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Le centre sportif de Chongli Wanlong immortalisé par un drone.
Le centre sportif de Chongli Wanlong immortalisé par un drone.image: IMAGO / Xinhua
Pékin 2022

La dictature chinoise aux JO: «Ils m'ont poursuivie toute la journée»

Tamara Anthony est journaliste à Pékin. A moins de deux semaines des Jeux olympiques, elle explique comment la population considère cet événement et raconte ses (mauvaises) expériences.
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27.01.2022, 20:4228.01.2022, 17:49
Helene Obrist
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Helene Obrist
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Tamara Anthony, les Jeux olympiques d'hiver débuteront dans onze jours à Pékin. Quelle est l'ambiance sur place?
Tamara Anthony: Il vient de neiger. Et c'est plutôt rare ici. Du coup cela rend l'organisation des JO ici à Pékin un peu plus réaliste.

Comment la population chinoise accueille-t-elle les JO d'hiver?
Ici, les sports d'hiver ne sont pas des sports de masse. Il n'y a d'ailleurs presque pas de stars des sports d'hiver. Les matches se dérouleront dans des zones fermées et, à cause du Covid, pratiquement aucun spectateur ne sera admis. Il est également peu probable qu'il y ait des projections publiques. Ici, il n'y a pas de culture du débat. C'est très différent de chez nous. Et comme il n'y a pas de société civile, il n'y a pas non plus d'initiatives privées concernant les Jeux olympiques.

En d'autres termes, pour la population, c'est comme s'il ne se passait rien?
Le paysage urbain n'a pas beaucoup changé. On trouve des publicités concernant les Jeux olympiques ici et là. Mais on peut aussi très bien vivre dans cette ville de 20 millions d'habitants et ne rien voir des JO. Dans ce sens, les Jeux sont déconnectés de la population. Il s'agit d'un événement gouvernemental.

Tamara Anthony est correspondante en Chine et dirige le studio allemand de l'ARD à Pékin.
Tamara Anthony est correspondante en Chine et dirige le studio allemand de l'ARD à Pékin. © NDR/Ingo Martin

Et autour des stades? Y a-t-il quelque chose à voir?
Ces derniers jours, d'immenses clôtures ont été installées. Tous les événements olympiques se déroulent à huis clos. Les hôtels où logent les sportifs, les bénévoles locaux et internationaux et les médias sont surveillés par la police. Il y a des fils barbelés sur les murs extérieurs.

Et comment sont accueillis les athlètes?
De nombreux athlètes et membres de l'organisation sont arrivés le week-end du 21 janvier. Tous ont atterri dans un terminal spécial. Ils ont ensuite été transportés par des bus organisés vers les sites de compétition.

«Tout contact avec la population locale est impossible. Les athlètes sont dans une bulle olympique»

Ils se nourrissent à l'hôtel ou dans les cantines des sites olympiques. Pour se déplacer, il existe des services de transport spéciaux. Personne ne peut errer à sa guise.

Les médias du monde entier souhaitent couvrir les Jeux. Dans quelle mesure les journalistes peuvent-ils se déplacer sur le site?
Les journalistes peuvent entrer dans la zone olympique. Mais seulement dans des conditions particulières. Ils doivent être vaccinés ou avoir respecté une quarantaine de 21 jours. Deux semaines avant l'entrée dans la bulle, il faut enregistrer sa température corporelle chaque jour dans une application. A cela s'ajoutent également les tests PCR. Il y a différentes zones délimitées à l'intérieur de la bulle sanitaire olympique. Le transport d'un point A à un point B doit être annoncé à l'avance. Les journalistes ne peuvent pas se déplacer librement. Après leur séjour ici, ils doivent soit quitter le pays par des vols charters spéciaux, soit être mis en quarantaine pendant trois semaines.

Et dans quelle mesure est-il possible de rendre compte de tout ce qui se passe ici autour des Jeux?
Très souvent, la lutte contre la pandémie est utilisée comme excuse pour interdire les interviews. Par exemple, lorsque nous avons voulu interroger les agriculteurs autour des sites olympiques, la police nous a empêchés de réaliser des interviews en invoquant ce motif. Et il faut s'annoncer lorsque l'on se rend aux stations de ski et détailler son itinéraire. Quand je suis allée dans une zone dédiée au ski, les agents de l'Etat m'attendaient à la gare. Ils m'ont suivie toute la journée et m'ont empêchée de faire des interviews.

