DE | FR

L'arrivée des beaux jours ne suffira pas à ralentir le Covid

L'effet de la météo est très probablement négligeable sur la pandémie. En revanche, nos comportements humains, qui sont saisonniers, ont un impact.



Une separation de distance est visible entre des personnes profitant du soleil sur le deck de la

Image: KEYSTONE

Kieran Sharkey / the conversation

Un article de The Conversation

Le coronavirus SRAS-CoV-2, à l'origine de l'épidémie de Covid-19, pourrait être sensible à la saisonnalité, autrement dit se propager plus facilement en hiver qu'en été. Cette hypothèse est plausible, car les quatre autres coronavirus qui infectent habituellement l'être humain y sont sensibles. Qui plus est, il a été constaté que les infections, les hospitalisations et les décès liés au Covid-19 connaissent un pic en hiver, ce qui va dans le sens d'un effet saisonnier.

En outre, de nombreux comportements humains étant saisonniers, il est normal de s'attendre à ce qu'il existe un lien entre transmission virale et saisons. En été, nous passons plus de temps à l'extérieur, où le risque d'infection est beaucoup plus faible, et notre mode de vie est généralement plus actif qu'en hiver, ce qui peut améliorer la résistance de notre organisme aux infections. Nous sommes également plus susceptibles de bénéficier d'une exposition accrue au soleil, qui en augmentant les niveaux de vitamine D pourrait renforcer notre système immunitaire.

Il est aussi prouvé que le rayonnement ultraviolet (UV) de la lumière solaire réduit la durée de vie du virus sur les surfaces. Il est par ailleurs possible que l'humidité et la température aient une influence sur sa transmission. Combinés, ces facteurs auront probablement un effet sur la propagation du SARS-CoV-2.

Mais dans quelle proportion? Et quelles en seront les implications en matière de contrôle de l'épidémie de Covid-19, que ce soit à l'approche des mois les plus chauds ou au moment d'une potentielle résurgence hivernale? Jusqu'à présent, il n'existait pas de résultats de recherche concluants concernant l'influence des saisons sur la diffusion du SARS-CoV-2. Mes collègues et moi-même avons donc tenté de répondre à ces questions.

Évaluer l'impact du climat

Pour décrire la croissance d'une épidémie, les épidémiologistes utilisent le nombre de reproduction, aussi noté R. Plus le R est élevé, plus la propagation de l'épidémie est rapide. Initialement, sa croissance sera exponentielle, car personne n'ayant été exposé à la maladie, aucune immunité n'existe encore dans la population. À ce stade précoce, le nombre R qui décrit cette propagation est appelé R?, ou nombre de reproduction de base.

En utilisant des données provenant du monde entier, nous avons pu déterminer le R? de l'épidémie de Covid-19 dans 359 grandes villes. Chacune d'entre elles comptait plus de 500'000 habitants et avait connu une épidémie significative de Covid-19 en 2020.

La raison pour laquelle nous nous sommes concentrés sur de grandes villes plutôt que sur des pays entiers ou, à l'inverse, sur de plus petites populations, est que cette approche nous a permis d'analyser des épidémies présentant des caractéristiques de taille et de diversité géographique pertinentes pour établir des comparaisons valables.

En mettant en regard les données épidémiques de ces villes avec les informations sur leur démographie, leur climat et les mesures de contrôle des infections, nous avons pu déterminer si la propagation du virus était expliquée par l'un de ces facteurs plutôt que par un autre.

«Les effets des mesures prises par les gouvernements se sont avérés quatre fois plus importants pour expliquer les variations du R? que les différences en matière d'UV.»

Nous avons constaté que l'augmentation du rayonnement UV s'accompagnait d'une réduction de la vitesse de propagation du virus. En moyenne, le R? a diminué de 0.05 pour chaque augmentation de dix kilojoules par mètre carré (kJ/m²) dudit rayonnement UV quotidien (le rayonnement UV reçu par les villes de notre jeu de données était compris entre 30kJ/m² et 130kJ/m² environ).

Ne pas confondre corrélation et causalité

Les niveaux de rayonnement UV étant plus élevés en été, ces résultats suggèrent qu'il existe effectivement un effet saisonnier sur la transmission du coronavirus SARS-CoV-2. Cependant, il est important de noter que cette corrélation n'est pas synonyme de causalité: le rayonnement UV n'est pas nécessairement la cause de la diminution de la transmission observée, il peut également être corrélé à d'autres facteurs de causalité. On sait par exemple que plus le rayonnement UV est élevé dans une ville, plus celle-ci a tendance à être chaude.

