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«Sortis à la mi-temps à bout de forces»: ces clubs suisses et le ramadan

De gauche à droite: Christoph Galtier (entraîneur du PSG), Christian Constantin (président du FC Sion), Antoine Kombouaré (entraîneur du FC Nantes).
De gauche à droite: Christoph Galtier (entraîneur du PSG), Christian Constantin (président du FC Sion), Antoine Kombouaré (entraîneur du FC Nantes).image: shutterstock, montage saïnath bovay
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«Sortis à la mi-temps à bout de forces»: ces clubs de foot romands et le ramadan

«Ramadan Gate»: sur fond d'affaire Galtier, l'ex-international Samir Nasri vient de pousser un coup de gueule. Le jeûne musulman est présent dans le foot suisse aussi. Enquête.
17.04.2023, 18:5305.05.2023, 12:14
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En pleine polémique sur la pratique du ramadan dans le milieu du foot français, Samir Nasri a poussé un coup de gueule. Ça s’est passé dimanche soir, dans le «Canal Football Club». L’ex-international français, «joueur à problèmes» aux yeux de Didier Deschamps qui ne l'a pas sélectionné pour le Mondial brésilien de 2014 (un cas Benzema avant l’heure), a déclaré: «Pourquoi les clubs devraient savoir si les joueurs font le ramadan? A mon époque, on ne me posait pas la question de savoir "fais-tu le ramadan ou non ?" (…) Pourquoi, il y a vingt ans, on ne leur posait pas la question?» Réponse d’un journaliste de l’antenne, Philippe Carayon: «Parce qu’il y avait moins de musulmans dans les effectifs.»

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Ce parler cash témoigne des tensions identitaires qui traversent la société française. Il n’y avait pas de raison que le «Canal Football Club» y échappe. Le vif échange de dimanche soir fait suite à l’éclatement de l’«affaire Galtier», le 12 avril. Lorsqu’il dirigeait l’OGC Nice, l’actuel entraîneur du PSG aurait tenu des propos racistes et antimusulmans, selon le directeur sportif de l’équipe azuréenne. Christophe Galtier aurait notamment souhaité se séparer de joueurs musulmans en raison de leur pratique du ramadan, le jeûne (ni nourriture ni boisson du lever au coucher du soleil) affectant selon lui leur rendement sportif. Le coach parisien a démenti et annoncé des dépôts de plaintes.

Début avril, invoquant la neutralité religieuse, la Fédération française de football avait allumé les feux en interdisant aux joueurs pratiquants de s'alimenter en cours de match aux heures prévues par le calendrier musulman. Au même moment, fidèle à sa «règle» – on ne jeûne pas les jours de match, en dehors, on peut –, l’entraîneur du FC Nantes, Antoine Kombouaré, suspendait de compétition son arrière-gauche Jaouen Hadjam, 20 ans et toute la fougue de sa foi non négociable.

Pas une sanction, jurait Kombouaré, mais une mesure s’appliquant au jeune joueur pendant la durée du ramadan, tant qu’il refuserait de déroger à la règle, cette fois-ci religieuse. Un accord a-t-il été trouvé? Hadjam était de retour sur le terrain en titulaire, dimanche, pour le déplacement à Auxerre (défaite 2-1).

Sion s'est privé d'un joueur qui fait le ramadan

Et en Suisse? Comme en France, pourrait-on dire. Comme en France, des joueurs font ramadan. «Hier (dimanche), l’entraîneur n’a pas pris un joueur pour aller jouer à GC», confie Christian Constantin, le président du FC Sion (qui s’est imposé 3-1 à Zurich). La raison: ce joueur musulman jeûne durant le mois sacré en islam, y compris les jours de match. «Le coach a estimé qu’il ne serait pas en forme», ajoute le patron du club sédunois. La doctrine à Sion est la suivante:

«Comme au Real Madrid, on demande aux pratiquants de ne pas jeûner à l’approche des rencontres, d’autant que l’islam permet des dérogations, les jours non jeûnés devant être rattrapés.»
Christian Constantin

A Neuchâtel Xamax (dernier du classement de Challenge League), «la gestion du ramadan se passe bien», assure Tiziano Sorrenti, le directeur général. «Ceux qui jeûnent l’annoncent, il y a un suivi effectué avec le staff», relate le dirigeant, qui a «justement discuté de ce sujet la semaine dernière» avec son entourage. La règle privilégiée est la même qu’à Sion: ramadan, sauf jour de match. Voilà pour la première équipe.

