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Attentat de Lockerbie contre un 747 de la Pan Am, le 21 décembre 1988.
Attentat de Lockerbie contre un 747 de la Pan Am, le 21 décembre 1988. Image: AP NY

Détournés, abattus, sabotés, les avions sont de vraies armes politiques

L'acte de piraterie commis dimanche par le régime biélorusse contre un jeune opposant politique rappelle que l'avion est souvent au centre des crises diplomatiques. Il rapatrie des otages, comme il est abattu par des missiles ou encore détourné.
24.05.2021, 17:2325.05.2021, 17:30

Dimanche, le régime de l’autocrate Alexandre Loukaschenko a forcé un avion de la compagnie Ryanair effectuant un vol entre Athènes et Vilnius en Lituanie à se poser à Minsk, la capitale biélorusse. Raison invoquée: une alerte à la bombe. Le vrai mobile est tout autre: la présence à bord de l’appareil civil de Roman Protassevitch, 26 ans, ancien rédacteur en chef du média d'opposition biélorusse Nexta. Le jeune homme, qui réside habituellement en Pologne, a été arrêté. L’Europe et les Etats-Unis exigent sa libération.

Ce coup de force rappelle que le ciel n’est pas le lieu politique sûr qu’on croit. Une fois dans les airs, la partie, pour l’opposant ou le fugitif, n’est pas gagnée. Quand l’avion n’est pas purement et simplement abattu. A l’inverse, la voie aérienne peut être celle de la délivrance et du retour au bercail.

Voici une brève histoire du ciel, en lien avec des événements guerriers, terroristes ou géopolitiques. En clair: les crises moyen-orientales, le terrorisme islamiste, la guerre froide, les relations toujours tendues entre l’Est et l’Ouest.

Quand Paris interdisait de survol le président bolivien

Si aujourd’hui la France condamne de la manière la plus ferme l’acte visant l’opposant biélorusse, en 2013, elle n’a pas fait preuve d’indépendance diplomatique en refusant, dans un premier temps, le survol de son territoire à l’avion qui transportait le président bolivien Evo Morales, de retour chez lui après avoir décollé de Moscou.

Motif? Paris soupçonnait la présence à bord de l’appareil du lanceur d’alerte américain Edward Snowden, auquel la Russie a offert l’asile. Finalement, après une escale forcée à Vienne en Autriche, l’avion du président Morales (démissionnaire en 2019), dans lequel Edward Snowden n’était jamais monté, rejoignit La Paz. Un épisode bien anodin au regard de ce qui suit.

Missile tueur et mystérieuse disparition

  • Le 17 juillet 2014, un Boeing 777 de la compagnie Malaysia Airlines, reliant Amsterdam à Kuala Lumpur avec 298 personnes à bord, est abattu par un missile alors qu’il survole l’Est de l’Ukraine. Il n’y a aucun survivant. Le drame intervient dans une zone agitée par une guerre civile opposant des Ukrainiens à des séparatistes pro-russes. Une enquête néerlandaise incrimine la Russie, qui dément. Le tir aurait visé accidentellement l’avion de ligne.
  • Autre événement tragique, resté inexpliqué, impliquant là aussi un Boeing 777 de la Malaysia Airlines, cinq mois seulement avant la tragique «bavure» survenue dans le ciel ukrainien. Après avoir décollé le 8 mars en pleine nuit de Kuala-Lumpur, capitale de la Malaisie, l’appareil qui devait rejoindre Pékin en Chine, disparaît des radars – ou leur fausse compagnie. La piste terroriste islamiste est un temps évoquée. L’avion se serait abîmé quelque part en mer à cours de carburant, laissant sans nouvelles les proches des 239 passagers qui se trouvaient à bord.
Les débris du Boeing 777 de la Malaysia Airlines, en Ukraine.
Les débris du Boeing 777 de la Malaysia Airlines, en Ukraine.Image: EPA

Guerre froide et terrorisme islamiste

D’autres avions de ligne abattus – volontairement ou «par erreur»:

  • Evénement majeur du début du 21e siècle, le 11 septembre 2001, quatre avions américains sont détournés par des djihadistes affiliés à al-Qaïda et lancés sur des cibles civiles, les Twin Towers de New York et le Pentagone. Ces attentats-suicide font au total près de 3000 morts et déclenchent deux guerres américaines, en Afghanistan d’abord, puis en Irak.
  • Dans la nuit du 8 au 9 janvier 2020, un missile iranien est selon toute vraisemblance à l’origine de l’explosion qui coûte la vie aux 176 passagers se trouvant à bord du Boeing 737 de la compagnie Ukraine Airlines reliant Téhéran à Kiev. L’avion vient de décoller de la capitale iranienne lorsqu’il est touché. Sans doute une erreur. Cette nuit-là, les Gardiens de la Révolution – les durs du régime iranien – envoient des missiles en direction de bases américaines en Irak pour venger l’assassinat de leur chef Qasem Soleimani, perpétré par les Etats-Unis.
  • En 1988, alors que la guerre Iran-Irak fait rage, c’est un missile américain – «tragique méprise» – qui abat un Airbus A300 iranien avec plus de 300 passagers à bord. Parti de Bandar-Abbas, en Iran, l’avion de ligne vole en direction de Dubaï lorsqu’il explose au-dessus du Golfe persique.
  • La même année, le 21 décembre, un attentat envoie au sol, à Lockerbie, au-dessus de l'Ecosse, un 747 de la Pan Am assurant la liaison Londres-New York. L'explosion fait 243 morts. La Libye de Mouammar Kadhafi est suspectée. Comme elle l'est l'année d'après dans l'attentat commis contre le DC-10 de la compagnie française UTA au-dessus du Ténéré, au Niger: 170 morts.
  • En 1983, une autre guerre sourde eet longue fait rage: La Guerre froide. Elle oppose le bloc de l’Est emmené par les Soviétique au bloc de l’Ouest, le « monde libre », protégé par les Etats-Unis. Le 1er septembre, un Boeing 747 de la Korean Airlines reliant New York à Séoul est abattu par un Soukhoï Su-1, un chasseur de la défense aérienne soviétique. Le tort de l’équipage aux commandes de l’avion de ligne, qui transporte 269 passagers? Avoir dévié de sa route et pénétré dans l’espace aérien soviétique.

L'avion libérateur: otages de tous pays, dont un Suisse

Mais tous nous voulons d’abord voir dans l’avion un objet de liberté. Un sauveur, un sauveteur.

  • Le Pont aérien. Entre 1948 et 1949, au début de la guerre froide, c’est l'avion qui, au prix de milliers de rotations, ravitaille Berlin-Ouest, cette enclave occidentale dont les frontières terrestres ont été fermées par les forces soviétiques.
  • En 1979, un 747 de Swissair décolle de Téhéran avec à bord six passagers clandestins: des diplomates américains ayant réussi à échapper à la prise d’otages, la même année, par les Gardiens de la Révolution, du personnel de l’ambassade des Etats-Unis dans la capitale iranienne, où le régime islamiste de l’ayatollah Khomeiny est en train de s’installer dans la ferveur mais aussi dans la peur. Ce dénouement heureux donnera un film sorti en 2012, Argo, de et avec Ben Affleck.
  • Enfin, l’avion, c’est l'image associée au retour dans leurs foyers de nombreux otages, au terme de leur détention au Moyen-Orient ou sur le continent africain pour la plupart d’entre eux. La France eut beaucoup de cas et elle en compte actuellement un au Mali. Le 14 juin 2014 à 1h20 du matin, l’otage suisse en Libye Max Göldi, retenu par le régime de Kadhafi en rétorsion à l’arrestation à Genève de son fils Hannibal, atterrissait à Zurich après 695 jours d'emprisonnement abusif.

Eruption du Nyiragongo en mai 2021

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Eruption du Nyiragongo en mai 2021
source: sda / rebecca blackwell
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