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«J'ai 22 ans et je n'ai plus aucune libido»

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Cette semaine, pour «c'est compliqué» Lucile conseille Emma, qui ne ressent aucun désir sexuel.

Lucile Bellan / slate



«C'est compliqué», c'est quoi au fait?

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du coeur moderne dans lequel vous racontez vos histoires -dans toute leur complexité- et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par WhatsApp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici. Et pour retrouver les chroniques précédentes, c'est par là.

Un article de Slate

J'ai aujourd'hui 22 ans. J'ai réussi à remonter la pente depuis mes 19 ans, âge où je suis tombée enceinte, une grossesse avec de nombreuses hospitalisations et problèmes jusqu'à l'accouchement qui a fini en césarienne sous anesthésie générale. J'ai tellement eu peur de perdre ce bébé que, depuis qu'elle est là, je ne pense qu'à elle et j'ai su oublier mon passé... ça aurait été trop beau que ça le reste indéfiniment. En décembre, je suis retombée dans une dépression et tout m'est revenu en pleine figure. Le passé, les idées noires, la mutilation...

Puis j'ai eu un emploi, là où mon conjoint travaille, une petite entreprise de moins de trente personnes. Autant dire que tout le monde se connaît dans la boîte. Petit à petit, je me suis liée d'une amitié très forte avec mon responsable, qui a le double de mon âge. Nous en sommes venus à nous raconter nos vies et nos soucis personnels. À ce moment-là, je n'avais toujours plus connu la libido que j'avais eue plus jeune. On est devenu très proches, et il a su m'aider à remonter la pente. Il a même réveillé ma libido (sans qu'il ne se passe rien physiquement). Pendant deux mois, elle a explosé, pour le plus grand bonheur de mon conjoint. Mais voilà, je ne sais pas si je suis tombée amoureuse de mon responsable. De son côté, il a eu des soucis personnels, liés également à des problèmes amoureux. Je me suis sentie abandonnée, même si je sais que ce n'était pas voulu de sa part. Je suis retombée au plus bas, je n'avais plus aucune libido et mes symptômes dépressifs ont fait leur retour.

Depuis quelques jours, il va mieux et nous nous rapprochons, mais ce n'est plus comme avant. Je n'ai plus envie de rien.

Je vis mal cette situation, car cela fait cinq ans que je suis avec mon conjoint et que ma libido reste à zéro. Alors que cet homme, en trois mois, l'a faite exploser au point que j'ai eu des rêves érotiques à son sujet. Lorsque je me suis retrouvée «seule», mon désir sexuel a complètement disparu à nouveau. Pourtant, j'aime mon couple, j'aime ma fille, mais je ne ressens pas le besoin d'avoir des rapports sexuels. J'ai peur de finir par briser ma relation à cause de ça, d'autant plus que mon partenaire a goûté à deux mois de libido intense et, du jour au lendemain, plus rien...

J'attends de commencer une thérapie: cela va-t-il m'aider? J'ai de gros doutes.. J'ai l'impression que ce cauchemar ne se terminera jamais...

Emma

La réponse de Lucile à Emma

Chère Emma,

Les voies de nos désirs sont parfois impénétrables. Certaines personnes passent de 0 à 100 en quelques secondes à peine, tandis que d'autres auront besoin d'un contexte particulier. Pour certains, le ou la partenaire sera capital et d'autres n'auront absolument pas besoin de voir leur coeur battre pour avoir envie de partager une intimité. C'est parce que nous fonctionnons toutes et tous différemment que l'aventure a autant d'attrait et que la compatibilité totale a autant de valeur. Je pense que vous gagnerez à mieux vous connaître par la thérapie, et par là à vous rapprocher par la suite des conditions optimales de votre désir. Il est aussi possible que vous ne soyez pas vraiment attirée par votre compagnon ou que vous ayez besoin de conditions spécifiques pour lancer votre machine. Au regard de votre expérience, cela passera peut-être par des jeux de rôles, peut-être par une forme de domination psychologique (comme dans certains jeux BDSM). Ce qui me semble sûr, c'est que votre situation actuelle ne vous convient pas, et ne convient pas non plus à votre libido, et que le déclic ne peut pas venir que de vous.

À un moment de ce processus de compréhension de vous-même, il se posera forcément la question du désir que vous avez pour votre compagnon et de ce que vous avez envie de partager avec lui. Avec cette histoire, vous avez découvert que vous étiez capable d'avoir envie. Vous n'êtes donc pas totalement la source du problème. Et vous ne parlez pas de l'investissement de votre compagnon dans votre manque de désir ces cinq dernières années, alors qu'il me semble quand même important que ce chemin se fasse aussi, au moins en partie, à deux. S'il vous laisse seule sur cette route qui est censée menée à un épanouissement sexuel, il prend le sacré risque de se retrouver laissé sur le bas-côté.

Ce n'est évidemment pas la seule clé à tout ce problème, mais je vous invite à réfléchir à cette simple question: vous dites qu'en couple, vous n'avez pas eu de désir pendant des années, et vous semblez sous-entendre que le blocage vient de vous? Qu'est-ce qui a été fait en face pour que vous ayez envie de lui? La séduction marche dans les deux sens. Il est bien rare qu'une femme désire un compagnon comme une folle pendant des années, des décennies même, si le compagnon en question ne fait aucun effort de séduction et pas plus d'efforts pour donner du plaisir à sa partenaire. Ça ne marche tout simplement pas comme cela. Le désir se nourrit, se cultive et ce n'est que très rarement à sens unique.

Je pense donc que vous devriez envisager que ce qui vous pose problème puisse avoir des causes multiples, certaines venant de votre histoire et d'autres plus contextuelles. Je pense aussi qu'il est naturel dans notre société que vous ayez peur d'être «punie» pour votre manque de désir ou les fluctuations de ce dernier, mais vous devez prendre conscience que votre désir ne regarde que vous et que vous ne devez rien à personne sur ce plan. Parce que je suis féministe, je défends cette idée pour les femmes, mais elle est tout aussi vraie pour les hommes.

Rien ne vous oblige, dans aucun contrat relationnel, à une disponibilité sexuelle minimale, à exprimer visiblement votre désir de manière régulière ni même à jouir pour l'équilibre du couple. C'est beau quand ça fonctionne, magique même quand on est sur la même longueur d'ondes. Mais la vie et nos parcours individuels sont beaucoup plus riches et complexes que ça, et l'équilibre parfait et durable reste une exception. Ne vous ajoutez pas de la souffrance supplémentaire de ne pas arriver à atteindre un objectif illusoire. Prenez le temps de la thérapie pour vous, pour apprendre à mieux vous connaître et à mieux respecter vos limites. L'apaisement viendra naturellement si vous commencez par aborder votre vie, votre corps et votre désir avec bienveillance. Soyez heureuse d'avoir eu cette expérience qui vous prouve que vous pouvez, que vous savez, avoir envie. Maintenant, il ne reste plus qu'à trouver comment le reproduire. Encore une fois pour vous et pour personne d'autre.

Cet article a été publié initialement sur Slate. Watson a changé le titre et les sous-titres. Cliquez ici pour lire l'article original

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