Le stade de Wukesong à Pékin. Des barrières avec des fils barbelés sont actuellement érigées autour des installations sportives.
Le stade de Wukesong à Pékin. Des barrières avec des fils barbelés sont actuellement érigées autour des installations sportives.image: wikimedia

Depuis le début de la pandémie, la Chine applique une stratégie «zéro Covid». Lorsque des cas d'Omicron ont récemment été détectés dans la ville de Tianjin, 13 millions d'habitants ont été dépistés. Est-ce que cela a permis d'éviter la propagation du variant?
Le virus a continué à se propager et il a gagné d'autres villes. Selon les chiffres officiels, le nombre de cas diminue de jour en jour. Ces chiffres doivent toutefois être considérés avec beaucoup de prudence. Les JO sont un événement très important pour le gouvernement chinois. Il a donc intérêt à présenter des statistiques qui vont dans son sens. De mon côté, je trouve intéressant de voir tout ce qui est rendu plus difficile en ce moment, comme les entrées et les sorties de la ville de Pékin.

Cela signifie que le gouvernement poursuit sa stratégie Covid stricte malgré les Jeux olympiques?
La Chine s'en tient à sa politique «zéro Covid». Les mesures qui séparent «l'intérieur» de «l'extérieur» sont extrêmes. Et les règles de quarantaine pour les cas et les cas contacts sont très strictes. Le pays dispose d'une main-d'œuvre quasi infinie pour appliquer toutes ces mesures. La Chine craint une surcharge des hôpitaux.

La population est-elle d'accord avec les mesures?
D'une manière générale, la politique du «zéro Covid» bénéficie d'un large soutien en Chine. Personne ici n'imagine d'autre solution. Les gens ont peur du chaos. Cela s'explique certainement aussi par l'histoire du pays. Un leader fort, des plans stricts: la plupart des gens trouvent cela bien et soutiennent «Papa Xi», comme on appelle le chef de l'Etat et du parti. Pour le peuple, un leader fort permet de garantir la réussite économique. Il se montre critique à l'égard des dissidents.

A Pékin, les athlètes doivent régulièrement se soumettre à un test salivaire.
A Pékin, les athlètes doivent régulièrement se soumettre à un test salivaire.image: keystone

L'Occident a renoncé à une politique «zéro Covid», qu'en pense la Chine?
La Chine a enregistré plusieurs milliers de personnes mortes du Covid. Ici, on pointe l'Occident du doigt. On ne comprend pas comment on peut accuser la Chine de violer les droits de l'homme, par exemple à l'encontre de la minorité musulmane des Ouïghours, et en même temps être aussi «laxiste» alors que des centaines de milliers de personnes meurent du Covid en Occident.

Et pourtant, en organisant les Jeux olympiques d'hiver, la Chine risque de mettre en péril la stratégie «zéro Covid».
Les Jeux d'hiver sont un spectacle de propagande. Pour le gouvernement, ce sera un succès. Ces dernières années, la Chine est devenue très nationaliste. La fierté nationale est un enjeu de taille. Le gouvernement craint des pertes économiques dans les années à venir. Lorsque l'économie ne montera plus en flèche, ce sera au tour du nationalisme de cimenter la société. La comparaison avec l'Occident est toujours un sujet important. On ne cesse d'avancer des «preuves» pour expliquer pourquoi le système autocratique est supérieur aux démocraties libérales. Dans ce sens, il est donc tout à fait approprié de mettre en avant les Jeux olympiques.

Traduit de l'allemand par Anaïs Rey

Il se prend un buffle dans le buffet

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Blessé par un bouchon de prosecco, il doit abandonner le Tour d'Italie
Après son éclatante victoire sur la dixième étape du Giro à Jesi, le prodige érythréen, Biniam Girmay, doit renoncer à prendre le départ après une mésaventure avec un bouchon de Prosecco.

La scène rappelle celle de Ben Affleck dans Pearl Harbor, lui qui faisait la cour à Kate Beckinsale dans le film de Michael Bay. Mais cette fois-ci, pas de cinéma, pas de comédie, mais bien un abandon de marque sur les routes italiennes. L'Erythréen Biniam Girmay a abandonné le Giro, mercredi matin, au lendemain de sa victoire dans la dixième étape en raison de la blessure à l'œil gauche occasionnée par un bouchon de Prosecco sur le podium.

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