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Netflix a payé 55 millions pour une série qu'on ne verra jamais

Netflix a déboursé 55 millions pour une série qu'on ne verra jamais.

Netflix a déboursé 55 millions pour une série qu'on ne verra jamais

Carl Erik Rinsch n'avait réalisé qu'un seul film quand Netflix a tout misé dans son scénario de science-fiction. Mais une fois le budget en poche, le cinéaste le dilapidera en crypto, montres et voitures de luxe, tout en développant des théories loufoques sur le Covid-19. Drôle de récit.
24.11.2023, 16:4324.11.2023, 18:12
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Cette histoire abracadabrante mériterait à elle seule une série sur Netflix, tant les rebondissements sont nombreux et insolites. Le feuilleton, c'est le New York Times qui l'a dévoilé cette semaine. Et le programme est plutôt chargé: une série fantôme, beaucoup d'argent, un peu de complotisme, une hypothermie, cinq Rolls-Royce, de la drogue, d'étranges prédictions, des éclairs, pas mal de bitcoins et un divorce.

Tout commence pourtant avec une bonne nouvelle. En 2018, Carl Erik Rinsch signe un contrat plutôt dodu avec Netflix.

Pour ce réalisateur qui vit à Los Angeles, c'est un saut que l'on peut qualifier de quantique. Avant le jackpot, Carl Rinsch avait fait un peu parler de lui en 2010, lors du Festival international de la publicité à Cannes, armé d'un court-métrage baptisé The Gift. Un coup de projecteur qui a failli lui offrir la réalisation d'un préquel d'Alien, mais le projet sera finalement confié à quelqu'un d'autre.

Trois ans plus tard, il posera tout de même un orteil à Hollywood, avec 47 Ronin, son premier (et unique) long-métrage, qui se déroule dans le Japon de la fin du Moyen-Age. Hélas, malgré la présence de Keanu Reeves au casting, cette épopée fantastique, et au budget faramineux, sera un flop aussi bien critique que commercial.

Keanu Reeves, dans le navet 47 Ronin.
Keanu Reeves, dans le navet 47 Ronin.

Loin de se laisser démonter par l'échec, et secondé par son épouse Gabriela Rosés Bentancor, mannequin et créatrice de mode uruguayenne, il commence à torcher le premier jet de cette fameuse série de douze épisodes. Titre de travail? White Horse, en référence au premier cavalier de l’apocalypse.

Bien avant l'arrivée de Netflix dans l'équation, l'homme tournera des scènes au Kenya ou en Roumanie, avec les moyens du bord, des comédiens européens, son propre argent et le soutien d'une petite boîte de production. Sa femme y a également investi quelques petits sous et son nouveau pote Kanu Reeves viendra lui-même filer un petit coup de pouce financier.

Les conditions de tournage sont précaires, ce qui poussera les acteurs et les techniciens à se plaindre, en crescendo. L'une des actrices principales fera par exemple une grave hypothermie en Roumanie, sa jambe nue ayant été immergée plusieurs heures dans la neige.

L'objectif de ces premières semaines de tournage est de mettre six épisodes de 10 minutes en boîte, pour être en mesure de draguer les plateformes de streaming.

Bingo. Très vite, plusieurs plateformes de streaming jouent des coudes pour produire cette série de science-fiction, dont Amazon, qui fut à ça de rafler la mise, avant le coup de poker de Netflix. Rappelons qu'au pied des années 2020, les séries SF sont en plein boom et les productions mouillent leur chemise pour en chasser un maximum sous le nez du féroce concurrent.

«Cindy Holland, vice-présidente du contenu original chez Netflix, a appelé Rinsch chez lui un dimanche, pour lui proposer des millions de dollars supplémentaires. Mais aussi quelque chose que les studios lâchaient rarement aux réalisateurs: le final cut»

Le pitch de cette série? Un inventeur met au point une nouvelle espèce, similaire à l'être humain et basée sur l'intelligence organique (les O.I.), qu'il envoie ensuite à travers la planète pour fournir une aide humanitaire de premier ordre. L'expérience va (évidemment) déraper. Et le projet sur lequel Netflix a misé suivra la même dégringolade tragique, puisqu'il... ne verra jamais le jour.

