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Certains ultras de l'Olympique lyonnais voulaient tout casser après l'élimination de leur équipe contre West Ham, en quarts de finale d'Europa League.
Certains ultras de l'Olympique lyonnais voulaient tout casser après l'élimination de leur équipe contre West Ham, en quarts de finale d'Europa League. image: twitter

«Ils se voient comme l'âme du club»: les ultras du foot français furax

Jets d'engins pyrotechniques, insultes, tags, envie d'en découdre: les ultras de certains clubs français sont très fâchés contre leur équipe et font interrompre les matchs. Si le phénomène n'est pas propre à l'Hexagone, ni à la période, plusieurs raisons expliquent sa virulence actuelle chez notre voisin.
28.04.2022, 19:0002.05.2022, 12:30
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Un match définitivement interrompu à Nancy, un autre suspendu quelques minutes à Saint-Etienne, certains fans du Paris Saint-Germain qui quittent le Parc des Princes dix minutes avant le coup de sifflet final, alors même que leur équipe fête un titre national. Oui, en France, beaucoup d'ultras sont actuellement fâchés contre leur propre club.

Ils n'hésitent donc pas à le faire savoir, de façon plus ou moins violente: boycotts, communiqués, grèves des chants, jets de fumigènes sur la pelouse, tags, insultes, voire envie d'en découdre avec les joueurs.

Ces incidents sont les derniers d'une longue liste en France. Parmi les plus spectaculaires, il y a eu, en janvier 2021, la mise à sac, par certains fans de l'Olympique de Marseille, de la Commanderie, le centre d'entraînement du club phocéen. On se souvient aussi qu'après l'élimination du PSG contre le Real Madrid début mars, des tags insultant le président Nasser al-Khelaïfi et Lionel Messi avaient sali les façades du Parc des Princes. Au même moment, le Collectif Ultras Paris (CUP) publiait un communiqué dans lequel il demandait la démission de la direction et déplorait la gestion qatarie.

«Gardiens du Temple» et vieilles branches

A lui seul, ce communiqué cristallise les raisons du courroux des ultras contre leur équipe. Il y a d'abord les mauvais résultats, objectifs (Saint-Etienne et Bordeaux, en grand danger de relégation) ou prétendus (le PSG et Lyon, 8e de Ligue 1 et quart de finaliste d'Europa League). Ensuite, et souvent liée, la contestation de la manière de gérer le club – sportivement, financièrement ou au niveau de l'image. «Les ultras se considèrent comme les vrais défenseurs des valeurs du club, comme les gardiens du temple», observe Bertrand Fincoeur, enseignant à l'EPFL et spécialiste des mouvements de supporters.

«Quand ils estiment que ces valeurs sont bafouées par le football-business ou par un manque de loyauté des joueurs mercenaires, par exemple, ils recadrent»
Bertrand Fincoeur, sociologue

En gros, quand les ultras ont l'impression que leur club part en vrille, ils se sentent le devoir de réagir. Et ils le font aux yeux de tous, de manière spectaculaire, «parce que la visibilité est un élément important de la culture ultra», précise l'universitaire.

Un rôle que les ultras se sont attribué dès leur émergence dans les stades européens, entre le milieu des années 1990 et le début des années 2000. Leur mouvement est notamment né d'une volonté d'incarner un contre-pouvoir. «Il s'est développé en parallèle de l'essor du football-business», retrace Bertrand Fincoeur.

Et de plus en plus, les ultras ont osé s'affirmer. Jusqu'à revendiquer. «Leur sentiment de légitimité est devenu plus grand au fil du temps, parce que désormais, ils sont présents dans les stades depuis longtemps, parfois plus que les dirigeants du club», analyse le sociologue Nicolas Hourcade, prof à l'Ecole Centrale de Lyon.

