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Solide sur la pelouse, déplorable dans les coulisses, Idrissa Gueye est éclaboussé par une polémique.
Solide sur la pelouse, déplorable dans les coulisses, Idrissa Gueye est éclaboussé par une polémique. Image: sda
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Le cas Idrissa Gueye éclaire toute l’hypocrisie du football

La polémique enfle autour du milieu de terrain sénégalais du PSG, qui a refusé de jouer à Montpellier samedi. Pas de blessure, mais un rejet du maillot arc-en-ciel imposé dans le cadre de la journée de lutte contre l'homophobie.
17.05.2022, 06:0117.05.2022, 06:42
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Mauricio Pochettino s'avance en conférence de presse, annonce qu'Idrissa Gueye «a effectué le voyage à Montpellier», mais que «pour des raisons personnelles», il a dû «sortir de la feuille de match». «Mais il n’était pas blessé», ajoute-t-il. Les médias s'en emparent, les associations mettent la pression sur le club tandis que l'entourage du joueur se refuse à tout commentaire. La polémique est lancée.

On assiste à des questions sans réponses, des voix qui s'élèvent et dénoncent le boycott du milieu sénégalais. Son acte relance la question du droit de refuser, de la liberté d'expression, du contrôle de l'image et même de la religion. L'épisode Gueye, en réalité, révèle bien des failles dans le système politico-sportif actuel.

Le 12 janvier, Patrice Evra expliquait au Parisien, en marge de la publication de son autobiographie I Love This Game, que lorsqu'il jouait en Angleterre, des joueurs refusaient de jouer avec des homosexuels. «Au moins deux joueurs par club sont homosexuels, mais dans le monde du foot, si tu dis être homo, c’est fini.»

Cette constante hypocrisie, alors que les footballeurs portent sans vergogne les couleurs arc-en-ciel de la lutte LGBTIQ+, démontre que le malaise est profond. Il y a une hypocrisie crasse dans le sport, c'est un fait, surtout dans le foot.

Image: Twitter

C'est la même hypocrisie qui, aujourd'hui, fait d'Idrissa Gueye un mauvais garçon et un homophobe notoire. Or n'est-il pas libre de ses faits et gestes, de ses convictions, comme le revendiquent pour eux-mêmes de nombreux professionnels du ballon rond?

Cette nouvelle obsession du contrôle de l'image par les stars du football est saluée par la majorité des internautes lorsque Cristiano Ronaldo et Paul Pogba décident de retirer des sodas ou des boissons alcoolisées en conférence de presse. Le milieu français expliquait que sa religion lui interdisait de voir son image associée à de la bière. Ici, la décision est applaudie, on entend à tire-larigot: au moins ils osent, eux.

Pour le cas Idrissa Gueye, n'est-on pas face à un acte semblable? Ses convictions religieuses l'empêchent d'adhérer à un mouvement, aussi décevant soit son raisonnement. Dans une certaine mesure, la question du multiculturalisme est défendue bec et ongle dans les différents clubs, dans le sport en général. Mais dès que la prise de position va à l'encontre du discours mondialisé et dominant, c'est un tollé. Patatras, il est inconcevable de faire face à l'inclusion.

On en vient même à sacrifier la liberté d'expression, si importante aux yeux de militants assoiffés de justice sociale. Wilfried Zaha, l'attaquant (de couleur) de Crystal Palace, n'avait pas mis le genou à terre pour manifester son soutien au mouvement Black Lives Matter. Un acte fort et courageux, une façon de dénoncer une véritable supercherie pour bien des footballeurs. Oui, ça met le genou à terre et ça profère des insultes racistes juste derrière. Où est la cohérence?

Wilfried Zaha cette saison.
Wilfried Zaha cette saison.

Zaha a frappé juste avec ses mots. Il dénonce et observe que tout ça n'est qu'une routine, une action sans réflexion.

«Je pense que s’agenouiller est devenu une partie de la routine d’avant-match et, pour le moment, peu importe que nous nous agenouillions ou que nous nous tenions debout, certains d’entre nous continuent de subir des abus raciaux.»
Wilfried Zaha

La posture de nombreux joueurs cache non pas une prise de conscience, mais une inflexion. On arrête des matchs pour des chants homophobes, mais certains joueurs restent profondément homophobes - qui plus est supportés par une bande d'ultras à l'encéphale carbonisé.

L'affaire Gueye démontre une chose: notre société souhaite avancer et faire entrer dans le rang les plus récalcitrants, mais plus vous appuyez, plus elle s'enferme et répond par des comportements radicaux.

A force d'imposer une idéologie qui n'est pas possible pour certains acteurs, la réponse est ferme. Dans ce cas-là, commençons par respecter l'avis de l'autre, tolérons le choix de l'autre et, cette phrase si chère à tant de démagogues, entamons un travail de fond pour tenter d'enrayer la problématique. Avec un poil de nuance, les luttes pourront enfin pousser des personnes à s'ouvrir et mesurer leur cruel manque d'ouverture d'esprit.

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