Si nous n'avons pas trouvé de lien distinct et statistiquement significatif entre le R et la température ou l'humidité au niveau global, nous ne pouvons pas exclure pour autant l'existence de telles relations. Le lien entre la propagation virale et la température ou l'humidité pourrait avoir été masqué par les nombreux autres facteurs qui affectent le R?, ainsi que la forte corrélation qui existe entre le rayonnement UV et la température.

D'autres études ont notamment montré qu'il existerait une corrélation entre propagation virale et température, même si les preuves demeurent faibles.

Qu'est-ce que cela signifie?

L'effet du rayonnement UV que nous avons observé était statistiquement significatif, néanmoins il était relativement faible par rapport à d'autres facteurs. Les variations des valeurs de R que nous avons observées étaient davantage expliquées par les caractéristiques démographiques des villes (telles que leur taille et la quantité de pollution atmosphérique -un indice potentiel de l'industrialisation et de la congestion liée à la densité de population), ainsi que par les mesures de santé publique prises pour répondre à l'épidémie.

Les effets des mesures prises par les gouvernements se sont avérés quatre fois plus importants pour expliquer les variations du R que les différences en matière d'UV. Ce qui signifie, et c'est important, que ce sont nos décisions qui nous placent en position de garder le contrôle. Dans un avenir immédiat, les potentielles nouvelles vagues de la pandémie seront principalement déterminées par les restrictions que les gouvernements mettront en place, bien davantage que par la météo. À cela s'ajoutent les effets des vaccins anti-Covid-19 en cours de déploiement.

Prédictions difficiles

À plus long terme, des interrogations subsistent quant à savoir si le Covid-19 deviendra une infection endémique saisonnière similaire à la grippe et à celles dues à d'autres coronavirus. Nos recherches ont mis en évidence l'existence de facteurs saisonniers qui pourraient induire ce type de variation, une fois que le Covid-19 sera devenu, selon toute probabilité, une maladie infectieuse endémique.

Il est toutefois difficile de prédire la survenue d'un tel comportement dans un système aussi complexe que notre planète. Alors que nous sortons de la phase initiale de l'épidémie, le comportement à plus long terme de la transmission du Covid-19 dépendra probablement de nombreux autres facteurs. Parmi ceux-ci figureront probablement le niveau et la durée de l'immunité acquise par les individus infectés, l'efficacité et la durée de la protection fournie par les vaccins actuels et futurs, ainsi que l'évolution de nouveaux variants viraux.

Cet article a été publié initialement sur The Conversation. Watson a changé le titre et les sous-titres. Cliquez ici pour lire l'article original.

Une année de Covid-19, retour en images

1 / 13
Une année de Covid-19, retour en images
source: sda / alessandro crinari
Share on FacebookShare on TwitterShare via WhatsApp

Plus d'articles sur le thème «Covid-19»

L'Etat dépense des milliards pour lutter contre le Covid-19. Qui va payer pour ça?

Link zum Artikel

L'immunité Covid-19 existe-t-elle? Qui contrôle les autotests?

Link zum Artikel

Entre passeport vaccinal et confinement, le Covid dans le monde

Link zum Artikel

Les vaccins, efficaces ou non? Et le masque, c'est pour la vie? On fait le point

Link zum Artikel

Pour l'OFSP, l'attestation de vaccination doit devenir un certificat Covid-19

Link zum Artikel

L'Union européenne va limiter les exportations de vaccins

Link zum Artikel

Et vogue la troisième vague

Link zum Artikel

Le passeport vaccinal pour l'Europe (Suisse comprise), c'est quoi?

Link zum Artikel

Et si vous nous racontiez votre première année Covid?

Link zum Artikel
Montrer tous les articles

7 choses à savoir sur les variants du Covid

Les mutations du Covid font sans cesse la une des médias. Mais comment s'installent-elles et quelles sont leurs conséquences? Pour y voir plus clair, watson a interrogé la spécialiste en virologie médicale, Silke Stertz.

«Les mutations se produisent par hasard parce que le virus fait de petites erreurs lorsqu'il copie le matériel génétique», explique Silke Stertz, professeure à l'Institut de virologie médicale de l'Université de Zurich. «Dans la plupart des cas, cela affaiblit le virus, mais une minorité des mutations présentent alors un avantage par rapport au variant précédent». Ce processus est le fruit du hasard, on ne peut pas dire que le virus est «intelligent» et tente «volontairement» …

Lire l’article
Link zum Artikel