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Poutine dispose-t-il d'armes biologiques interdites? Voici ce que l'on sait

Les armes biologiques, tout comme les armes chimiques, sont proscrites et interdites par un accord international. Néanmoins, Stephen Herzog, expert en armes de destruction massive, estime qu'il est possible que le régime russe dispose d'un programme d'armes biologiques.
04.05.2022, 06:1204.05.2022, 07:02
Bruno Knellwolf / ch media

En plus des armes chimiques, l'arsenal de Poutine comprend-il aussi des armes biologiques? Il est difficile d'estimer le stock d'armes chimiques de la Russie. «Ce qui est encore plus opaque, c'est le potentiel russe et le programme d'armes biologiques», explique Stephen Herzog, expert en armes de destruction massive au Center for Security Studies (CSS) de l'EPF de Zurich.

Stephen Herzog du Center for Security Studies à l'EPF de Zurich.
Stephen Herzog du Center for Security Studies à l'EPF de Zurich.image: zvg

Les déclarations répétées de la Russie sur un programme d'armes biologiques mené par l'Ukraine donnent à réfléchir à l'expert militaire de l'EPFZ. Les services secrets affirment qu'il n'existe aucune preuve de cette accusation. Les laboratoires ukrainiens en question sont accessibles à la communauté internationale et servent à des fins académiques et commerciales, explique Herzog.

Il craint que ces fausses accusations ne cachent une stratégie de la part des Russes et parle d'un «effet miroir». Cela signifie que les Russes utilisent eux-mêmes leurs laboratoires biologiques civils à des fins militaires et pensent peut-être que les Ukrainiens pourraient faire de même. Si les Russes utilisaient alors effectivement des armes biologiques, ils feraient porter le chapeau au gouvernement ukrainien. Bien que cela soit totalement absurde.

«Il n'y a tout simplement aucune raison pour que l'Ukraine attaque ses propres citoyens avec des armes de destruction massive»
Stephen Herzog, expert en armes de destruction massive au Center for Security Studies

Ces armes ont été interdites en 1975 par la Convention sur les armes biologiques (Biological Weapons Convention). Les armes biologiques sont composées d'organismes vivants, de poisons biologiques ou d'agents pathogènes. Ceux-ci sont utilisés pour empoisonner ou infecter les victimes afin de propager les maladies. Si les agents chimiques de combat utilisent surtout des gaz neurotoxiques, la «guerre bactérienne» attaque avec des virus et des bactéries. «Parfois, des champignons et des insectes peuvent également être utilisés», explique Herzog.

Les Soviétiques avaient un programme biologique

La Convention sur les armes biologiques interdit certes les armes biologiques, mais n'inclut pas de contrôle par des inspecteurs. Cette renonciation s'explique par le fait que les pays inspectés doivent donner accès aux installations pharmaceutiques pour les inspections. Certains pays craignant un éventuel espionnage économique. Le traité a donc renoncé aux inspections.

«Cette faille dans l'inspection permet toutefois à certains pays de violer l'accord et de disposer d'armes biologiques»
Stephen Herzog, expert en armes de destruction massive au Center for Security Studies

L'Union soviétique avait un programme d'armes biologiques. Après son effondrement, le président russe Boris Eltsine a déclaré que ce programme existait toujours et n'avait jamais été arrêté. C'est pourquoi les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la Russie ont signé en 1992 un accord visant à fermer toutes les installations restantes et à se donner mutuellement accès aux inspections. Dans le cadre de cet accord, 49 installations d'armes biologiques soviétiques qui étaient en infraction avec le droit international ont été démantelées.

La Russie refuse les inspections

Ce qui reste, ce sont les installations pharmaceutiques russes. «Et c'est là que le contrôle s'est compliqué», explique Herzog. Les inspecteurs russes ont été autorisés à visiter les installations pharmaceutiques américaines et britanniques pour s'assurer qu'il s'agissait bien d'installations civiles. «Mais lorsque le moment est venu de procéder à des inspections en Russie, Moscou a mis fin à la coopération», explique l'expert en armement de l'EPFZ.

