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Constantin: «Petkovic à Bordeaux, c'est comme l'histoire du melon»

Vladimir Petkovic est-il un entraîneur de club? On a posé la question à trois experts du foot suisse dont Christian Constantin, qui utilise une métaphore dont il a le secret pour décrire la situation compliquée de «Petko» à Bordeaux.
21.01.2022, 07:0421.01.2022, 07:27

Vladimir Petkovic joue sa place sur un banc, ce dimanche après-midi contre Strasbourg (15 heures), et ce ne sera pas la première fois de sa carrière. Le Tessinois a connu des expériences contrastées à la tête des différents clubs de première division qu'il a dirigés, ne remportant qu'un seul trophée (une Coupe d'Italie avec la Lazio) en 13 ans de carrière. Les chiffres seuls (33% de victoires sur l'ensemble de ses expériences), bien sûr, ne suffisent pas à estimer la qualité de son travail, et ne disent pas qu'il s'est imposé pendant plusieurs saisons comme l'homme fort de clubs aussi ambitieux que les Young Boys ou la Lazio.

Petkovic après la victoire de la Lazio (1-0) en finale de la Coupe d'Italie, le 26 mai 2013 contre la Roma.
Petkovic après la victoire de la Lazio (1-0) en finale de la Coupe d'Italie, le 26 mai 2013 contre la Roma. Image: EPA

Mais il a connu tellement de succès avec l'équipe de Suisse, devenant même le meilleur sélectionneur de l'histoire de notre pays, que l'on peut se demander s'il est encore un entraîneur de club, sous-entendu si ses compétences et son caractère ne le prédisposeraient pas davantage à un poste en équipe nationale. Exactement comme Murat Yakin. Mais Christian Constantin ne le croit pas. «Ce n'est pas parce que ses résultats actuels ne sont pas bons que ça n'en fait pas un entraîneur de club», estime le président du FC Sion, qui avait engagé «Petko» en 2012 pour sauver le club de la relégation (mission réussie malgré trois défaites en quatre matchs).

«Il a très bien travaillé avec Bellinzone, même si c'était en 2e division. Il a emmené les Tessinois en finale de Coupe et en Super League. Il a terminé sur le podium avec YB, il a été correct à la Lazio. La question n'est pas de savoir si c'est un entraîneur de club ou d'équipe nationale. C'est juste qu'à Bordeaux, ce n'est pas facile. Le problème, c'est celui que tu peux avoir quand tu achètes un melon: quand tu le regardes il est toujours beau, mais quand tu l'ouvres, il est parfois un peu pourri à l'intérieur.»
«CC»

Bordeaux présentait des pièges que Vladimir Petkovic n'aurait pas su déceler. «Les Girondins avaient des problèmes avant Petkovic. Ils en ont avec lui et en auront après lui», résume Bernard Challandes, qui a été à la fois entraîneur et sélectionneur. Le Neuchâtelois est formel: «Petkovic a prouvé qu'il pouvait être bon en équipe nationale comme en club. Il n'y a aucune discussion.»

Challandes et Petkovic dans les tribunes de la Pontaise, lors du quart de finale de la Coupe de Suisse entre le LS et le FC Bale en 2020.
Challandes et Petkovic dans les tribunes de la Pontaise, lors du quart de finale de la Coupe de Suisse entre le LS et le FC Bale en 2020.

C'est aussi ce que croit Armando Ceroni, commentateur historique de la télévision tessinoise et proche du Mister. Même s'il fait remarquer que «Vlado» doit parfois se faire violence en club pour réussir.

«Il a besoin de temps pour avoir des résultats dans une équipe, un peu comme Sacchi ou Sarri. Mais d'un autre côté, et c'est paradoxal, il n'est pas fait pour rester 4 ou 5 ans dans un club, parce qu'il est très exigeant, qu'il a une communication vers l'extérieur qui ne passe pas et parce que pour qu'il soit bien dans sa peau, il faut faire comme il dit! Or Bordeaux a engagé un joueur, M'Baye Niang, qu'il ne souhaitait pas. Mais ce n'est pas vraiment le problème là-bas. Les Girondins sont faibles. Il ne peut rien faire.»

Son passage chez les Girondins risque bien de plomber davantage ses statistiques personnelles comme entraîneur. Mais Challandes en nuance la portée. «Ce sont des chiffres. Alors bien sûr, on vit avec eux dans notre société, on les aime. Mais en tant que coach, je relativise toujours la façon de les interpréter. Je me souviens de l'époque où j'ai entraîné Young Boys. On était en grande difficulté financière, le club avait dû vendre pratiquement tous les joueurs. Je pense avoir fait un excellent (réd: il insiste sur le terme) travail. Pourtant, on ne s'est pas qualifié pour le tour final, et c'est ce que les statistiques ont retenu.»

Pour le moment, les chiffres de la saison bordelaise racontent une histoire encore plus douloureuse pour Vladimir Petkovic: il est l'entraîneur qui possède le pire bilan mathématique de l'histoire du club en championnat.

Certains traversent de mauvaises passes, d'autres des minibus...

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Il voudrait partir. D'autres l'auraient libéré pour services rendus mais le Bayern a décidé de le retenir contre son gré. Et de toute façon, personne n'est prêt à le payer cher. C'est l'histoire d'un Polonais de service.

64 buts en une année, des records séculaires, des triplés légendaires, dix titres de champion d’Allemagne. Et pourtant, rien. Pas de Ballon d'or. Pas de proposition indécente. Pas de photographes qui en font un modèle (papa modèle d'une petite fille adorable, conducteur modèle d'une «Lambo» décapotable) ou qui le reluquent à la plage. Pas de diners en ville ni de campagne publicitaire: loin de tout, si loin. Presque oublié.

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