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Eric Zemmour à la chasse aux parrainages. Villampuy (Eure et Loir), 7 janvier 2022.
Eric Zemmour à la chasse aux parrainages. Villampuy (Eure et Loir), 7 janvier 2022. image: keystone
Présidentielle 2022

Et si Zemmour se voyait empêché de participer à la présidentielle?

Eric Zemmour, le candidat du parti identitaire Reconquête, peine à recueillir les 500 parrainages d'élus nécessaires à sa participation à l'élection présidentielle française. Faut-il s'en scandaliser?
10.01.2022, 18:5711.01.2022, 12:46

Il lui en faudrait 500. Pour l’heure, il n’en a que 330. «Très exactement 336», précise Denis Cieslik, membre de l’équipe de campagne d’Eric Zemmour, joint lundi par watson. «Et encore, ces 336 ne sont que des promesses», ajoute le jeune homme, chargé de la récolte des parrainages pour son candidat, chef du parti Reconquête.

42 000 parrains (potentiels)

Particularité de l’élection présidentielle française, pour pouvoir se présenter au scrutin, chaque candidat doit avoir reçu les parrainages, autrement dit le soutien, d’au moins 500 élus. Avec 42 000 élus – aux trois-quarts des maires – pouvant accorder ce sésame tant convoité, on pourrait croire à une formalité.

Eh bien non. Du moins pas pour tous les prétendants à la fonction de président de la République. L’affaire est d’autant plus compliquée, et d’autant plus sensible, que, depuis la présidentielle de 2017, les parrainages sont publics, alors qu’auparavant, ils pouvaient être anonymes.

«Ce serait un séisme»

Quel maire veut s’afficher comme soutien d'Eric Zemmour, un candidat d’extrême droite? «Il risque des représailles, de voir ses subventions sucrées», considère Denis Cieslik. «Si les maires pouvaient donner leur parrainage sans avoir à se faire connaître, Eric Zemmour en aurait 3000», assure-t-il.

Et lui, le préposé à cette inlassable quête, de prévenir:

«Si mon candidat devait ne pas obtenir les 500 paraphes nécessaires, ce serait un séisme remettant en cause la légitimité de l’élection présidentielle. Et même une première dans l’histoire de la Ve République en France.»
Denis Cieslik, membre de l'équipe de campagne d'Eric Zemmour

Une première? Pas tout à fait. En 1981, Jean-Marie Le Pen, l'ancien leader du Front national, le précédent nom du Rassemblement national présidé par sa fille Marine, n’avait pas obtenu les 500 signatures qui lui auraient permis de concourir cette année-là au scrutin majeur de la vie politique française.

Des promesses à la réalité...

A compter du 30 janvier et jusqu’au 4 mars, les candidats devront transformer les promesses en parrainages réels. On estime qu’il faut environ 700 promesses pour en obtenir 500 de sûrs à l’arrivée. Eric Zemmour n'est pas certain de les avoir. Marine Le Pen n’y est pas encore, pas plus que Jean-Luc Mélenchon: le candidat des «insoumis» annonce avoir engrangé 400 promesses à ce jour. On ne peut exclure une part d’intox dans les chiffres communiqués. C’est en tout cas un moyen de faire pression sur l’appareil démocratique au sens large du terme.

Inquiet, dénonçant sur la chaîne C8 un «déni de démocratie», Eric Zemmour a lancé jeudi un appel au président de l'Association des maires de France (AMF), David Lisnard, le maire Les Républicains (droite) de Cannes, lui demandant de réunir un pool de maires qui accorderait le nombre de parrainages voulu aux candidats crédités de «5 à 8%» d’intentions de vote dans les sondages.

David Lisnard a répondu le même jour qu’il était malvenu de changer les règles en vigueur à l’approche de l’élection et que, de toutes les façons, cette compétence incombait à l’Etat. Mais le président de l’AMF n’écarte aucune piste pour l’avenir, le retour à l’anonymat des parrainages, par exemple.

«Il est impératif de changer la règle des parrainages»

Il peut en effet paraître étrange que des candidats forts de 15% d’intentions de vote puissent être écartés du combat final, faute de parrainages suffisants. «Ce n’est pas normal. Anne Hidalgo, la candidate du Parti socialiste, peut compter sur le soutien de 2000 élus, alors qu’elle ne fait que 2% (réd: entre 3 et 4%) dans les sondages», s’insurge le Zemmour boy Denis Cieslik.

Vice-président du Conseil départemental de l'Essonne (région parisienne), Alexandre Touzet, du parti Les Républicains, joint par watson, estime qu'il est «impératif de changer l'actuel règlement des parrainages». Pour la prochaine fois, dans cinq ans, il prône l'instauration d'«un système mixte fait de parrainages anonymes d'élus et de soutiens de citoyens».

«On voit monter dans l'opinion des expressions radicales, à droite comme à gauche. Je préfère qu'elle puissent être représentées par des candidats à l'élection présidentielle, plutôt que de les voir s'exprimer en permanence dans la rue. Je pense ici entre autres aux gilets jaunes et aux antivax. Au passage, cela permettrait de mesurer leur poids électoral.»
Alexandre Touzet, vice-président Les Républicains du Conseil départemental de l'Essonne

Maire de Saint-Yon, une petite commune de 1000 habitants, Alexandre Touzet parrainera Valérie Pécresse à la présente élection présidentielle. «Non pas en tant que maire, mais comme vice-président du Conseil départemental de l'Essonne, précise-t-il. Mon conseil communal étant très pluriel sur un plan partisan, je ne souhaite pas l'engager par un tel acte.»

Andilly, 800 habitants, Haute-Savoie

Même précaution du côté d'Andilly. Le maire de ce village haut-savoyard de 800 habitants, Vincent Humbert, qui exerce la profession de coiffeur à domicile, ne veut d’«histoires» ni avec ses administrés, ni avec son conseil municipal:

«Depuis 15 ans que je suis maire, je n’ai jamais accordé un seul parrainage à quelque candidat que ce soit. Cela pourrait créer des tensions dans ma commune. Je souhaite terminer mon mandat actuel dans la sérénité»
Vincent Humbert, maire du village haut-savoyard d'Andilly

Les parrainages, c’est aussi la place laissée à la «combinazione». Ce à quoi Vincent Humbert entend justement échapper. «Vous savez, dit-il, Emmanuel Macron peut avoir intérêt à ce qu’un candidat comme Eric Zemmour ait ses parrainages.» Autrement dit, à faire monter l’extrême droite pour gêner la droite. «Comme l’a fait en son temps François Mitterrand avec Jean-Marie Le Pen», reprend le maire d’Andilly, qui connaît ses classiques.

L'ancien journaliste Zemmour fait la leçon à la presse

Eric Zemmour a présenté ses vœux à la presse lundi dans son QG de campagne parisien. En fait de vœux, un réquisitoire, avec des mots rappelant ceux qu'utilisait Donald Trump aux Etats-Unis pour fustiger les médias. «Vous êtes les hommes et les femmes les plus mal aimés de France. Qui ne vous aime pas? Le peuple, mes bons amis. C'est que le peuple a de la mémoire, de la jugeote et de la lucidité», a estimé l'ancien polémiste de CNews et du Figaro, ainsi que le rapporte BFMTV sur son site. Il leur a notamment reproché une «tendance moutonnière» et leur «culture woke».

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