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Pourquoi cette experte est pleine d'espoir pour le climat

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Pourquoi cette experte est remplie d’optimisme pour le climat

La crise climatique vous désespère? Vous pensez que presque personne ne fait rien et que ceux qui s'engagent ne le font pas assez? La scientifique allemande Frauke Röser voit les choses différemment. Il est temps de faire preuve d'un peu d'optimisme. On a bien dit «un peu».
06.01.2024, 15:4206.01.2024, 16:43
Aylin Erol
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En 2015, lors de la conférence des Nations unies sur le climat, 197 pays et l'UE ont signé un traité international contraignant pour freiner le changement climatique. Mais presque dix ans se sont écoulés depuis la conclusion de l'accord de Paris et rien ne semble avoir changé.

Frauke Röser a toutefois voulu marquer cet anniversaire en publiant un rapport optimiste qui présente cinq améliorations. L'experte allemande en politique climatique, et cofondatrice du New Climate Institute, explique l'importance de leur influence sur la crise.

Pourquoi avoir rédigé ce compte-rendu «optimiste» sur le climat?
Frauke Röser: Je travaille depuis plus de 20 ans dans le domaine. Et tôt ou tard, la plupart des scientifiques de ce milieu arrivent à se demander: «Qu'est-ce que je fais ici? Mon travail en vaut-il la peine? Notre société progresse-t-elle dans la lutte contre le changement climatique?» C'est pourquoi j'aime dire que ce rapport cherche à assouvir un besoin «thérapeutique».

Vous l'avez donc principalement rédigé pour vous-même?
Bien sûr que non, pas uniquement pour moi. Mais oui, j'avais bien besoin d'un peu d'optimisme, comme beaucoup de monde. Mais nous voulions aussi montrer à ceux qui s'engagent à toutes sortes de niveaux pour la protection du climat que leurs efforts n'ont pas été vains.

«Nous avons cherché à contrer les gros titres négatifs dont on est bombardés au quotidien»
Cinq évolutions positives:
1. La prise de conscience et les actions civiles en matière de changement climatique ont augmenté au sein d'une grande partie de la population et dans le monde entier.
2. Tous les secteurs sociaux et économiques concernés mènent désormais une politique climatique. L'ensemble des pays de l'économie mondiale avoue la nécessité de réduire les émissions à zéro.
3. Sous la pression sociale, investisseurs et entreprises se sentent de plus en plus obligés de reconnaître que la crise climatique constitue une menace pour leurs modèles d'affaires et leurs portefeuilles d'investissement.
4. L'abandon des combustibles fossiles fait aujourd'hui l'unanimité. Ce qui reste à définir: le calendrier. Les énergies renouvelables sont l'avenir, et la politique et l'économie commencent à le comprendre.
5. Les acteurs de tous les secteurs commencent à reconnaître l'importance capitale de l'électrification et à agir en conséquence.

Nous le constatons également dans nos propres statistiques: les articles sur le changement climatique intéressent de moins en moins. Beaucoup de gens en ont assez des nouvelles pessimistes, de la panique liée à cette question.
Tout à fait d'accord avec vous. J'espère donc que notre travail redonnera un peu de courage et montrera qu'abandonner n'est pas une option. Car je pense que le plus dangereux, c'est quand les gens se résignent. Quand ils pensent qu'ils ne peuvent plus rien faire contre le changement climatique. Car ce n'est pas vrai.

Les résultats vous ont-ils vous-même surprise?
Bien qu'on sache déjà beaucoup de choses en théorie, deux points m'ont tout de même surprise, oui. Tout d'abord, les prévisions concernant les émissions mondiales. Pour la première fois, on ne table plus sur une hausse constante des émissions mondiales, mais sur un aplatissement de la courbe. Et dans les pays du G20, la courbe commence même à descendre, pour la première fois.