«De nombreux services secrets des pays de l'OTAN partent donc aujourd'hui du principe que la Russie entretient toujours un programme de guerre biologique offensive»
Stephen Herzog, expert en armes de destruction massive au Center for Security Studies

Ce qui serait une violation flagrante de l'accord sur les armes biologiques.

Les services secrets occidentaux sont dans le noir. Il est difficile d'estimer quelles armes biologiques les Russes utiliseraient en raison du manque de transparence internationale. Le programme soviétique d'armes biologiques, qui a débuté en 1920, comprenait l'anthrax, le botulisme, la variole, la peste et d'autres agents pathogènes. Pendant la guerre froide, les Soviétiques ont également développé l'Ebola et la fièvre aphteuse. Il a été rapporté qu'en 1990, l'Union soviétique avait fourni des armes antivarioliques au dictateur irakien Saddam Hussein. «Et en 1992, Eltsine a révélé qu'un accident d'anthrax dans un laboratoire soviétique illégal d'armes biologiques en 1979 avait fait 64 morts», explique Herzog.

Des cadavres contaminés dans l'approvisionnement en eau
Les armes biologiques ne sont pas une invention récente. La guerre biologique existe depuis des siècles. «Dans l'Antiquité, les armées déversaient des cadavres contaminés dans l'approvisionnement en eau de l'adversaire afin de nuire à la population civile», explique Stephen Herzog. Des maladies se sont ainsi répandues dans les villes. Pendant les guerres mondiales, des agents biologiques tels que les spores d'anthrax et le botulisme ont été utilisés comme armes. «Il existe quelques rapports historiques selon lesquels l'armée soviétique a peut-être utilisé la tularémie (peste du lièvre) comme arme pour résister au siège de Stalingrad par les nazis en 1942». Ces rapports n'auraient toutefois jamais été confirmés. (Kn.)

«Le programme le plus sophistiqué»

«En 1998, l'un des anciens scientifiques en chef de la guerre biologique de l'URSS a déclaré que les Soviétiques avaient perfectionné d'innombrables branches d'agents pathogènes résistants aux antibiotiques et qu'ils disposaient du programme de guerre biologique le plus sophistiqué au monde», explique l'expert de l'EPFZ. Ce savoir technique est certainement encore présent dans la Russie de Poutine. De plus, la communauté internationale n'a aucun moyen de contrôler les laboratoires russes dans le pays.

Stratégiquement, les armes biologiques ne sont pas des moyens de guerre efficaces. Leur but est de rendre malades les troupes de l'adversaire. Les dictateurs rancuniers peuvent en outre les utiliser pour punir la population civile ou, si celle-ci refuse de se rendre, pour affaiblir sa résistance.

En raison de leur faible utilité militaire, Herzog déclare: «Je pense qu'il est peu probable qu'elles soient utilisées par l'armée russe. Les bombes et les missiles ne se prêtent pas à l'utilisation de ces armes, car la grande chaleur des explosions peut tuer des agents pathogènes vivants». On sait toutefois que la Russie maîtrise techniquement la diffusion de l'anthrax par aérosols. Le pays est aussi capable de répandre l'agent pathogène sur des milliers de kilomètres carrés avec un seul avion.

Même sans armes biologiques, l'arsenal russe est terrifiant

Poutine n'a pas besoin d'utiliser des armes biologiques, car l'armée russe est capable de détruire des cibles avec des bombes, des missiles, des chars et de l'artillerie, même sans cela. Si Poutine les utilisait malgré tout contre des civils, il nierait avec certitude un tel crime de guerre, comme l'explique Herzog.

«Le monde est déjà témoin d'une intensification qualitative des types d'armes que la Russie est prête à utiliser contre l'armée ukrainienne et, ce qui est encore plus effrayant, contre la population civile»
Stephen Herzog, expert en armes de destruction massive au Center for Security Studies

L'expert militaire poursuit: «Il s'agit notamment d'attaques contre des écoles, des hôpitaux, des orphelinats et des gares où des familles cherchent à se réfugier pour fuir le conflit. Ces attaques comprennent l'utilisation potentielle d'armes d'horreur comme les bombes à vide et les armes chimiques, ainsi que l'utilisation confirmée de missiles hypersoniques, de bombes à fragmentation et de munitions au phosphore blanc».

Traduit de l'allemand par Nicolas Varin

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