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Comment la pandémie a boosté le survivalisme

Image: Shutterstock
Élaborées dans les années 1970, les idées survivalistes ne se diffusent qu'aujourd'hui. Le contexte global a changé en cinquante ans et la crise sanitaire n'arrange rien.
24.05.2021, 12:08
Stéphane François / slate
Un article de Slate
Slate

Depuis une petite décennie, les thèses survivalistes se diffusent en France. Aujourd'hui, elles sont largement connues, comme le montre le fait divers récent de l'enlèvement de Mia, une petite fille de 8 ans, par sa mère, survivaliste et complotiste.

Le survivalisme postule l'idée d'un effondrement prochain des civilisations complexes (c'est-à-dire des civilisations en «dur», construites) auquel il faudrait se préparer. Les raisons de cette disparition sont diverses et suivent les contextes historiques du moment où elles sont formulées: au début des années 1970, ce fut l'idée d'une guerre nucléaire entre l'URSS et les États-Unis, puis la décennie suivante, celle d'une disparition du pétrole. Cette deuxième idée sera importante jusqu'au début des années 2000, en lien avec celle de la fin de la découverte des gisements de matières premières rares (comme les terres rares, le cuivre, etc.).

Depuis vingt ans, on a toujours cette logique d'effondrement, mais les causes sont devenues multiples: effondrement écologique, changement climatique, disparition des matières premières bon marché, mouvements migratoires incontrôlés, etc. On est face à une idéologie recherchant des signes de notre disparition à venir: tout est scruté et amplifié pour coller à cette vision millénariste du monde.

On retrouve dans le survivalisme aussi bien des militants d'extrême gauche que d'extrême droite. Les deux ont un discours écologique et décroissant affirmé, avec un rejet de l'État. Il s'agit d'une pensée radicale, qui échafaude une conception du monde tout autant radicale: il faut se passer de l'État et construire des bases autonomes pour maintenir la civilisation (là, évidemment, ça varie entre les groupes). Toutes les classes sociales et tous les âges sont représentés. Avec néanmoins un constat: le survivaliste est principalement un homme. La mère de la petite Mia est un profil plutôt rare dans ce milieu, sûrement parce que le survivalisme met en avant des discours et des postures virilistes.

Une tendance de fond marquée par l'écologie et la décroissance

Ce discours est, en soi, très cohérent: le monde que nous connaissons arrive à sa fin et il n'y a rien pour le remplacer si ce n'est le chaos. Il faut donc réapprendre les gestes de survie de nos ancêtres (comment faire du feu, chasser, purifier l'eau, se défendre, etc.). L'idéologie insiste énormément sur la capacité individuelle à se sauver. C'est une idéologie profondément individualiste, très proche d'un discours typiquement américain, promouvant les petites communautés autonomes et autarciques. Il faut dire que ce modèle sociétal est largement diffusé dans les médias, notamment dans le cinéma, depuis plus de trente ans...

Ceci dit, aujourd'hui, il y a des liens explicites entre la droite radicale, le conspirationnisme et le survivalisme: puisque nous allons, selon ces théories, vers une guerre ethnique, une colonisation inversée, voire une marée migratoire, il faut protéger «sa» terre et «sa» civilisation. Le complotisme joue à plein dans ce discours: la politique migratoire étant voulue et organisée par l'État, les instances internationales et le grand patronat (voire pour certains théoriciens, en particulier américains, les juifs), il faut se défendre.

Il y a une vision du monde très construite, bien qu'elle soit totalement paranoïaque, qu'on retrouve dans l'extrême droite depuis longtemps. La nouveauté réside dans l'ajout de la question écologique: le changement climatique aggrave cette situation en risquant de mettre sur les routes des hordes de réfugiés climatiques. En France, le premier à théoriser cela fut Guillaume Faye dans les années 1990.

Pour autant, est-ce un effet de mode? On peut en douter: les idées survivalistes ont été élaborées dans les années 1970, elles ne se diffusent que maintenant, soit cinquante ans plus tard. Ce qui a changé entre cette époque et aujourd'hui est le contexte global, avec des craintes de plus en plus importantes en ce qui concerne le climat et son changement. Nous sommes dans une époque plus anxiogène que les années 1980 (qui l'étaient déjà fortement: risque de guerre nucléaire, amenuisement des réserves de pétrole notamment). Aujourd'hui, il y a une tendance de fond, très marquée par l'écologie et la décroissance.

La crise sanitaire liée au Covid-19 a eu une incidence forte sur le survivalisme, en particulier en ce qui concerne la diffusion de messages anxiogènes et complotistes sur le rôle des vaccins. Il y a une défiance certaine à ce sujet: ils seraient dangereux soit parce qu'ils sont mal élaborés (Astrazeneca), soit parce qu'ils risquent de modifier notre ADN (ceux à ARN messager). En outre, ne l'oublions pas, les survivalistes sont à la recherche de signes de notre future disparition, et la pandémie en est un.

Si les idées survivalistes se diffusent dans la société, on ne peut pas dire qu'elles constituent un danger pour celle-ci. Les survivalistes ne cherchent pas à faire un coup d'État. Au contraire, ils souhaitent s'éloigner le plus possible de notre monde finissant. Il y a parfois des exceptions, tels les soutiens de la mère de Mia, notamment Rémy Daillet, qui souhaitent renverser l'État. Ils ne risquent de devenir un danger que si l'État tente de les interdire: il y aura alors une grande chance qu'ils s'y opposent violemment comme cela a été le cas aux États-Unis avec certaines milices, ou avec des groupes religieux millénaristes tels que les Davidiens de Waco.

Cet article a été publié initialement sur Slate. Watson a changé le titre et les sous-titres. Cliquez ici pour lire l'article original

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source: epa / michael reynolds
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