«C'est déjà un bon début, mais cette évolution n'est évidemment pas assez rapide»

Et quel est le deuxième point?
Il concerne les variations de température. Partant de ces cinq fameuses «bonnes nouvelles», nous avons calculé une hausse globale des températures de 2,7 degrés d'ici 2100. C'est naturellement encore trop. Mais ça constitue une nette amélioration par rapport aux 3,7 degrés que la science prévoyait il y a encore dix ans. Nous avons réduit d'un degré entier! C'est remarquable, car chaque dixième de degré compte.

Selon votre rapport, l'objectif de limiter le réchauffement à 1,5 degré d'ici 2100 est encore atteignable. N'est-ce pas de la poudre aux yeux?
Ce n'est pas de la poudre aux yeux. En théorie, cet objectif est encore à notre portée. Mais il s'agit tout de même d'un pronostic très, très optimiste, oui. Malgré tout, nous ne devons pas nous détourner de cet objectif. Car si nous dépassons les 1,5 degré, cela signifie que des millions de personnes perdront leurs moyens de subsistance.

Frauke Röser Expertin für Klimapolitik
Frauke Röser est politologue spécialisée dans la politique climatique.Image: zvg

Quelle est votre conclusion après cette publication?
Elle redonne espoir, mais un espoir prudent: nous avons pu mettre en évidence des évolutions sociales, politiques et économiques encore inimaginables il y a dix ans. Ces évolutions sont-elles suffisantes? Non, bien sûr que non. Est-ce que les choses vont assez vite? Non plus. Voilà pourquoi l'équilibre entre optimisme et naïveté reste difficile à trouver. Nous ne voulions pas publier un rapport complètement déconnecté de la réalité, voire pire, arriver à un résultat contre-productif.

Avez-vous justement un exemple de ce qui était impensable une décennie en arrière?
Dans l'industrie lourde, dans le secteur de l'acier, on discute maintenant de ramener les émissions à néant. Il y a dix ans, on n'y pensait même pas.

L'humanité est-elle donc au moins sur la bonne voie pour résoudre la crise climatique?
Non!

Votre réponse a fusé!
Oui, et pour cause: nous ne sommes malheureusement pas sur la bonne voie. Nous ne nous trouvons même pas au début du chemin. Nous sommes au milieu d'une crise climatique qui n'est pas suffisamment prise au sérieux au niveau politique. Et le plus gros problème reste l'absence de transformation systémique.

Qu'entendez-vous par là?
L'exemple des voitures électriques peut nous éclairer. Nous investissons désormais dans des moyens de transport plus respectueux du climat. C'est très bien. Mais avec cette stratégie, nous remplaçons simplement à long terme tous les véhicules à combustion par de l'électrique.

«Donc, au final, plus de voitures, alors qu'il en faudrait justement moins et qu'il s'agit d'adopter des concepts de mobilité plus larges»

Nous continuons à régler la crise par la surconsommation. Mais en réalité, il nous faut précisément l'inverse. C'est pourquoi une transformation systémique demeure fondamentale.

Quelle est la conclusion qui vous donne le plus d'espoir aujourd'hui?
L'impossibilité de prédire précisément l'avenir. Malgré toutes les recherches et les calculs. Nous le constatons avec l'industrie solaire. Les experts ont toujours sous-estimé son développement. Mais ces dernières années, elle a connu une ascension fulgurante. Cela me laisse croire que les énergies renouvelables s'imposeront beaucoup plus rapidement que prévu et qu'il ne sera bientôt plus rentable d'investir dans les combustibles fossiles et les technologies qui y sont liées.

Quel serait votre souhait pour l'avenir?
Que nous ne dépassions pas le seuil de 1,5 degré et que les combustibles fossiles disparaissent. Sur le plan social et politique, je souhaite que la crise climatique soit prise au sérieux par tous les partis et que les politiques agissent pour y remédier.

Et quel serait votre souhait pour 2024?
Ce consensus en politique, justement. Je souhaite que l'on cesse enfin de faire de la récupération politique et idéologique avec cette crise. Et qu'on arrête aussi de remettre en question l'existence réelle du changement climatique. Que l'on parvienne à collaborer de manière non partisane. Contre la crise climatique.

«Les démocraties au moins devraient y parvenir»

Adaptation française: Valentine Zenker

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