». Il liste les étapes de la descente aux enfers:

«En adepte de Chavez (réd: l’ex-dirigeant vénézuélien), Mélenchon mettrait au pas l’économie, en particulier les grandes entreprises. Au début, l’argent coulerait à flot, ce serait l’euphorie. Puis au bout de deux ans, l’argent manquerait. Il n’y en aurait plus assez pour payer les salaires. La bourgeoisie partirait. Il ne resterait plus que le peuple, prisonnier dans son propre pays, à la merci de celui en qui il avait cru. Ce serait un désastre.»

Anti-mélenchonisme primaire? Couplet «ouin-ouin» d’une gauche bourgeoise mauvaise perdante? Ou saine prise de conscience face à l’aventurisme d’un mégalomane jusqu’à peu encore soutien de Poutine? Il y a de la passion chez les opposants à l’accord PS-LFI. Ce new-deal à gauche, dont le quotidien Libération publie le contenu en entier, ne réserve pas seulement 70 circonscriptions sur 577 aux socialistes (dans l’actuelle Assemblée nationale, élue en 2017, ils occupent 44 sièges seulement). Il règle des comptes avec le passé et posent des jalons pour l'avenir.

Complet reniement du quinquennat Hollande

En résumé, c’est un complet reniement du quinquennat Hollande, le dernier président socialiste en date, rappelons-le. L’accord ne fait pas que détricoter les «lois travail», jugées contraires à l’intérêt des salariés, il abroge aussi les lois «séparatisme» (contre les groupes extrémistes, en particulier l’islamisme) et «sécurité globale» (qui accroît, entre autres, les pouvoirs de police).

Pour le PS, c’est ce qui s'appelle avaler son chapeau, et pour Jean-Luc Mélenchon, c’est une première grande victoire dans son entreprise de refondation de la gauche

Mais, à l’international, le PS se rattrape: la France reste dans l’Union européenne, garde la monnaie unique, tout en s’employant à rendre l’économie européenne moins «productiviste» et plus «écologique et solidaire»; «face aux atrocités décidées par Vladimir Poutine», les parties contractantes défendent «la souveraineté et la liberté de l’Ukraine».

En attendant le dernier mot

A qui l’Histoire donnera-t-elle raison? A Mélenchon? A ceux qui mettent en garde contre ce «marchand d’illusions»? L’union à gauche aux législatives, sous la bannière de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (NUPES), pourrait ne pas être cette construction parfaite voulue par la France insoumise. Il y aura des dissidences. Le Conseil national du PS doit se réunir jeudi pour valider l’accord somme toute historique conclu par son premier secrétaire Olivier Faure, avec son désormais partenaire en politique, Jean-Luc Mélenchon.

Manuel Valls, un retour en Espagne?

De son côté, l’ex-premier ministre socialiste Manuel Valls, sujet à moqueries sur les réseaux sociaux mais qui garde une stature d’homme d’Etat aux yeux de ses soutiens, sera investi dans une circonscription de Français de l'étranger englobant l'Espagne. Investi non pas par le PS, on s'en doute, mais par La République en marche, le parti du président Emmanuel Macron, réélu le 24 avril et pour l’heure favori des sondages, à un peu plus d’un mois des législatives.

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