«La vitesse de plus en plus élevée des changements de joueurs et de dirigeants dans les clubs de football ont rendu encore plus tenace leur idée d'être la véritable âme du club, le garant de son histoire»
Nicolas Hourcade, sociologue

Grand voisin et gilets jaunes

Même si les débordements des derniers mois en France attirent particulièrement les regards, «parce que c'est notre grand voisin et ce qui s'y passe est largement médiatisé aussi dans le reste du monde», la colère des ultras envers leur équipe n'est pas un phénomène nouveau, ni propre à l'Hexagone, rappelle Bertrand Fincoeur. A Lausanne, ceux du LS avaient causé l'interruption du match contre Lucerne en février à coups d'engins pyrotechniques. Ceux du Standard de Liège, en Belgique, avaient fait pareil en décembre. Mais il y a une spécificité française, outre la forte médiatisation, selon Nicolas Hourcade:

«Les ultras français ont d'autant plus de poids, ou pensent en avoir, qu'ils représentent la partie la plus active du public, dans des stades où il existe peu d'autres groupes de supporters»
Nicolas Hourcade

Au contraire de l'Angleterre, de l'Allemagne ou de l'Espagne, par exemple.

Patrie de la Révolution et des gilets jaunes, la France est-elle une terre particulièrement fertile pour la rébellion? «Le contexte français actuel est en tout cas favorable à la contestation, avec une société fracturée», avance prudemment Bertrand Fincoeur, qui ne veut pas tirer de conclusions hâtives.

Des faux espoirs et un Parc muet

Pour le sociologue lausannois, une chose est certaine: la violence des ultras qui se retournent contre leur club n'est pas aveugle, ni anarchique. «Contrairement aux hooligans, la violence n'est pas une fin pour les ultras. Elle est une réaction à des situations qui leur déplaisent ou à des provocations. Pour eux, elle est donc surtout politique», distingue-t-il, sans excuser pour autant.

Son confrère lyonnais voit aussi de la frustration dans les comportements de cette frange si particulière du public, causée par leur statut. Ou plutôt par le flou qui entoure celui-ci. «Les dirigeants, les joueurs, tout le monde en fait clame que les ultras sont indispensables aux clubs, parce qu'ils mettent l'ambiance dans les stades», constate Nicolas Hourcade.

«On leur donne l'impression qu'ils ont un vrai rôle à jouer, mais en même temps, dès qu'ils veulent se prononcer sur la gestion du club, on leur ferme la porte, on leur demande de rester à leur place»
Nicolas Hourcade

Pour le sociologue, il y a nécessité pour les clubs de clarifier le rôle de leurs ultras, et même de réfléchir à la définition d'un «club» pour savoir si, oui ou non, elle englobe ces derniers.

Au début de l'ère qatarie au Paris Saint-Germain, les ultras franciliens étaient tout simplement absents des tribunes du Parc des Princes. Ils en avaient été exclus en 2010 par le président Leproux, histoire notamment d'améliorer l'image du club en aseptisant son public.

Une aubaine pour les nouveaux dirigeants du Golfe, davantage friands de VIP et de touristes que de craqueurs de fumigènes et autres agitateurs de drapeaux. Dans un premier temps, du moins. Constatant le manque d'ambiance, ils étaient revenus sur cette décision. Une exclusion temporaire qui a décuplé l'envie des ultras, de retour, de se faire voir et entendre? Oui, pour Bertrand Fincoeur:

«La réaction des ultras est celle de vouloir se réapproprier un lieu dont ils se sentent dépossédés»
Bertrand Fincoeur

En France, les responsables de sécurité des clubs n'ont sans doute pas fini de transpirer. Saint-Etienne (18e), Bordeaux (19e) et Metz (20e) sont toujours en grand danger de relégation, à quatre journées de la fin du championnat. Et on met notre main à couper: les ultras de ces trois clubs historiques mettraient beaucoup de temps à pardonner ce qu'ils estiment être un affront à l'institution qu'ils chérissent tant et défendent ardemment.

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