Sur le tournage de la série qui n'existe pas.
Sur le tournage de la série qui n'existe pas.dr

Quelques mois avant l'arrivée du Covid-19, White Horse change de nom pour devenir Conquest et, avec le budget de Netflix qui se monte à 55 millions de dollars, Carl Erik Rinsch se met au boulot. Mais malgré des conditions optimales, le tournage se fait attendre, puis péclote et s'interrompt régulièrement. Pour des raisons qui n'ont pas grand-chose à voir avec le cinéma. L'équipe est régulièrement malmenée et le réalisateur, selon le futur témoignage de son épouse, voit sa santé mentale se détériorer progressivement. Sous amphétamine pour soigner son hyperactivité, il est suivi par «un consultant en santé comportementale» engagé par sa moitié.

Il évitera de justesse la cure de désintoxication.

Le NY Times, qui a pu se procurer des SMS et des emails, évoque l'attitude de plus en plus étrange de ce dernier. En 2020, alors que la pandémie bouscule la planète entière, le cinéaste se montre particulièrement bouleversé par l'ampleur de la catastrophe sanitaire. Carl tricote peu à peu des théories sans queue ni tête et envoie des SMS cryptiques à ses interlocuteurs chez Netflix, enrichis «de gribouillis incompréhensibles».

En parallèle, les délais de tournage ne sont pas tenus et l'argent commence déjà à manquer. La plateforme de streaming, alors à mille lieues de comprendre ce qui se trame réellement, accepte de lui allouer une petite rallonge. Mais Carl commence à bidouiller dans ses comptes bancaires et s'aventure dans des investissements dangereux, notamment liés à des sociétés pharmaceutiques spécialisées dans le traitement contre le Covid-19.

Alors que personne n'a jamais pu jeter un seul oeil sur les rushs, en 2021, tout s'effondre. Après d'impossibles tractations et tentatives de sauvetage, Netflix lui annonce par email l'arrêt du financement de la série Conquest. Furax, Carl Rinsch clame qu'il est «saint d'esprit et de corps» et compte bien se venger de la plateforme. Et avec les 10 millions de dollars de budget qui lui reste, le cinéaste jettera son dévolu sur la cryptomonnaie. Mais pas seulement. Le NY Times, qui se base sur ses relevés bancaires transmis par son épouse, évoque une période d'achats particulièrement compulsifs:

«Cinq Rolls-Royce, une Ferrari, une montre Vacheron Constantin (d'une valeur de 387 630 dollars), des meubles haut de gamme et des vêtements de créateurs»
Le NY Times

Un caddie qui se monte à 8,7 millions de dollars.

A la même période, sa femme confesse que Carl semble définitivement perdu dans les limbes de son esprit «perturbé». Alors qu'il l'avait emmenée un soir sur les collines d'Hollywood, il se serait mis à pointer les avions de son index, pour les décrire ensuite comme des «forces organiques et intelligentes, venues lui dire bonjour». Il affirmera aussi «avoir découvert le mécanisme secret de transmission du Covid-19 et être capable de prédire les éclairs».

Sa femme demandera le divorce en juillet 2021.

En novembre 2023, Carl Erik Rinsch et Netflix sont toujours engagés dans une «procédure d’arbitrage confidentielle». Alors que le cinéaste demande 14 millions de dollars pour «rupture de contrat», la société assure qu'«après beaucoup d’efforts, il est devenu évident que Rinsch n’allait jamais terminer le projet qu’il avait accepté de réaliser».

Contacté par le journal américain, le réalisateur n'a pas voulu s'exprimer. Sur Instagram, peu avant la sortie de l'article, il se plaindra, en avance, des informations «inexactes», notamment sur le fait qu'il aurait «perdu la tête d’une façon ou d’une autre». Il supprimera son compte dans la foulée.

Et personne ne pourra jamais déguster la série Conquest.

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