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Bombes au phosphore: Poutine a déclenché «l'enfer sur terre» à Marioupol

L'armée de Poutine aurait utilisé une bombe au phosphore au-dessus de l'usine Azovstal, où se trouvent encore plusieurs personnes. On vous explique pourquoi elles sont si dangereuses.
16.05.2022, 18:57
Yasmine Müller

«À Azovstal, c'est l'enfer sur terre.» Selon le député du conseil municipal de Marioupol Petro Andriouchtchenko, les forces armées russes ont ouvert les portes de cet enfer: Azovstal, le dernier lieu de repli des troupes ukrainiennes dans la ville portuaire de Marioupol, aurait en effet été bombardé dimanche avec la redoutable bombe au phosphore.

Ce que nous savons de l'attaque présumée à la bombe au phosphore sur Azovstal et pourquoi cette arme est si dangereuse:

«Salutations russes après l'Eurovision»

Une pluie de feu, un feu d'artifice rouge vif au-dessus d'une ruine industrielle - c'est ce que l'on voit sur une vidéo qui fait le buzz sur les réseaux sociaux et qui est censée montrer l'utilisation de bombes au phosphore sur Azovstal. D'autres sources parlent de bombes au magnésium.

L'expert militaire britannique Hamish Stephen de Bretton-Gordon a confirmé à Reuters qu'il s'agissait d'une attaque avec des bombes au phosphore ou incendiaires. Or seuls des échantillons permettraient de savoir quel type de projectile a été utilisé. C'est pourquoi les déclarations concernant les bombes au phosphore à Marioupol ne peuvent pas être vérifiées à l'heure actuelle - mais il est certain que la Russie possède des bombes au phosphore qui ont déjà été utilisées par le passé.

La vidéo a été diffusée entre autres par le politicien ukrainien Andriouchtchenko via Telegram dimanche matin (heure locale). Celui-ci a écrit à ce sujet:

«Par le ciel, la mer, la terre: hier, pour la première fois, les occupants ont utilisé des bombes au phosphore contre les habitants de Marioupol.»

Sur les réseaux sociaux, on pouvait lire dans des commentaires haineux que les bombes au phosphore présumées seraient «les salutation russes» à la victoire ukrainienne à l'Eurovision.

Pourquoi sont-elles si dangeureuses?

Il n'est pas rare que les critiques utilisent le terme «arme d'horreur» pour décrire la bombe au phosphore. En effet, celle-ci a un pouvoir extrêmement destructeur sur les infrastructures et tue les gens dans d'extrêmes souffrances.

Les bombes au phosphore contiennent du phosphore blanc et du caoutchouc. Le phosphore blanc est la variante allotropique la plus réactive du phosphore et s'enflamme au seul contact de l'oxygène, ce qui produit une épaisse fumée blanche et une flamme pouvant atteindre 1300 degrés Celsius.

Le feu allumé par les bombes au phosphore ne peut pas être éteint avec de l'eau - il reprend quelques secondes après avoir été éteint. Le seul moyen d'étouffer l'incendie est d'utiliser du sable, par exemple.

L'utilisation de bombes au phosphore contre des personnes est perfide et destructrice, car en raison du caoutchouc, le phosphore blanc inflammable reste collé à la peau: Si les victimes essaient d'enlever ce mélange, il ne fait que se répandre davantage. Les victimes de bombes au phosphore peuvent ainsi être brûlées au troisième degré - certaines brûlent jusqu'aux os.

De nombreuses victimes des bombes au phosphore meurent dans d'atroces souffrances à cause des vapeurs toxiques contenues dans l'épaisse fumée blanche, comme l'écrit Human Rights Watch. La mort survient plusieurs jours après l'inhalation des vapeurs de phosphore - en raison de lésions hépatiques, cardiaques ou rénales. Ceux qui survivent malgré tout doivent en général lutter toute leur vie contre des handicaps.

Une utilisation limitée

Malgré ces conséquences désastreuses pour l'être humain, les bombes au phosphore ne sont pas considérées comme des armes chimiques. Mais leur utilisation contre des personnes est limitée par le droit international humanitaire.

Il est entre autres interdit de les utiliser contre une cible militaire lorsque celle-ci se trouve dans une zone peuplée et que l'attaque est menée par voie aérienne. Cette règle est inscrite dans un protocole additionnel aux Conventions de Genève - le fondement du droit international public.

Par ailleurs, le principe de droit international conventionnel qui interdit l'utilisation d'armes, de projectiles et de substances susceptibles de provoquer des souffrances inutiles est en vigueur.

Selon les informations ukrainiennes, environ mille combattants ukrainiens sont toujours retranchés à Azovstal. Des civils se cachent encore à Marioupol même. Ainsi, l'utilisation de bombes au phosphore sur Azovstal et Marioupol, telle que décrite par Andriouchtchenko, serait une violation du droit international.

L'utilisation de bombes au phosphore n'est toutefois pas interdite. Elles sont ainsi utilisées comme bombes tactiques militaires, par exemple pour dissimuler des mouvements de troupes.

Dès la Première Guerre mondiale, le phosphore blanc a été utilisé comme arme tactique en raison de ses effets incendiaires et fumigènes. Il n'a toutefois été utilisé à grande échelle comme bombe incendiaire qu'au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Dans un passé relativement proche, des bombes au phosphore auraient également été utilisées par plusieurs forces armées dans le cadre de conflits armés au-dessus de zones habitées. Par exemple, les forces armées israéliennes ont largué des bombes au phosphore lors de la guerre du Liban en 2006 et dans la bande de Gaza en 2009. Ces deux utilisations ont été confirmées par Israël, qui a confirmé par la suite qu'il n'utiliserait plus d'obus d'artillerie au phosphore blanc.

Autre exemple: en 2005, les Etats-Unis ont largué des bombes au phosphore lors de la deuxième guerre d'Irak. L'«United States Army» l'a d'abord nié, avant de l'admettre plus tard.

Dans les deux cas, il n'y a pas eu de condamnation pour utilisation de bombes au phosphore sur des zones peuplées. Ni Israël ni les Etats-Unis n'ont signé le protocole additionnel des Conventions de Genève.

Les armes d'horreur de Poutine auraient également été utilisées plus tôt dans la guerre actuelle en Ukraine. La déléguée ukrainienne aux droits de l'homme, Lyudmyla Denissova, a accusé la Russie d'avoir utilisé des munitions au phosphore à Louhansk le 13 mars. Selon les autorités ukrainiennes, des bombes au phosphore auraient été larguées en mars à Popasna, Kramatorsk, Irpin, Hostomel et Rubishne. Aucune de ces attaques n'a pu être vérifiée jusqu'à présent.

Témoignage d'une famille de réfugiés

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