«Sortis à la mi-temps, à bout de forces»

Chez les M18 (moins de 18 ans), «deux jeunes musulmans faisant le jeûne sont sortis à la mi-temps, à bout de forces», rapporte Alain Spinedi, président de Xamax Academy, la structure de formation du club neuchâtelois.

«Si les première et deuxième semaines de ramadan sont relativement faciles pour les joueurs pratiquants, ça devient plus difficile à partir de la troisième semaine.»
Alain Spinedi

Club de 2e ligue, le FC Renens, en périphérie de Lausanne, est «très à l’écoute des jeûneurs et de leurs besoins», explique Giuseppe Guzzardi, membre du staff.

«Les résultats passent en second, ce qui compte, c’est la santé des joueurs. Si l’un d’eux paraît fatigué par son jeûne, il ne jouera pas»
Giuseppe Guzzardi

Un nutritionniste dans la Nati

«Sur le onze titulaire de la première équipe, trois joueurs font ramadan, mais tous les musulmans du club ne sont pas pratiquants. De toute façon, notre effectif est suffisamment étoffé pour suppléer aux absences des jeûneurs», affirme Giuseppe Guzzardi. Précision: les joueurs qui le souhaitent sont autorisés à rompre le jeûne (quelques gorgées d’eau, un aliment sucré) en cours de match.

A l'échelon national, Adrian Arnold, porte-parole de l'Association suisse de football (ASF), explique qu'«un nutritionniste veille à la bonne santé des musulmans pratiquants lorsqu'ils jouent avec la Nati en période de ramadan». «On les soutient dans leur démarche», ajoute-t-il. A sa connaissance, l'ASF de donne pas de directives ou conseils particuliers aux clubs au moment du jeûne.

«C’est un point de vue légitime»

Y a-t-il une moralité au phénomène du ramadan dans le foot? Pas sûr. Si le jeûne semble donner des ailes à certains joueurs, dont Karim Benzema, l'un des plus grands, réputé pour jeûner les jours de match, d’autres voient leurs capacités physiques diminuer. Un club professionnel étant affaire de classement et d’argent, des entraîneurs voudront mettre tous les atouts de leur côté en exigeant une fraîcheur physique irréprochable. «C’est un point de vue légitime», commente Abdelkrim Branine, journaliste et écrivain français, auteur du roman «Le Petit Sultan» (éditions Zellige), dont l’intrigue, en rapport avec le football, fouille les tourments identitaires des descendants de l’immigration maghrébine en France.

«Mais il est légitime de dire aussi, comme Samir Nasri, que le ramadan est une affaire privée», nuance le journaliste.

Dans les pays musulmans, les horaires sont aménagés

«Ce qu’il faut bien voir, c’est qu’en Algérie par exemple, pays musulman, les horaires sont aménagés en période de ramadan pour faciliter la pratique religieuse des joueurs, même si l’on ne peut jurer que tous observent le jeûne. Les matchs ont lieu tard dans la soirée, après la rupture du jeûne. Le choix du footballeur nantais Jaouen Hadjam, écarté un temps par Antoine Kombouaré, de jouer pour la sélection algérienne plutôt que d’être sélectionnable en équipe de France, participe sans doute d'un tout.»

Thierry Henry et Samir Nasri: «Les joueurs doivent parler»

Il y a vingt ans, on ne demandait pas aux joueurs s’ils faisaient ramadan, a dit Samir Nasri. Il y a vingt ans, la pratique musulmane était déjà en hausse par rapport aux années 80, mais elle n’était probablement pas aussi répandue qu’aujourd’hui parmi la jeunesse. Suite à l’éclatement de l’affaire Galtier, Samir Nasri, de même que la légende Thierry Henry, dont les rumeurs de conversion à l’islam sont vieilles comme le temps où il brillait à Arsenal, ont appelé les joueurs de l’OGC Nice «à parler». Pour crever l’abcès.

«Les jeunes joueurs musulmans sont moins prêts que des trentenaires à faire exception au ramadan les jours de match», note Abdelkrim Branine. Les «vieux» entraîneurs, même ceux élevés en cité comme Christophe Galtier, paraissent largués. Jeudi 20 avril, le ramadan prendra fin. On en reparle l'année prochaine.

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