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C'est dans ce genre de décor bucolique, au Bergholz de Wil, que le LS voyagera cette saison. Moyenne de spectateurs par match la saison dernière: 867.
C'est dans ce genre de décor bucolique, au Bergholz de Wil, que le LS voyagera cette saison. Moyenne de spectateurs par match la saison dernière: 867.

La Challenge League, ce traquenard qui punit les équipes arrogantes

La 2e division suisse reprend ce vendredi. Elle est rugueuse, serrée et peu glamour. Rien n'y est facile, même quand on a un riche propriétaire et une bonne équipe comme Lausanne. «Si tu descends avec l’idée que ce sera simple, tu te feras avoir pas mal de fois», prévient Raphaël Nuzzolo.
15.07.2022, 14:22
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Laurent Walthert a disputé 254 matchs de Challenge League (CL). L'ex-gardien de Xamax en a acquis une certitude: «Le danger principal, c’est de se voir trop beau. De se prendre pour un joueur de Super League alors qu’on ne l’est pas, ou plus. Ce n'est pas parce que vous avez joué plusieurs saisons en première division que vous allez pouvoir faire moins, parce que vous prenez le risque de rentrer dans le rang, et d’être en difficulté.»

Anthony Sauthier, pensionnaire de CL avec Servette et désormais avec Yverdon, est totalement d'accord: «Peut-être que l'équipe qui descend pensera qu'elle remontera facilement, mais ce n'est pas vrai du tout. La Challenge League est compliquée. Et puis, le relégué doit d'abord digérer la culbute.»

C'est justement parce que Lausanne a manqué la transition entre les deux championnats, lors de la saison 2018/19, qu'il n'a pas pu monter au terme de la saison. C'est ce que nous dit Giorgio Contini, entraîneur des Vaudois à l'époque.

«Dans l'attitude, il faut montrer qu'on a envie de jouer en Challenge League, qu'on respecte ce championnat et ces adversaires défensifs contre lesquels il faut faire le jeu, prendre des risques. C'est le genre de choses qui peuvent te compliquer la vie en tant que favori. Je le sais, puisque nous avons raté la promotion avec le LS à cause de ça en 2019: les joueurs venaient d’être relégués, ils ont eu besoin d'un temps d'adaptation trop grand, rien que pour accepter la déception de la relégation.»

Il faut maîtriser l'art du rebond, passer en quelques semaines d'une équipe qui subit et défend en Super League à une autre qui contrôle et attaque en Challenge League. Ce n'est évident pour aucun favori.

Un chiffre dit toute la difficulté de la métamorphose:

3
Depuis 2003 et la création de la SFL, seuls trois clubs ont réussi à remonter en Super League après en être descendu la saison précédente: Xamax (en 2006), Saint-Gall (2009 et 2012) ainsi que Zurich (2017).

Les autres ont eu besoin d'un peu plus de temps pour accepter le quotidien «moins glamour» de la CL, relève Laurent Walthert.

«Quand vous êtes habitués aux tribunes garnies, aux belles ambiances, aux beaux stades et aux caméras de télévision, tomber en 2e division face à des jeunes joueurs qui jouent leur vie à chaque minute dans des atmosphères soudain moins glamour, c'est très dur. L'année dernière, il y avait 2000 spectateurs de moyenne en Challenge League, contre 11400 en Super League. Pourtant, l'intensité, les duels, l'effort sont tout aussi nécessaires en 2e division. Il faut simplement fournir tout ça dans des environnements plus confidentiels.»

Raphaël Nuzzolo (169 parties à l'échelon inférieur) a porté le maillot des Young Boys. Il est aujourd'hui en Challenge League avec Xamax. «L’être humain est fait que…, commence-t-il sans terminer sa phrase. Quand tu arrives à l’échauffement et que tu n'as personne dans le stade, tu dois mettre de la qualité et faire le travail sérieusement. Si tu as les deux, tu arrives à faire du bon boulot.» «Il ne faut pas être arrogant et penser qu’on va réussir ses matchs tranquillement», prévient Contini.

«Si tu descends avec l’idée que ce sera simple, tu te feras avoir pas mal de fois car ce sont des déplacements moins agréables qu’en Super League»
Raphaël Nuzzolo

Lausanne a bien fait de changer d'entraîneur, et de recruter des éléments qui connaissent déjà la 2e division suisse. Mais même avec une belle équipe, même avec un riche propriétaire, rien ne lui sera épargné. Ce statut peut même le menacer.

C'est ce que souligne Nuzzolo. «Quand tu es le favori, les équipes qui jouent contre toi sont à fond.» «Pas mal d’équipes voulaient se faire Servette, dit Anthony Sauthier. Quand on perdait un match, l’équipe d’en face faisait la fête. Lausanne connaîtra ça aussi cette saison: il sera attendu dans tous les stades.»

Sauthier et Nuzzolo en CL, le 8 avril 2017.
Sauthier et Nuzzolo en CL, le 8 avril 2017.

Chaque match est un piège. «La majorité des déplacements sont compliqués», euphémise Sauthier. Les petites équipes «veulent faire un coup, pour elles c'est le match de l'année» (Contini); les grandes ont assez d'arguments pour rivaliser. «Ce que j’ai remarqué depuis janvier et mon arrivée à Yverdon, reprend Sauthier, c'est que le niveau a clairement augmenté par rapport à mes années de CL avec Servette. Pas mal de joueurs s’affirment et arrivent d'ailleurs à avoir des contrats en Super League.»

Le niveau reste cependant bien inférieur à celui de la Super League. «Tu as deux fois plus de temps pour décider, et deux fois plus d'espace, décrypte Nuzzolo. Mais il y a des équipes capables de très bien défendre. Et puis, la densité est incroyable.» L'an prochain, plus de la moitié des équipes du championnat peut jouer la montée: Lausanne, Xamax, Aarau, Schaffhouse, Thoune ou encore Vaduz.

Image: TXT

Giorgio Contini a mis deux ans pour monter avec Vaduz, puis deux autres encore avec Lausanne. Cette année, le règlement est plus favorable aux ambitieux puisque les deux premiers du classement seront promus, le troisième devant disputer un match de barrage. «Toute la question est de savoir quel sera le degré de patience accordé aux coachs», glisse Contini.

C'est un autre piège qui guette les candidats à la promotion: le sentiment d'urgence quasi permanent. «Si vous enchaînez deux ou trois revers de suite, il y a immédiatement une sonnette d'alarme qui retentit», schématise Walthert.

Perdre est impardonnable. Gagner, à peine suffisant. «On n'attend pas seulement des victoires mais aussi du beau jeu, reprend Giorgio Contini. C'est ce qui complique les choses, car en face tu as des équipes qui sont très basses. Tu fais une erreur, tu prends un contre et tu perds le match. La pression peut très vite augmenter. Il faut avoir une lucidité dans le travail au quotidien, car le championnat est long.»

Il commence ce vendredi 15 juillet. Lausanne sera (très) attendu à Bellinzone, dans un match qui lui donnera un aperçu de sa saison.

Le stadio Comunale en 2013.
Le stadio Comunale en 2013.

«C'est LE match traquenard par excellence, prévient Laurent Walthert. D'abord un long déplacement avec des ralentissements au Gothard, ensuite des tribunes peu garnies et, autour du terrain, une piste d'athlétisme.» Le début du marathon.

Adaptation d'un texte paru le 28 juin sur watson

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